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Le singulier tourisme de Corée du Nord

Hôtellerie - mardi 2 octobre 2018 10:55
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Pyongyang (CORÉE DU NORD) La Corée du Nord est l'un des pays les plus fermés du monde. Il ne s'agit pourtant pas d'une zone de non-droit touristique. En effet, des milliers de visiteurs s'y pressent chaque année.



Ils seraient 100 000 Chinois à visiter la Corée du Nord chaque année, auxquels s'ajouteraient 5 000 touristes venus du reste du monde dont une poignée de Français. Impossible de se rendre sur place par ses propres moyens. Il est obligatoire de passer par un correspondant de l'agence étatique de tourisme, KITC. Pour les Anglo-Saxons, cela se fait par le biais de Koryo Tours, tandis qu'en France, la Maison de la Chine propose des séjours sur place, voire des extensions de deux ou trois jours à l'occasion d'un voyage en Chine.

Forte affluence étrangère pour le marathon de Pyongyang

La célébration de l'Indépendance de 1948, le 9 septembre, constitue le pic touristique de l'année avec moult visiteurs venus assister aux défilés et autres célébrations magistrales. "Mais le pays a ouvert les vannes du tourisme avec le marathon de Pyongyang". Créée en 1981 et ouverte aux athlètes étrangers  sur invitation depuis 2000, l'épreuve se déroule chaque année en avril dans les rues de la capitale. explique Éric Lafforgue, un photographe français qui a fait six séjours sur place de 2008 à 2012 avant d'être banni du pays en raison de ses reportages. 

"Fut un temps où, dans les campagnes, les habitants changeaient de trottoir à la vue d'un étranger. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Les ruraux sont très accueillants. Il est d'ailleurs possible, dès que l'on sort de la capitale, de résider dans des sortes de maisons modèles en campagne, mais toujours sous le contrôle d'un guide. Cela reste l'unique moyen de découvrir la vie des gens. Comme les touristes ne sont jamais laissés seuls, ma technique consistait à établir une proximité avec mes guides et de leur offrir des cadeaux afin d'avoir plus de liberté. Ainsi, pour échapper à la nourriture sinistre des hôtels, je les invitais, pour une quinzaine d'euros, dans des échoppes de rue. Les repas sont constitués d'une quinzaine de petits plats, comme des mezzes, et souvent de nouilles froides. Ils boivent un alcool de riz, le soju. Un jour, j'ai eu droit à un canard d'eau, un met de choix offert par mes hôtes provinciaux", se souvient Éric Lafforgue qui fut l'un des cinquante Français à visiter la Corée du Nord en 2008.

Des ormeaux au goût pétrochimique

Les guides conduisent les visiteurs étrangers d'usines chimiques en fermes aquacoles. La nature est pourtant au centre de la vie des habitants de ce pays qui dispose de sites remarquables comme le volcan Paektu, situé à la frontière de la Chine. Les séjours 'tout compris' sont dispendieux : 8 000 euros pour deux semaines, avec vols domestiques inclus, et des excursions du genre "survoler le volcan à bord d'un bimoteur rempli de militaires". La station balnéaire de la ville industrielle de Hamhung, sorte de Seveso local étouffé par ses usines chimiques, est prise d'assaut par les élites locales qui s'y rendent pour dévorer des ormeaux au goût pétrochimique dont "ils ouvrent les coquilles avec de l'essence." 

Le profil des touristes en Corée du Nord est assez singulier. "D'une part, il y a les Chinois, toujours en groupe et plutôt de condition modeste. D'autre part, les Occidentaux se répartissent entre le groupe de 'ceux qui ont tout fait' et celui de'ceux qui veulent se faire peur' : des moins de 30 ans qui font des selfies-tours pour épater leurs amis", relate Éric Lafforgue qui a publié en avril dernier un livre-témoignage, Banni de Corée du Nord, chez Hachette Tourisme.


Francois Pont
En complément :
  Site du photographe Eric Lafforgue
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