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#Coronavirus : où en est aujourd'hui la profession et comment va-t-elle aborder les prochaines semaines ?

Vie professionnelle - mercredi 27 mai 2020 17:26
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Le déconfinement pour les CHR va commencer, mais la crise n'est pas terminée. Le point avec Didier Chenet, président du Groupement national des indépendants (GNI-hcr).



Didier Chenet nous livre son analyse.
Didier Chenet nous livre son analyse.

Les plus pessimistes estiment qu’un tiers des établissements indépendants ne pourront pas se remettre du confinement, partagez-vous cette analyse ?

Dans le sondage que nous avons réalisé début mai (avec près de 2 000 réponses), 17% des professionnels nous disent qu’ils ne vont pas rouvrir immédiatement après le déconfinement ; alors qu’ils étaient 11% lors du sondage précédent, un mois plus tôt. Cette augmentation m’inquiète et pose des questions. Les dates de réouverture doivent être connues au plus vite. Plus on tarde, plus le moral des professionnels baisse. Il est certain que le manque de trésorerie est crucial et que la peur d’aller dans le mur est réelle. Mais je me refuse à faire des prévisions dans le contexte actuel, je pense qu’il faut rester factuel si on veut garder notre lucidité.

Des établissements craignent de devoir licencier, que leur conseillez-vous ? Ne va-t-on pas aller vers une perte des compétences ?

Tout a été fait par le Gouvernement pour éviter les licenciements. Autant la fermeture a été brutale pour nos établissements, autant la réouverture va être étalée. Ce que nous recommandons, dans la mesure du possible, c’est d’attendre fin septembre la deuxième phase de relance avant de prendre des décisions irréversibles. La prolongation des exonérations de charges et du chômage partiel (pris en charge à 100%) au-delà de septembre dans notre secteur sera négociée cet été. Si ces mesures ne sont pas prolongées, je le dis gravement, il y aura des licenciements, car on ne peut pas maintenir son personnel avec 50% d’activité. Le Gouvernement nous dit que ça leur coûte très cher mais cela pointe du doigt le poids des charges sociales qui pèse sur nos entreprises à forte intensité de main d’œuvre. L’Etat touche du doigt ce que nous payons tous les mois. Les forces vives du secteur vont, je pense, rester en place ; je crains en revanche que les moins qualifiés soient les premières victimes de la situation.

Qu’en sera-t-il des établissements qui ne respecteraient pas le protocole sanitaire ?

Ce protocole est le résultat d’un travail effectué en commun par toutes les organisations professionnelles, sous l’autorité de Sébastien Bazin. Ce n’est pas un protocole de chaîne, il résulte de la réflexion de la profession dans son ensemble. C’est le moyen qui est mis à disposition de nos professionnels pour assurer la sécurité sanitaire des salariés et des clients. Il est là pour éviter que la responsabilité civile et pénale des professionnels soit engagée en cas de problème sanitaire ; nous nous sommes battus, avec l’appui de l’interprofession, pour qu’il y ait une obligation de moyens et non de résultats. Le fait que le professionnel respecte ce protocole lui permet de satisfaire à cette obligation de moyens qui lui est imposé par le Gouvernement et les autorités sanitaires.

Ne craignez-vous pas une augmentation des prix pour compenser la limitation du nombre de clients ? 

La mise en place du protocole aura un coût mais les professionnels vont s’attacher avant tout à retrouver leur clientèle. Je ne crois pas dans une augmentation des prix.

Le GNI vient de signer, aux côtés d’autres organisations professionnelles et associations, une tribune dans laquelle vous demandez à l’Etat, aux collectivités locales, aux assureurs et aux bailleurs, de faire plus. Le Gouvernement a pourtant mis, et vous le reconnaissez, beaucoup de choses en place…

Cette tribune n’est pas une critique, c’est un appel. Nous nous adressons au Gouvernement pour qu’il ne nous lâche pas au milieu du gué. Ce qui a été fait ne doit pas être gâché, ni perdu. Et nous demandons aux collectivités locales de contribuer à leur tour à l’effort national en exonérant les entreprises de droits de voiries, des taxes sur l’enlèvement des ordures, etc. Je salue, par exemple, la décision du port autonome de Paris qui vient d’exonérer de loyer les concessionnaires et d’aménager les loyers au prorata du chiffre d’affaires, qui sont des aménagements de bon sens. Les banques trainent les pieds et ça ne va pas. Frédéric Oudéa, président de la Fédération bancaire française (FBF) mais aussi directeur général de la Société Générale, s’est engagé devant le Gouvernement à ce que les banques rééchelonnent les emprunts, intérêt et capital, et ce jusqu’à 12 mois. Or, sur le terrain, on nous dit que la Société Générale ne rééchelonne que le capital… Nous répétons également depuis le début de la crise que les assureurs ont une attitude indécente et cynique concernant la perte d’exploitation. Nous avons demandé à nos adhérents depuis plusieurs semaines de nous remonter leurs contrats d’assurance pour les analyser et nous soutenons l’action de notre adhérent Stéphane Manigold contre Axa. Près de 300 contrats n’ont pas de clause d’exclusion. Pour ceux qui méritent d’aller en justice nous allons les rediriger vers les bonnes personnes pour qu’ils puissent mutualiser les frais, enclencher une procédure ou une négociation au cas par cas. Dans ce dossier, c’est inadmissible de devoir aller en justice juste pour obtenir son dû. Pour tous ceux dont le contrat ne permet pas d’aller plus loin, nous voulons que les assureurs abondent significativement le fonds de solidarité, notamment. Pour l’instant, leur participation est très insuffisante au regard de la situation. Concernant les bailleurs, nous sommes en train de mettre des propositions sur la table.

La profession va-t-elle pouvoir embaucher cet été ?

Notre secteur embauche l’été autour de 300 000 saisonniers et espère aujourd’hui sauver une partie de la saison. Nous allons embaucher mais sans doute moitié moins, voire encore moins. Mais la clientèle française ne suffira pas pour compenser la clientèle étrangère dans certaines branches, comme l’hôtellerie de luxe. Des pays européens comme l’Italie et l’Espagne viennent de rouvrir les frontières. Nous allons être pénalisés si nous n’ouvrons pas à notre tour nos frontières, c’est évident. Je regrette qu’il n’y ait pas à ce niveau de coordination européenne. Le taux de réservation sur Paris pour juillet et août est un encéphalogramme plat, en région on constate un léger frémissement.  

La crise va-t-elle avoir un impact sur les demandes d’entrée en école hôtelière selon vous ? A quoi va pouvoir ressembler l’attractivité du secteur dans les mois qui viennent ?

Nous constatons une baisse d’inscription dans notre secteur de 6 à 10% et jusqu’à 30% dans nos CFA,  signe d’inquiétude réelle des parents et des élèves. Actuellement, pas mal d’entreprises nous disent qu’elles ne prendront pas d’apprentis cette année. Nous avons présenté un plan de relance pour l’apprentissage. Les aides qui vont devoir être mises en œuvre devront concerner toutes les entreprises, pas seulement les moins de 20 ou 11 salariés car dans notre secteur l’apprentissage est porté aussi par les grandes structures, comme les palaces qui ont autour de 500 salariés. Et permettre aux entreprises de conclure des contrats d’apprentissage à taux zéro, avec une prise en charge de l’Etat ou de France Compétences. Il ne faut pas laisser d’apprentis dans la rue, je vous rappelle également que désormais les CFA sont rémunérés au coût contrat. Nous étions dans une activité où on manquait de salariés et nous n’avons jamais cessé d’embaucher ; et là nous allons entrer dans une période en sur effectif. D’où l’importance pour notre secteur de s’appuyer sur la qualification et la formation de nos salariés. Continuer à assurer l’ascenseur social est essentiel et je pense que dans ce monde en crise, plus que jamais, les valeurs de services, d’accueil, de plaisir que nous portons, seront reconnues et mises à l’honneur.

Quel est votre regard sur la suite ?

Les entreprises ne pourront rembourser leurs emprunts que si la reprise est là. Nos TPE n’ont pas de fonds propres et elles sont fortement endettées, nous proposons un plan d’investissement qui viendrait épauler en capitale et pas en dette. Il y aura un deuxième plan à la rentrée et il faudra une troisième phase d’accompagnement dans lequel ce fonds aura toute sa place. De nouveaux modèles économiques vont apparaître dans les 18 à 24 mois. Quant aux dates de réouverture, elles vont être connues dans les heures qui viennent. Je crois qu’en zone rouge, rouvrir les terrasses pourrait être possible dès le 2 juin car nos professionnels sont prêts. Le calendrier qui arrive est bien chargé. J’ajouterai, par ailleurs, que nous avons privilégié au sein du GNI depuis le début de la crise une communication interne tournée vers nos adhérents et que le bilan de nos engagements est clairement accessible sur notre site.

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Sylvie Soubes
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