Actualités
Accueil > Actualités > Hôtellerie

En Allemagne, polémique autour des hôtels sans enfants

Hôtellerie - mercredi 13 juillet 2016 14:22
Ajouter l'article à mes favoris
Suivre les commentaires
Poser une question / Ajouter un commentaire Partager :

Berlin (ALLEMAGNE) Interdits aux enfants ou réservés aux adultes ? Les établissements s'adressant spécifiquement à une clientèle de plus de seize ans ont incontestablement trouvé leur public outre-Rhin, mais la tendance garde néanmoins un parfum de scandale.



L'Esplanade Resort, hôtel bien-être 4 étoiles à moins d'une heure de Berlin, accueille uniquement des clients de plus de 16 ans depuis novembre 2015.
© DR
L'Esplanade Resort, hôtel bien-être 4 étoiles à moins d'une heure de Berlin, accueille uniquement des clients de plus de 16 ans depuis novembre 2015.

La tendance peut surprendre, voire choquer : les hôtels 'interdits aux enfants', ou, dans une formulation plus politiquement correcte, 'réservés aux adultes' ont trouvé leur niche dans le paysage hôtelier allemand. Selon le site spécialisé Urlaub ohne Kinder ('Vacances sans enfants'), on en compterait 71 rien qu'aux Baléares et à Majorque, deux des destinations favorites des touristes d'outre-Rhin, et 51 en Grèce. Et, donc, près de 39 en Allemagne.

Tel l'Esplanade Resort, un 4 étoiles de 3 500 m2 situé à une quarantaine de minutes de Berlin, que dirige Tom Cudok : "Depuis novembre 2015, nous accueillons seulement des clients de plus de seize ans. Nous avons voulu nous inscrire dans une tendance, celle de la spécialisation. Nous sommes un hôtel de bien-être. Nos clients cherchent le calme et la détente, ce qui selon moi est difficilement conciliable avec des familles venus passer un très court séjour avec leurs enfants." Une logique que confirme la sociologue Paula Irene-Villa, interviewée par le quotidien Süddeutsche Zeitung, "les hôtels sans enfants sont l'expression d'une compartimentalisation croissante de notre vie ». 

Discrimination ?

Tom Cudok affirme lui avoir voulu éviter des écueils déjà rencontrés lors d'une expérience précédente, entre familles trop remuantes et clients venus seuls ou en couples : "Les employés se retrouvaient coincés entre les deux, et devaient à la fois demander aux uns de faire moins de bruit et aux autres de se montrer compréhensifs. Je n'avais pas envie de revivre ce type de situation."
Le phénomène a généré des réactions passionnées. La commission fédérale anti-discrimination a condamné "une discrimination relative à l'âge" qui "désavantage les parents face aux personnes sans enfants." Tout en concédant que "les hôtels peuvent naturellement s'adresser en priorité à des groupes précis", elle estime qu'il convient d'éviter "les interdictions globales".      
"Il y a bien sûr des gens qui pensent que nous haïssons les enfants", raconte Ildiko Pinter, propriétaire de l'hôtel Villa Dolce Vita, un établissement 'pour adultes' de 23 chambres à Bodenmais (Basse-Bavière) qu'elle a racheté avec son époux, il y a trois trois ans. "Mais nous avons nous-mêmes deux enfants et des petits-enfants. Lorsqu'ils voient que nous sommes nous aussi des parents, et même des grands-parents, ils comprennent vite qu'il s'agit ici seulement d'un hôtel tranquille, où les clients peuvent se détendre complètement parce que le calme y règne."  Comment résumer la clientèle d'un hôtel accueillant uniquement des '16 ans et plus' ? "Nous accueillons beaucoup d'enseignants, des grands-parents et des parents qui ont simplement envie d'un séjour romantique à deux", estime Ildiko Pinter. 

Le plus important avant de se lancer reste la phase préparatoire : "Pendant douze mois, nous avons pesé le pour et le contre, interrogé nos clients et observé l'offre européenne, précise Thomas Cudok. Il faut bien sûr expliquer et faire un important travail de marketing autour de cette décision." Ce dernier juge que la tendance a de beaux jours devant elle : "Ces dernières années, les Allemands prennent davantage de vacances dans leur propre pays. On cherche de plus en plus à prendre des vacances différemment, en affirmant davantage ce que l'on souhaite faire de son temps libre."

Gilles Bouvaist
Journal & Magazine
Services