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Roland Héguy : "Nos métiers sont utiles et essentiels à l'économie française"

Vie professionnelle - jeudi 24 mars 2022 10:57
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L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) et le Groupement national des chaînes hôtelières (GNC) souhaitent contribuer aux débats de l'élection présidentielle et des législatives par un ensemble de propositions, présentées sous forme d'un manifeste. Tour d'horizon avec le président confédéral de l'Umih.



Roland Héguy : 'Il faut 'oxygéner' nos entreprises. Pour cela, nous demandons à ce que soit créé un fonds de soutien à la rénovation de nos établissements.'
Roland Héguy : 'Il faut 'oxygéner' nos entreprises. Pour cela, nous demandons à ce que soit créé un fonds de soutien à la rénovation de nos établissements.'

L’Hôtellerie Restauration : L’élection présidentielle approche. À cette occasion, vous avez rédigé un manifeste. Pouvez-vous nous expliquer quel est votre état d’esprit ?

Roland Héguy : Nous venons de vivre deux années de crise que l’on n’a pas encore digérées. Nos métiers se sont révélés être essentiels à la vie sociale et culturelle. Le secteur représente 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans l’économie française et 1,2 million d’emplois. Pourtant, nous avons toujours souffert d’un manque de reconnaissance. Aujourd’hui, nous sortons affaiblis de la crise sanitaire, et la guerre en Ukraine aura nécessairement des répercussions sur l’économie et le tourisme. En même temps, nous devons continuer à renouveler notre offre, être aptes à investir, à nous adapter… La clientèle est exigeante et depuis deux ou trois ans, nous n’avons pas pu investir dans nos affaires ; il est temps de le faire. Le Premier ministre parle de reconquête et de rebond, mais on va se retrouver face à un choix : investir ou rembourser nos prêts. Nous demandons une bouffée d’oxygène en différant le remboursement des PGE d’un an, et en étalant leur remboursement sur dix ans. C’est une mesure qui nous paraît essentielle pour sortir de la crise. On s’aperçoit que dans les programmes des principaux candidats à l’élection présidentielle, on ne parle jamais de tourisme. Nous avons encore un travail pédagogique à faire pour faire comprendre que nos métiers sont utiles et essentiels à l’économie française.

 

Pouvez-vous nous présenter ce manifeste ?

Nous souhaitons, avec le GNC, contribuer aux débats des futures élections, présidentielle et législatives, en présentant un ensemble de propositions, avec des solutions ambitieuses, précises et réalistes, qu’il faut voir comme une feuille de route pour les cinq prochaines années. Nous avons regroupé ces propositions dans cinq thématiques : redynamiser l’industrie touristique et l’inscrire comme priorité de l’économie française, renouveler et adapter l’offre existante aux touristes de demain, ‘oxygéner’ nos entreprises - je fais référence aux PGE -, la formation et le recrutement, et enfin la transition écologique.

 

Quelles sont les mesures prioritaires ?

Nous présentons des mesures qui visent à dynamiser le tourisme, en ‘oxygénant’ les entreprises. Il faut qu’on revienne à l’essentiel. Ce manifeste, c’est la synthèse de toutes ces problématiques et revendications. C’est un long travail, mené avec l’ensemble des présidents de branche.

Parmi les mesures, il y a la nomination d’un ministre du Tourisme, rattaché à Bercy. On l’a vu pendant la crise, nous avons été systématiquement redirigés vers Bercy. Quand a été lancé le plan destination France avec Jean Castex, nous étions en relation directe avec le Premier ministre. C’est quand même beaucoup plus facile. Notre secteur touche à pratiquement tous les ministères ; si on pouvait centraliser les sujets prioritaires et les faire porter par un seul ministre, nous serions beaucoup plus performants. On nous dit que nous sommes incontournables, essentiels… mais on aimerait aussi être utiles, et pour ça il nous faut une structure. Dans la chaîne du tourisme, nous sommes tous interdépendants, on l’a bien vu avec la crise. Le fait de se disperser est un handicap énorme.

Il faut 'oxygéner' nos entreprises. Pour cela, nous demandons à ce que soit créé un fonds de soutien à la rénovation de nos établissements. Même si l’économie redémarre, il est inacceptable de voir que des pays voisins reprennent le dessus. Nous avons des événements qui arrivent, comme la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques. Il faut se reprendre en main.

Il y a également un volet fiscalité important. Il faut faciliter la transmission, en particulier pour les jeunes. Quand ils veulent reprendre une affaire, la lourdeur administrative les en dissuade. Il faut exonérer tout cela en repensant le plan économique sur la transmission des entreprises.

Un autre volet de notre manifeste concerne la formation : 237 000 employés du secteur se sont évaporés pendant le confinement. Cela représente un salarié sur quatre. Pour les récupérer, on doit les attirer. Il faut donc créer un parcours de compétence - un Opco - dédié uniquement aux acteurs du tourisme. Nous devons rentrer dans les collèges et les lycées et présenter nos métiers, expliquer ce que l’on fait, sensibiliser les jeunes, les former par le biais de formations plus courtes et plus condensées. Au bout de deux ans de CFA, un jeune doit être complètement formé.

Enfin, il faut soutenir les entreprises dans la transition écologique mais aussi numérique. Il y a beaucoup de territoires qui ont difficilement la fibre. On est très éloigné de la maîtrise des solutions innovantes par rapport à certaines chaînes hôtelières, alors qu’il ne faut pas être en rupture.

 

Parmi ces mesures prioritaires, si vous deviez n’en citer qu’une, quelle serait-elle ?

La mesure prioritaire, c’est de réussir à créer une sixième catégorie d’ERP [établissement recevant du public, NDLR], avec des dispositifs allégés, plus souples. Un établissement qui reçoit moins de 30 personnes, salariés compris, ne peut pas avoir les mêmes contraintes qu’un établissement qui en reçoit une centaine. Il faut alléger les dispositifs pour sauver les auberges. Ce type d’établissement doit pouvoir intéresser les jeunes, et qu’ils puissent en vivre. C’est un problème politique sur lequel il faut être ambitieux. Nous vivons dans une époque où les jeunes professionnels veulent rentrer chez eux, mais pour cela, il faut simplifier les dispositifs. C’est une mesure qui favorisera aussi le développement de nos communes rurales.

 

Vous présentez justement un volet important sur la ruralité. Pouvez-vous nous en dire plus ?

La ruralité, c’est un sujet auquel je crois, depuis des années, et sur lequel nous travaillons beaucoup au sein de l’Umih. Nous avons d’ailleurs été à l’initiative de la création du Parlement rural. Si nous voulons maintenir le tissu économique en France, il nous faut une vraie volonté politique. Il y a plus de 26 000 villages qui n’ont plus de café. Nos commerces représentent un capteur fort pour l’économie locale et nous devons être un rempart contre la désertification de nos villages. Il faut mobiliser toutes les forces vives en faveur de la ruralité.

#Umih #RolandHeguy 

Romy Carrere

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