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Congé maternité : le début de la fin ?

Restauration - lundi 27 janvier 2020 10:05
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Femmes en cuisine (3/4)   Pas si simple de fonder une famille quand on travaille derrière les fourneaux. Certaines femmes y parviennent, pour d'autres c'est plus difficile. Elles se confient.



'C'est important que le conjoint comprenne le rythme lié aux métiers de la restauration', confie Valérie Radou, chef en résidence chez Ruinart à Reims.
© DR
'C'est important que le conjoint comprenne le rythme lié aux métiers de la restauration', confie Valérie Radou, chef en résidence chez Ruinart à Reims.

Dans un établissement où je postulais pour travailler en cuisine, on m’a carrément demandé si je projetais d’avoir des enfants.” Camille Guei, cuisinière au restaurant Montcalm, à Paris (XVIIIe), s’en souvient encore. Et, “non”, dit-elle, “ce n’est pas normal que l’on pose une telle question à une femme”. Certains parlent de discrimination à l’embauche. D’autres rétorquent que la question est posée parce qu’entre les horaires décalés et le rythme soutenu d’une brigade, il sera parfois difficile de gérer en même temps “boulot, métro, nounou absente et/ou enfant malade”. Sauf si la famille ou l’entourage aide.

Mais ça, c’est un scénario qui fonctionne bien quand la femme chef est indépendante, installée à son compte. Mieux encore : lorsqu’elle habite au-dessus de son restaurant. En tout cas, il faut qu’elle ait une certaine marge de manœuvre en terme d’organisation”, commente Caroline Dumas. Car si la cuisinière est salariée dans une brigade, “c’est plus compliqué de jongler avec les horaires”, reconnaît la psychologue, qui a longtemps travaillé dans les ressources humaines au sein du secteur de l’hôtellerie-restauration.  Résultat : “Pour une cuisinière qui n’est pas à son compte, avoir un enfant est possible, mais au deuxième, bon nombre de femmes quittent les fourneaux”, constate-t-elle.

 

Reconquérir sa place

La chef Stéphanie Le Quellec fait partie de celles qui ont relevé le défi du deuxième et même du troisième enfant : “Pour mes deux premiers garçons, j’ai pu prendre un congé maternité. Je venais de quitter Paris pour le domaine de Terre blanche, dans le Var. Je suis donc restée à la maison. J’ai même créé une crèche parentale, où j’ai eu les places pour mes enfants pendant trois ans. En revanche, quand j’attendais mon troisième fils, j’étais au Prince de Galles, à Paris (VIIIe) : quinze jours avant d’accoucher, j’étais encore au piano et j’ai repris le travail deux mois et demi après la naissance.

 Un retour qui ne se fait pas toujours dans de bonnes conditions. “Les femmes peuvent perdre en légitimité, a pu observer Caroline Dumas. Certaines sont même de nouveau bizutées.” La place quittée est alors à reconquérir.

 

“Je ne me sentais pas le droit de laisser mes enfants à la maison”

La culpabilité fait souvent partie de la panoplie d’une femme chef et mère de famille. “Concilier vie professionnelle et personnelle, c’était déjà difficile en tant qu’agricultrice, mais ça l’est encore plus en cuisine”, a confié Anne Alassane, lors du débat ‘Cheffes ! Rentrez dans les cuisines !’, entre femmes chefs françaises et italiennes, organisé le 9 décembre dernier à la mairie du Ier arrondissement de Paris, dans le cadre de la Semaine de la cuisine italienne dans le monde.  La gagnante de la première saison de l’émission MasterChef, en 2010, et mère de six enfants, le reconnaît : “Même avec le soutien de mon compagnon, je ne me sentais pas le droit de les laisser à la maison. Puis, avec le temps, je me suis aperçu que la qualité du temps passé avec eux compte bien plus que le nombre d’heures.”

“C’est important que le conjoint comprenne le rythme lié aux métiers de la restauration. Quand mon fils était petit, c’est son père qui le gardait. C’est lui d’ailleurs qui m’a encouragée pour persévérer dans mon travail, complète Valérie Radou, chef en résidence chez Ruinart à Reims (Marne).

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Anne Eveillard
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