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Lycée professionnel : interview exclusive de Jean-Michel Blanquer et Régis Marcon

Vie professionnelle - lundi 5 novembre 2018 11:00
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Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, et le triple étoilé Michelin, Régis Marcon, expliquent les grandes lignes de la rénovation de la voie professionnelle désormais engagée.



Quels sont les moyens mis en œuvre pour améliorer l’orientation ?

Jean-Michel Blanquer : Nous voulons donner aux jeunes la possibilité de s’épanouir et d’exercer un métier qui leur corresponde. Les secteurs d’activité doivent pouvoir être présentés dès le collège  aux élèves grâce au partenariat entre chaque Région et l’Education nationale, et grâce à la participation des professionnels. Ce travail de partenariat doit être conçu avec chaque rectorat. Le discours que nous tenons aujourd’hui auprès des principaux de collèges va dans ce sens. La voie professionnelle ouvre à des métiers d’avenir. Il faut que les élèves puissent choisir cette voie par intérêt, indépendamment de leurs bulletins de notes. Le travail que nous menons porte déjà ses fruits car la voie professionnelle a connu cette année un bond de 5% des demandes et les premiers vœux vers l’apprentissage ont augmenté de 40% car nous avons clairement indiqué qu’un collège ne serait plus évalué sur la proportion d’élèves partant en voie générale, technologique professionnelle ou  vers apprentissage. Le but est de montrer que chaque voie est digne de grand intérêt.

Régis Marcon : Les dispositifs au collège vont être revus en impliquant davantage les professionnels et les enseignants des lycées. L’orientation ne doit pas être de la seule responsabilité du professeur principal et du conseiller d’orientation. Dans les stages 'découverte en entreprise' le jeune doit se faire une idée de ce qu'est la vie en entreprise, en metant la main à la pâte. Pour l'information des métiers, les réseaux sociaux sont maintenant incontournables et de nouvelles plateformes plus ludiques et interactives peuvent y aider. Mais les meilleurs ambassadeurs restent les professionnels. Il est temps aussi d’en finir avec cette opposition entre la voie scolaire professionnelle et l’apprentissage, l’une et l’autre gagnent à se compléter.

En seconde, un socle commun, par famille de métiers, va être mis en place. Pourquoi ?

J-M. B. : Pour une spécialisation plus progressive. Le rapport rédigé par Céline Calvez et Régis Marcon montre que certains élèves se sentent enfermés dans une orientation ; ils décrochent parfois. Dès 2019 et de manière progressive, en seconde, nous allons raisonner par famille de métiers et toutes les compétences communes à des diplômes d’un même secteur y seront abordées. En 2020, la cuisine, la commercialisation et le service en salle appartenant à la famille de l’hôtellerie-restauration, seront concernés. Cela permettra, par exemple, au futur cuisinier de connaître les contraintes de la salle. Les élèves choisiront alors leur spécialité au terme de l'année scolaire, au lieu de faire ce choix en fin de 3ème. Afin de permettre aux élèves de maîtriser de solides connaissances, particulièrement en français et en mathématiques, en seconde un test de positionnement est organisé ; il a pour but d’aider les professeurs dans l’accompagnement de leurs élèves. Mon ambition, au travers de cette réforme, a été de privilégier la motivation, la satisfaction, le projet du jeune, tout en évitant les décrochages.

R.M. : Nous devons conforter le jeune dans son choix ; à 14 ans, il a encore besoin de mûrir. Regrouper l’hôtellerie et la restauration dans la même famille permet de mieux connaitre l’ensemble de ce secteur en première année, libre au jeune en deuxième année de choisir le service, la cuisine, l’hébergement, voire de s’orienter vers d’autres spécialités du tourisme.

En fin de 1ère, le jeune va choisir ce qu'il fera après le bac : poursuite de ses études, par la voie scolaire ou l'apprentissage, ou insertion professionnelle immédiate. Comment allez-vous faire évoluer les mentalités ?

J-M. B. : Quand un élève subit une situation, il est malheureux. C’est un accompagnement différent dans l’intérêt des jeunes que nous mettons en place. Le bac n’est plus une fin en soi. Nous voulons que les jeunes soient mieux préparés à ce qu’il y a après. Toutes les mentalités doivent évoluer, avec une plus grande patience à l’égard des jeunes. Nous devons leur transmettre notre enthousiasme et notre confiance en ayant une vision à long terme pour eux. Le monde des adultes doit s’allier pour accompagner les jeunes avec bienveillance et pertinence. Des élèves passionnés par leur filière donnent des adultes heureux de leur situation.

R.M. : Un certain nombre d’étudiants peine à trouver un premier emploi par manque d’expérience en entreprise,  ou abandonne le métier ; en parallèle d’autres continuent des études supérieures (BTS) et n’arrivent pas à aller au bout. Ces parcours parallèles permettront de ne pas laisser de jeunes sur la touche et nous comptons sur les enseignants et les professionnels pour participer à la réussite de ce dispositif.

Jusqu’où peut-on aller dans l’innovation pédagogique ?

J-M.B : Nous mettons en place des parcours modernisés, qui ont une capacité de former les jeunes différemment, avec une pédagogie par projet ou par équipe, qui s’appuie sur une orientation plus progressive et un accompagnement renforcé. Cette réforme doit être une locomotive pour tout notre système. L’enseignement professionnel peut être un modèle par sa modernité pédagogique, par le sens de l’équipe et des valeurs qui font partie des compétences de l’honnête homme du XXIème siècle.  La technologie permet d’aller plus loin et plus vite. En restauration, par exemple, nous pourrions imaginer une salle de restaurant en trois D qui permettrait d’autres approches. Nous devons avoir plus d’ambition, que ce soit dans la manière de recruter ou de donner plus d’accès à la formation continue.

R.M. : Les professionnels seront davantage associés à l'élaboration des contenus des formations. Que demande-t-on au jeune dans une entreprise ? Qu’est-ce qui fait qu’il va s’y épanouir ? En dehors des compétences techniques, le parcours lycée et entreprise doit lui permettre d'apprendre à être ponctuel, à avoir confiance, à gérer son temps,  à être curieux, à avoir l’esprit d’entreprendre. Il faut qu’il puisse s’approprier ces valeurs qui vont lui donner les clés pour réussir dans son métier et s’y épanouir.

Vous annoncez le développement de campus d’excellence en Région. Les métiers de l’hôtellerie et la restauration ont-ils leur place dans ce type de configuration ?

J.M. B : Un campus est un lieu fédérateur, qui doit donner envie. La qualité des infrastructures professionnelles comme celle des équipements sportifs sont essentielles. L’idée est de rassembler des lycées et des CFA qui jusque-là travaillaient séparément et de créer un réseau de compétences. Ce sont les Régions qui sont porteuses de ces implantations. Ces campus doivent être des lieux de vie, de formation, d’innovation et les métiers de l’hôtellerie et de la restauration y ont parfaitement leur place. Un jeune doit sentir qu’en allant dans ces campus, il va vivre des expériences variées, trouver des opportunités nouvelles, bénéficier de  passerelles de tous ordres.

R.M. : Ces structures correspondent à un vrai enjeu économique car elles regroupent dans un même lieu toutes les formes d’enseignement, qui vont du CAP aux études supérieures pour une meilleure cohérence des offres de formations et elles travaillent en lien étroit avec les entreprises. Etudier dans un campus aide à la mobilité, donne une chance à chacun de choisir, de réussir.

Quel regard, Mr le Ministre, portez-vous sur l’hôtellerie et la restauration ?

J-M. B. : J’ai un immense respect pour le travail accompli par les hôteliers et les restaurateurs, l’image de la France qu’ils donnent et leur importance pour notre économie et notre société. J’aime profondément mon pays je sais à quel point les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration portent un art de vivre qui est au cœur de notre identité. Et l’Education Nationale, avec les professionnels, doit faire comprendre que c’est une voie d’épanouissement pour les futures générations au travers de métiers très concrets.

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Sylvie Soubes
Viser l'excellence

En novembre 2017, Jean-Michel Blanquer, a confié à Céline Calvez, députée des Hauts-de-Seine et à Régis Marcon, triple étoilé Michelin, une mission de réflexion sur les travaux à mener pour transformer la voie professionnelle en filière d'excellence. Le 22 février dernier, ils remettent leur rapport. Le 28 mai, le ministre de l'Education nationale présente son plan, qui s'appuie sur davantage d'accompagnement, une meilleure orientation et plus d'opportunités offertes à l'élèves avec la création de Campus d'excellence en région, des offres de formations adaptées à la réalité économique et aux enjeux d'avenir ou encore la capacité à préparer les jeunes à la réussite dans l'enseignement supérieur ou au monde professionnel dès le lycée. Le calendrier de cette rénovation a d'ores-et-déjà commencé.

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