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Emploi : l'hôtellerie de luxe parisienne dans la tourmente

Emploi - jeudi 14 janvier 2021 10:08
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Paris (75) Vague de licenciements et fermetures d'établissements frappent de plein fouet l'hôtellerie haut de gamme de la capitale. Ce début d'année s'annonce chaotique, crise sanitaire oblige.



 

Rien ne va plus. Entre l’absence de clientèle internationale et le secteur de l’événementiel à l’arrêt, l’hôtellerie de luxe parisienne souffre. Et ce, depuis janvier 2020, avec des touristes chinois qui ne venaient déjà plus puisque, dès le 3 janvier, la BBC faisait état des premières infections liées à un “virus mystère” à Wuhan.

Au gré des confinements et autres couvre-feux, la situation à Paris n’a fait qu’empirer en matière de fréquentation. Avec des palaces dont le taux d’occupation ne dépassait pas les 10 % en juillet et août, alors que l’hôtellerie de bord de mer, de campagne ou de montagne tirait plutôt bien son épingle du jeu.

Mais, faute de touristes, les rues de la capitale sont restées désertes durant toute la saison estivale. Le click and collect, mis en place dans certains établissements de luxe, a permis et permet encore de maintenir un lien avec quelques clients fidèles. Mais tous ne s’en sortent pas. L’oxygène vient à manquer. Alors il faut licencier, voire fermer.

 

Plan de relance compromis

Parmi les premiers à avoir déclaré forfait ? L’hôtel W Paris-Opéra (IXe). Ce 5 étoiles, géré par le groupe Marriott et propriété de CDS Invest, connaissait déjà des difficultés suite aux attentats, aux manifestations des gilets jaunes et aux grèves de transports. Le Covid-19, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La crise sanitaire a compromis tout plan de relance. Résultat : après le premier confinement, les propriétaires ont décidé de ne pas rouvrir le W Paris-Opéra. L’établissement est désormais fermé définitivement, laissant une centaine de salariés sans emploi.

D’autres hôtels de luxe de la capitale ont dû, eux aussi, licencier. À l’instar du Westin Paris Vendôme (Ier), qui supprime 167 emplois sur 351. Même scénario pour le Hyatt Regency Paris Etoile (XVIIe), avec 192 suppressions de postes, pour le Méridien Etoile (XVIIe) avec 254 licenciements, ou encore au Hyatt Louvre (Ier) avec 29 salariés désormais sans travail.

 

Changements de carrière

Car difficile de rebondir dans un contexte aussi complexe, où saisonniers, extras, alternants et stagiaires sont, eux aussi, en quête de contrats. Ou alors il faut changer de secteur. Ce que n’hésitent pas à faire les plus jeunes, au regard de l’instabilité de l’hôtellerie ces temps-ci. Parmi les récents départs survenus au sein du groupe Evok, à la tête de quatre hôtels de luxe à Paris, “90 % l’ont été à la demande des salariés”, confie Emmanuel Sauvage.

Le cofondateur et directeur général d’Evok explique que ces ruptures conventionnelles étaient motivées par l’envie de travailler dans d’autres secteurs, de changer de vie, voire quitter Paris où il est difficile de se loger correctement avec des salaires de début de carrière. “On réorganise tout”, poursuit Emmanuel Sauvage. Certes, le patron du groupe Evok a licencié, mais pour restructurer, “remodeler l’entreprise” et même recruter pour mieux anticiper la reprise.

 

Miser sur l’agilité, la flexibilité et la polyvalence des salariés

Un parti pris qui rappelle celui du groupe Accor. Son patron, Sébastien Bazin, a annoncé “un plan de restructuration visant 200 millions d’économies et incluant la suppression de 1 000 à 1 200 emplois”. L’idée : “Alléger la structure régionale pour simplifier les rôles, les décisions, et être plus agiles, en supprimant 18 % de notre personnel dans les sièges  - dont 325 en France.”

Dans cette période encore pleine d’incertitudes, Emmanuel Sauvage jongle, adapte chaque semaine le fonctionnement de ses équipes, selon le nombre de réservations. Il mise sur l’agilité, la flexibilité, la polyvalence des salariés et l’instauration d’une nouvelle relation avec le client. Une relation encore “plus proche” pour un service toujours plus personnalisé. Le sur mesure en ligne de mire, telle une clé pour amorcer une sortie de crise.

Toutefois, l’hôtellerie de luxe ne peut redémarrer sans le retour de la clientèle internationale et des voyageurs d’affaires. La reprise sera donc lente, avec des prêts garantis par l’État (PGE) qu’il faudra commencer à rembourser et un chômage partiel qui ne sera plus compensé intégralement par l’État. Une nouvelle performance d’équilibriste en perspective.

 

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Anne Eveillard
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