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Brune Poirson : "Nous avons besoin d'inclusion et de diversité : c'est une condition de l'innovation"

Hôtellerie - jeudi 10 février 2022 12:05
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Directrice du développement durable chez Accor, Brune Poirson détaille ses priorités pour 2022. Pour elle, les transformations en faveur du développement durable sont indissociables d'une dimension sociale au sein du groupe. Entretien.



Ancienne secrétaire d'État à la Transition écologique et première Française élue vice-présidente de l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement, Brune Poirson est arrivée chez Accor en avril 2021.
© Bruno Levy
Ancienne secrétaire d'État à la Transition écologique et première Française élue vice-présidente de l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement, Brune Poirson est arrivée chez Accor en avril 2021.

L’Hôtellerie Restauration : Vous n’aviez jamais travaillé, auparavant, dans l’hôtellerie et la restauration. Quel regard portez-vous sur ce secteur ?

Brune Poirson : C’est un secteur que j’ai toujours trouvé passionnant. Je suis vauclusienne, j’ai vécu en Inde, dans la péninsule indochinoise ou encore aux États-Unis, des régions et pays qui ont une forte dimension touristique. J’ai ainsi pu voir, au quotidien, l’impact positif du tourisme mais aussi son impact sur l’environnement : cela représente 8 à 11 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Alors quand Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, m’a demandé de rejoindre le groupe, j’étais très enthousiaste, car c’est l’un des secteurs où il reste des choses à défricher en matière de développement durable, de diversité et d’inclusion. Accor est une entreprise ancrée dans l’hospitalité et tournée vers l’humain. Elle emploie plus de 260 000 talents dans le monde. C’est motivant.

 

Quelles sont les priorités du moment, chez Accor, en termes de développement durable ?

En premier lieu, je ne pars pas d’une page blanche. Le groupe est connu pour son engagement environnemental et social, notamment avec le programme Planet 21, créé voilà plus de dix ans. Accor, aujourd’hui membre de la Sustainable Hospitality Alliance [Alliance pour une hospitalité durable, NDLR], fait partie des entreprises pionnières en la matière. Quant à mes priorités, la première est d’ordre social. Et derrière cela, je ne mets pas que la problématique du recrutement. J’y vois plutôt le signe qu’il faut changer les choses en profondeur, en insistant notamment sur la notion d’ascenseur social. On ne doit pas seulement parler carbone et effet de serre. La dimension sociale et la justice sociale doivent accompagner ces transformations, ce que l’on a bien compris chez Accor. La preuve : en pleine crise sanitaire, le groupe a lancé le Fonds ALL Heartist, doté de 70 M€ destinés à soutenir nos collaborateurs et partenaires en difficulté financière. À cela s’ajoutent trois autres priorités : la préservation de la biodiversité à travers l’alimentation notamment, mais aussi l’optimisation des ressources naturelles et la suppression du plastique à usage unique, ainsi que la gestion de nos déchets, surtout à l’heure où l’on vient de franchir la cinquième limite planétaire. Nous avons été le premier groupe dans l’industrie à annoncer s’engager pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, avec un premier palier de 46 % d’ici à 2030. Pour cela, Accor a notamment émis des obligations Sustainability-Linked Bond, indexées sur les objectifs de développement durable du groupe. Stratégie financière et stratégie de développement durable sont ainsi réunies, avec un taux d’intérêt du refinancement de notre dette aligné sur les performances en matière de réduction carbone. Enfin, notre rapport aux communautés parmi lesquelles se trouvent nos hôtels est aussi primordial, car nous avons un impact territorial qui est majeur et peut aider à régénérer des territoires entiers.

 

Ces décisions sont-elles visibles par les clients dans les établissements du groupe Accor ?

C’est essentiel de les partager avec la clientèle. Notre logique étant de transformer pour que, par défaut, l’expérience vécue par chaque client soit durable. Nous souhaitons les aider à changer leur perception du monde et faire en sorte qu’après un séjour dans l’un de nos hôtels, leur comportement évolue. Un premier exemple : on peut ne pas manger de la viande tous les jours, car il existe des alternatives délicieuses. Un second : ne pas nettoyer les chambres tous les jours permet de réduire l’utilisation de produits chimiques et la consommation d’eau.

 

Au-delà du développement durable, le groupe Accor vous a également confié l’inclusion et la diversité. Quelles sont, sur ces points, vos premières initiatives ?

Durant la crise sanitaire, nous avons accueilli des femmes victimes de violences conjugales. Nous poursuivons ce travail avec la Fondation des femmes pour ancrer cette action dans la durée, également avec la Maison des femmes, grâce à un partenariat de 5 M€ sur cinq ans afin que nos hôtels continuent d’être des abris pour les personnes en situation de fragilité. Par ailleurs, le groupe est très impliqué dans la lutte contre la discrimination des personnes en situation de handicap. À ce titre, Accor, partenaire des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, vient de rejoindre Valuable 500 : cette initiative vise à inscrire l’inclusion des personnes handicapées dans la feuille de route des multinationales. Concernant l’égalité hommes-femmes, nous avons augmenté le nombre de femmes à des postes de direction, mais aussi au sein des comités directeurs et excécutifs. Par ailleurs, selon une étude du cabinet McKinsey, Accor a la plus grande diversité de nationalités dans des instances dirigeantes et offre le plus de perspectives à des personnes peu diplômées. Accor doit être un ascenseur social à l’heure où la crise sanitaire a mis des millions de personnes dans la pauvreté. Nous avons besoin d’inclusion et de diversité : c’est une condition de l’innovation.

Quelle est votre vision de l’hôtel et du voyage de demain ?

L’hôtel de 2030 sera un établissement plus inséré sur son territoire et plus contributif. Il offrira une alimentation locale de qualité, en accélérant la demande pour l’agro-écologie et en offrant des expériences à ses hôtes. Ils pourront, par exemple, rencontrer agriculteurs et producteurs qui fournissent l’établissement. L’hôtel de 2030 sera aussi prêt à partager, car il produira plus d’énergie renouvelable qu’il n’en consommera. Enfin, le voyage de demain aura du sens : il contribuera à réparer et régénérer l’environnement et la société.

 

#Accor #BrunePoirson #DeveloppementDurable

 


Anne Eveillard
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