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Femmes et violences en cuisine : un chef au coeur d'une rumeur

Restauration - lundi 24 août 2020 11:58
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Il est chef cuisinier. On lui reprocherait des violences à caractère sexuel dans le cadre de son travail… Cette rumeur alimente les réseaux sociaux cet été. Info, intox ? Opportunité de communiquer pour les uns ou de protester, d'exprimer sa colère pour d'autres ? Qui s'engage vraiment ? Enquête.



Pas facile de savoir ce qu’il se passe réellement dans les cuisines. On ne parle pas de ce qui mijote dans les cocottes, mais de la façon dont on traite ceux qui y travaillent, à commencer par les femmes. Sur ce thème, les langues se délient depuis peu. Car lorsqu’on ouvre cette boîte de Pandore, les insultes à caractère sexiste, harcèlements et violences arrivent en tête des pires souvenirs des apprenties, stagiaires, cuisinières, devenues ensuite chefs. Et c’est toujours délicat pour elle d’en parler. Personne ne donne de nom, par peur d’être ‘black-listé’ de la profession, de perdre un poste, de propos diffamatoires.

Cet été, une rumeur à propos d’un chef qui serait l’auteur de violences à caractère sexuel remet de l’huile sur le feu. D’aucuns promettent de dévoiler “bientôt” son nom, mais rien ne sort. D’autres y vont de leurs protestations, pesées, mesurées, sur les réseaux sociaux : ça fait le buzz – jusque dans la presse people -, mais on ne sait toujours pas de qui on parle… D’ailleurs, pour la rédaction de cet article, trois personnes ont d’abord donné leur accord pour témoigner, avant de se raviser en vingt-quatre heures. Omerta oblige ?

 

“Les victimes ont envie d’être écoutées”

La journaliste indépendante Nora Bouazzouni met, elle, les pieds dans le plat, mais pas pour surfer sur une vague de bien-pensance. Cela fait plusieurs années qu’elle s’intéresse à celles et ceux qui font la cuisine. Elle aime aller au restaurant et c’est comme ça qu’elle a commencé à enquêter, interroger, passer du temps à faire parler celles et ceux qui n’ont jamais la parole. Celles et ceux qui ont été moqués, insultés, humiliés, qui ont finalement renoncé à exercer leur métier. Celles et ceux qui ont résisté tout en allant travailler à reculons.

Les situations que décrit Nora Bouazzouni dans son livre Faiminisme, quand le sexisme passe à table (éditions Nouriturfu), sorti en 2017, sont multiples. Avec son œil critique et une nécessaire prise de recul, la journaliste continue aujourd’hui de prendre le pouls d’une profession en crise. Pendant le confinement, elle s’est rapprochée de Camille Aumont Carnel, créatrice du compte Instagram Je dis non chef ! (@jedisnonchef), qui recense et partage les témoignages de violences physiques et verbales auxquelles les femmes sont confrontées chaque jour dans le secteur de la restauration.

Ensemble, en mars dernier, nous avons lancé un questionnaire sur le thème des violences en cuisine. Dès le premier jour, nous avons reçu 300 réponses. Aujourd’hui, nous avons plusieurs milliers de réponses et nous allons en faire quelque chose”, explique Nora Bouazzouni. La journaliste n’en dira pas plus, d’autant qu’elle poursuit actuellement une enquête sur le même thème. Un travail qu’elle dit “fragilisé” et “plus compliqué à mener” avec la rumeur actuelle, “alors que les victimes ont envie d’être écoutées, elles ont envie qu’on aille vers elles”.

#violences #harcelement


Anne Eveillard
La jeunesse s'engage

Les mauvais traitements, les humiliations, le commis qui la fouettait “avec des torchons”… elle a tout vécu en stages et durant ses extras. Aujourd’hui, Orlane Colomina est inscrite en master hôtellerie restauration événement à l’Esthua de l’université d’Angers (Maine-et-Loire). Parallèlement, c’est une étudiante engagée. En septembre, “avec l'aide d'une amie victime de violences”, elle projette d’organiser des conférences sur le harcèlement sexiste et sexuel au travail. “Notre objectif : toucher en priorité un public de licence 1, qui va partir en entreprise pour la première fois, et donner les clés pour se sortir de situations difficiles. Nous voulons aussi sensibiliser le personnel administratif et enseignant et, pourquoi pas, créer une ligne téléphonique d’écoute pour les élèves qui partent en stage.” Motivée, elle espère pouvoir aussi “intervenir à la CCI et au lycée hôtelier de Saumur, afin de prendre le problème dès le départ et éviter à certains de gâcher de belles vocations.”

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