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Retour d'expérience : quand les difficultés de trésorerie mettent en danger l'entreprise

Vie professionnelle - lundi 17 février 2020 10:45
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Sillans-la-Cascade (83) Pour les très petites entreprises, les difficultés de trésorerie passagères peuvent très rapidement devenir récurrentes et mettre en péril l'entreprise. Avec comme principal interlocuteur sa banque, entre découverts, crédit et agios, Jeff Courtoy revient sur son expérience.



Jeff Courtoy, propriétaire du restaurant Le Grand Chêne à Sillans-la-Cascade (Var), a dû faire face à des difficultés financières qui, de passagères, sont rapidement devenues récurrentes. À la suite de la crise de 2008, le restaurateur, installé depuis 1997 dans le Haut-Var, voit son chiffre d'affaires chuter et termine, chaque année, avec un excédent brut d'exploitation (EBE) négatif. De 2010 à 2015, sa banque tolère un découvert qui lui a coûté, estime-t-il, 5 000 € d'agios en cinq ans. “À ce moment là, j'avais besoin d'un découvert de 10 000 €, la banque me l'accordait tout en me rappelant que c'était exceptionnel, car le bilan n'était pas flatteur”, se remémore Jeff Courtoy. En 2015 d'ailleurs, sans crier gare, la banque cesse l'autorisation de découvert, mettant l'entreprise en danger immédiat. 

Le restaurateur change alors de banque. “Le fait d'avoir le directeur d'agence comme interlocuteur a changé la relation. Il m'a autorisé un découvert de 25 000 € qui m'a donné une bouffée d'oxygène, mais c'est quand même difficile, au bout de 22 ans d'exploitation, de ne pas sortir un salaire correct”, commente-t-il. En 2016, il emprunte 40 000 € pour un crédit travaux : “Des investissements étaient nécessaires, il y avait des mises en sécurité obligatoires, la façade à rénover. Mais cette année là, entre le crédit, les charges et le personnel, j'ai terminé l'année avec un EBE à - 39 000 €. Je creusais ma tombe !”

Serrer les coûts pour obtenir un bilan favorable

En 2018, il revoit toute l'organisation de son entreprise avec un objectif : sortir un beau bilan pour obtenir ce dont il a besoin auprès de sa banque. Il passe alors de sept salariés à deux, retourne en cuisine et ne se verse pas de salaire. Mais à la fin de l'année, les efforts payent : l'EBE est positif et l'entreprise dégage un petit bénéfice de 4 000 €. “J'ai enfin pu avoir un crédit de caisse, ce qui m'a évité de payer des agios et m'a aidé à remettre l'entreprise d'aplomb.” Avec un taux d'intérêt à 1,7 %, le restaurateur doit alors rembourser son crédit de caisse mais n'a plus le droit au découvert. Pourtant, même si elle manque de souplesse, cette opération lui a coûté bien moins cher que les agios.

Avec un peu de recul, il constate : “J'ai une structure où tout repose sur le restaurant. Quand on n'est pas propriétaire des murs, les banques sont frileuses. Et il faut l'avouer, quand on a un découvert autorisé, on ne regarde pas trop les frais car on en a besoin.”

Avec une entreprise aujourd'hui en voie d'assainissement, un chiffre d'affaires de 400 000 €, Jeff Courtoy réfléchit au futur. “Mon établissement a des coûts de fonctionnement élevés, notamment en chauffage. Il me faudra réfléchir à optimiser au mieux la rentabilité de ma structure, peut-être en créant des chambres.”

 

#Tresorerie #Frais #Decouvert #Agios


Marie Tabacchi
L'avis de l'expert

“Lorsqu’un commerçant rencontre ce type de difficultés, il a souvent tendance à demander une autorisation de découvert auprès de son partenaire bancaire. Néanmoins, il doit s’agir d’une solution exceptionnelle. En effet, les frais afférents à ces opérations sont élevés car il s’agit d’une mesure provisoire, souvent à durée déterminée. Le restaurateur qui rencontre des difficultés doit en trouver l’origine. Elles peuvent être conjoncturelles ou structurelles. Une fois le problème identifié, il convient de prendre des mesures pour améliorer sa situation financière. Si ce problème s’avère temporaire, une autorisation de découvert bancaire peut être un bon outil mais elle ne pourra pas être une solution pérenne. Ainsi, si le bilan le permet, un crédit de trésorerie paraît plus abordable par son coût relativement faible et sa durée fixe. Dans tous les cas, il ne faut jamais rompre le contact avec sa banque. Celle-ci a besoin de comprendre la situation. La confiance doit être réciproque et si votre partenaire bancaire fait défaut, n’hésitez pas à en consulter d’autres.

Enfin, la capacité de rebond tient souvent dans la réactivité du restaurateur. En effet, plus tôt est pris le problème - baisse constante de trésorerie, événements défavorables prévus, baisse régulière des recettes… -, plus il est confortable de le régler. Pour cela, vous pouvez vous faire assister par un professionnel - courtier, expert-comptable - dans vos démarches.”

Vivien Ruer, MS Financement

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