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Éric Jambon : "On nous dépossède de tout"

Restauration - lundi 22 juillet 2019 09:44
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Ruy-Monceau (38) Le chef et son équipe ont servi leur dernier dîner le 14 juillet. Tous ses efforts pour sauver sa maison étoilée seront restés vains. La société a déposé son bilan quatre jours plus tard.



Éric Jambon, une étoile Michelin depuis 2014 à Ruy-Monceau (Isère), s’est battu de longs mois pour sauver son établissement, Le Domaine des Séquoias, pris en tenaille par un crédit-bail qu’il n’a pu renégocier et un tout proche projet immobilier faisant fuir les investisseurs potentiels. Malgré les soutiens obtenus - parmi lesquels le sous-préfet -, le chef étoilé a du lâcher son fourneau, remercier son équipe de 20 personnes et quitter ce domaine de cinq hectares abritant également 19 chambres, dont 14 aménagées en 2006 dans une dépendance de l’ancienne maison de maître. “Jusqu’au bout, on y a cru. Lundi 8 juillet, nous rencontrions encore, mon épouse et moi, un investisseur potentiel à Bruxelles. Mais il ne pouvait admettre la construction d’une résidence privée tout contre l’entrée du domaine”, soupire Éric Jambon. Les procès intentés par le chef contre ce projet immobilier n’ont réussi qu’à retarder sa construction, désormais inéluctable.

 

Un chantier coûteux

À l’’écouter énumérer les difficultés affrontées depuis des années avec son épouse, Stéphanie, on a peine à croire qu’ils aient pu si bien préserver leurs clients de ces tracas et leur accorder un accueil toujours chaleureux et raffiné. “On nous croit cousus d’or lorsque l’on entre dans un domaine comme le nôtre. Mais c’est archi faux. Les marges sont peau de chagrin”, glisse le chef. Mais jamais il ne s’en plaignait, trop heureux de se réaliser dans ce métier passionnant et de décrocher, lui l’autodidacte formé chez Paul Bocuse, une étoile Michelin, après dix ans d’exercice.

Ses premières grosses difficultés financières sont liées à son extension hôtelière de 14 chambres. À deux mois de l’ouverture, l’architecte leur avait annoncé un dépassement de 400 000 € et six mois de retard. La banque qui leur avait prêté l’argent pour ces travaux avait alors accepté d’étaler la dette dans le temps pour couvrir ce dépassement. Mais le crédit bailleur grâce auquel ils avaient acquis le domaine n’avait rien voulu entendre. Les loyers en retard ont dû être payés, et les époux Jambon multiplier leurs efforts.

 

Une cuisine de cœur

Le couperet tombe en 2016 : ils sont mis en demeure de payer leurs dettes. Démarre alors une recherche assidue d’investisseurs. Elle restera vaine. Et le crédit bailleur a aujourd’hui mis sa menace à exécution. Qu’importe si le solde à payer reste minime, et si pour 1,8 M€ prêtés, 2,2 M€ ont déjà été remboursés, la banque récupère le bien dans sa totalité, un bien largement bonifié par les travaux et les efforts des époux Jambon. “On nous dépossède de tout”, glisse le chef, amer. Il va désormais s’installer sur ses terres, au sud de l’Isère. Le couple y avait transformé une vieille bâtisse en lodge tout confort, le Gîte des Séquoias, à 1 200 m d’altitude. C’est à quelques kilomètres de là qu’Éric Jambon pourrait retrouver piano et casseroles l’été prochain pour exprimer une cuisine de cœur répondant, sur réservation, aux envies de chacun. Une sorte de restaurant sur mesure, loin du concept de grande maison qu’il a défendu pendant des années.

 

#EricJambon #DomaineDesSequoias #CreditBail

 


Nathalie Ruffier
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