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Les hôtels de Mont-Blanc Tourisme engagés concrètement dans le développement durable

Équipements et nouvelles technologies - jeudi 19 février 2009 19:30
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Chamonix (74) Après avoir entièrement rénové en 2007 Le Morgane à Chamonix, le cabinet d’architecture Ecart vient de terminer la rénovation et l’agrandissement de l’Hôtel Les Aiglons Resort & Spa. Les deux établissements dirigés par Romain Trollet affichent un bilan carbone nul. Rencontre avec Gilles Leborgne, directeur d’Ecart Architecture Intérieure.



L’Hôtellerie-Restauration : Peut-on réellement parler de développement durable en hôtellerie ?

Gilles Leborgne : S’engager sur le terrain du développement durable en hôtellerie est un projet ambitieux et réalisable – et nous en apportons la preuve avec les deux établissements que nous avons rénovés à Chamonix - mais il y a aussi des limites. Car pour avoir une démarche durable totale il faudrait commencer par intégrer la gestion du chantier. Or, certains maîtres d’ouvrage ne sont pas prêt à rajouter un surcoût pour cette partie. Et pourtant, il n’y a rien de plus polluant qu’un chantier qui génère des tonnes de déchets, de cartons, de chutes de matériaux, de bois…Il faudrait déjà à ce stade mettre en place un tri sélectif si on veut être totalement logique. La deuxième limite c’est celle que nous imposent les règles de construction. On fera toujours des faux-plafonds en BA13 et on sait très bien que tous les produits en plâtre sont polluants. Enfin, dernière limite, on se doit de "rendre" le produit pérenne. Il n’est pas question, sous prétexte de faire du développement durable, de livrer un produit qui n’aurait qu’une durée de vie limitée parce qu’on a utilisé des matériaux "propres" mais pas forcément en adéquation avec l’usage du bâtiment. On travaille avec les matériaux qui existent et là on arrive très souvent au bout de la démarche. Il faut que le développement durable entre dans l’Hôtellerie car nous n’avons pas le choix mais je pense que c’est avant tout une prise de conscience collective qui doit avoir lieu. Elle est probablement en train de s’opérer mais maintenant il faut que les industriels en amont des projets nous donnent les outils nécessaires pour nous permettre d’aller jusqu’au bout.

L’Hôtellerie-Restauration : A l’heure actuelle qu’est-il d’ores et déjà possible d’intégrer dans une création ou une rénovation de bâtiment qui souhaite entreprendre une telle démarche?

Gilles Leborgne : On peut agir à plusieurs stades car il existe bien entendu des solutions. Une création est toujours plus simple à gérer qu’une rénovation qui coute plus chère. Néanmoins on peut agir sur plusieurs aspects. Le premier concerne l’isolation. Un point absolument crucial surtout lorsque l’on est à la montagne. Le triple vitrage est nécessaire et un rajout d’isolant sur les murs extérieurs aussi. Sur ce principe, on chauffe parfaitement une chambre avec 5 à 600 watt d’énergie. Mais il est nécessaire de prévoir également une ventilation à double flux qui favorise la circulation de l’air et participe à la bonne répartition des flux thermiques. Deuxième point : l’éclairage. Il y a les ampoules fluorescentes mais la véritable révolution, ce sont les Leds. Chaque mois cette technologie progresse et si hier on pouvait lui reprocher leur faible niveau d’éclairement, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Avant, on parlait des Leds en tant que balisage, aujourd’hui grâce à certains modèles de "spots", on obtient d’excellents résultats. Il y a un réel surcoût mais avec une durée de vie de 50 000 heures, on peut l’amortir en 18 mois d’exploitation. Il y a donc des économies très importantes à faire sur ce lot à moyen terme pour un exploitant. Troisième piste : la gestion de l’eau. Je voudrais qu’on arrête de vendre, et je pense qu’il faut même être coercitif sur ce point,  des mélangeurs. C’est une hérésie. C’est le meilleur moyen de laisser s’échapper des litres d’eau alors qu’avec des mitigeurs sur lesquels on peut ajouter un mousseur, on gère et on économise l’eau.  En montagne, il faut s’intéresser aussi à la gestion des eaux pluviales que l’on pourrait très bien réinjecter dans les chasses d’eau et utiliser pour arroser les espaces verts en été. Les lieux ne s’y prêtent pas toujours et c’est un surcoût mais c’est un aspect qu’il va falloir à l’avenir intégrer.
Enfin, on va pouvoir agir sur les matériaux de décoration mais c’est là aussi que l’on rencontre les plus grands paradoxes : on utilise des peintures dites «en phase acqueuse» qui ne contiennent pas de solvants mais à côté de ça on va être obligé à cause de la réglementation d’avoir recours à des tissus non-feu qui sont traités chimiquement. Idem pour des moquettes en polyamide réputées plus résistantes et nécessaires dans un produit hôtelier. Faut-il pour autant condamner la moquette ? On ne peut pourtant pas mettre du carrelage partout, et ce dernier a-t-il été fabriqué "proprement" ? Le parquet provient-il de forêts certifiées et même si il l’est, présente-t-il les caractéristiques dont nous avons besoin dans un ERP ?  

L’Hôtellerie-Restauration : A combien estimez-vous le surcoût d’une démarche développement durable ?

Gilles Leborgne : Tout dépend du projet bien entendu. Et comme je viens de le dire, la prise en compte du développement durable dans le second œuvre ne va toucher que 6 à 7 lots d’un chantier qui représentent environ 40% du budget global d’un projet. Je dirais qu’il faut compter entre 15 et 20% de plus par rapport à un projet qui n’en tiendrait pas compte et si on doit lisser ce surcoût sur la globalité du projet, je dirais qu’au final on peut être entre 8 et 10% plus cher. En contrepartie, on aura un retour sur investissement relativement court puisque nous l’estimons à environ 18 à 24 mois au niveau des économies d’énergies et souvent moins si l’exploitant sait utiliser cette démarche comme un levier commercial. Romain Trollet qui dirige les deux établissements de Chamonix a parfaitement su exploiter sa démarche.
Propos recueillis par Nelly Rioux

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