Menu anti-crise : Un équilibre délicat

Alors que l’inflation impacte la fréquentation des restaurants, certains professionnels jouent la carte des menus à petits prix. Comment s’y prendre pour que l’expérience soit positive et ne plombe pas les comptes ? Retours d’expérience.

Publié le 29 janvier 2026 à 10:30

Le Bellevue à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne)

Ce qu’ils ont fait

L’hôtel-restaurant Le Bellevue revient de loin. L’établissement de douze chambres, situé à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), frôle la liquidation judiciaire fin 2023. Son propriétaire, Laurent Berger, décide alors de totalement revoir son offre. Adieu le menu à 16,90 €, qui n’attire pas la clientèle ouvrière de la “ville de l’uranium”. Désormais, le restaurateur mise en semaine sur une formule déjeuner anti-crise à 10 € tout compris (entrée-plat-dessert, café et verre de vin). En parallèle, il crée un buffet à volonté de spécialités françaises, renouvelées quotidiennement : pour 16,90 €, les clients peuvent déguster entrées, plats, desserts, boissons non alcoolisées et un café.

Dans le menu à 10 €, les recettes, simples et efficaces, sont imaginées à partir de produits peu onéreux. “On ne sert que des frites fraîches : c’est plus économique et bien meilleur que de la frite congelée. Les ouvriers veulent des plats copieux : on va leur préparer par exemple du petit salé aux lentilles, des œufs mayo, ou encore des pâtes au saumon fumé, crème fraîche et épices. Avec 600 g de saumon, on peut servir 25 couverts. Je recycle aussi certains plats du buffet : s’il me reste du hachis parmentier, je le passe dans le menu anti-crise”, note Laurent Berger.

Le lancement du menu anti-crise s’est accompagné d’une opération de communication. Laurent Berger a investi dans une grande banderole en façade, des flyers et du porte-à-porte auprès des entreprises du secteur, avant que les médias ne reprennent son histoire.

 

Pour quel gain ?

La fréquentation a été multipliée par huit ou neuf. Le restaurant, aujourd’hui scindé en deux salles, dédie 28 places assises aux clients du menu anti-crise, et 70 places aux amateurs de buffets. “Mon bilan est au vert. Le menu anti-crise, sur lequel je gagne environ 2 € nets, représente 35 % des ventes ; il a même attiré de nouveaux clients pour le buffet et l’hôtel. Mon chiffre d’affaires a progressé de plus de 30 % en 2024. De son côté, la concurrence, qui faisait des menus à 13-14 € en 2023, a augmenté ses prix autour de 16-17 €. Tout cela m’a permis de retrouver ma clientèle. Je prévois même l’ouverture d’un deuxième restaurant autour du même concept à Limoges en 2026”, détaille-t-il.

“Si un restaurant ne faisait que des menus à 10 €, il faudrait qu’il en vende 500 par jour ! Ce serait compliqué”, prévient néanmoins Laurent Berger, qui conseille de mixer les initiatives. “Et surtout, il faut se rappeler qu’un restaurant est un commerce avant tout : il faut de la qualité avec du fait maison, un bon accueil, avoir la gniaque et prospecter !”

 

L’Arrosoir à Nancy (Meurthe-et-Moselle)

Ce qu’ils ont fait

À Nancy, Jérôme Espiand, gérant de l’Arrosoir, a subi de plein fouet les travaux du centre-ville : pour contre-attaquer, son restaurant traditionnel-pizzeria de 70 places assises propose en semaine, en marge de la carte, un menu déjeuner fait maison à 10 € (entrée-plat-dessert), depuis avril 2025.

Pour que l’aventure ne vire pas au fiasco, certaines règles doivent être respectées. Le coût matière est plus que jamais primordial. Pour un menu à 10 €, ce dernier ne doit pas excéder 4 €. Pour serrer les coûts, différentes solutions peuvent s’offrir aux restaurateurs : DLC courtes, promotions, déstockages, tarifs négociés avec les fournisseurs, circuits courts…

Les portions sont calculées au gramme près. “Le grammage est déterminé par le prix de la matière. Pour la matière principale - viande ou poisson -, on ne dépasse pas 10 € le kilo pour le prix d’achat”, souligne Jérôme Espiand.

Les faibles marges doivent être contrebalancées par des volumes conséquents, voire des ventes additionnelles. “Les clients vont prendre un café, un verre de vin, un kir… En moyenne, les gens s’en sortent plutôt autour de 15 €”, observe Jérôme Espiand, qui n’a pas inclus de boisson dans sa formule anti-crise.

Côté communication, Jérôme Espiand a parié sur les médias sociaux. Le buzz a fait le reste.

 

Pour quel gain ?

Un regain de fréquentation qui a incité le restaurateur à prolonger l’expérience en 2026.

 

Le XIXe à Foix (Ariège)

Ce qu’ils ont fait

Laure Lons, gérante du restaurant Le XIXe à Foix (une brasserie de 120 places assises), a lancé un menu déjeuner à 9,90 € (entrée-plat ou plat-dessert) en octobre dernier. “Ce qui me coûte le plus cher, c’est la masse salariale – tout est fait maison – et l’énergie, car on a des plafonds de quatre mètres de haut. À l’approche de l’hiver, soit je licenciais, soit je faisais revenir des gens au restaurant”, raconte-t-elle. Son menu en trois services à 14,50 € a été supprimé, tandis que la carte a été repensée : “On a diminué les prix de certains plats comme les œufs mayonnaise, qui sont désormais à 2,50 €, pour avoir des produits d’appel”, explique-t-elle.

Le menu anti-crise surfe sur les œufs, les salades composées, la terrine ariégeoise, les lomos de porc ou encore les pâtes fraîches aux champignons. Comme Jérôme Espiand, Laure Lons, n’a pas inclus de boisson dans sa formule anti-crise.

Côté communication, l’information a été relayée par La Dépêche du Midi. La restauratrice a consacré “zéro budget publicité” à l’opération.

 

Pour quel gain ?

“Au-delà de l’aspect financier, c’est une super expérience pour les équipes, note Laure Lons. Elles ont été motivées de voir les clients revenir, et touchées par les gens qui nous remercient car ils ont pu aller au restaurant. Ça fait chaud au cœur !” La restauratrice compte faire perdurer son offre.


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Publié par Violaine BRISSART



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