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Le Luxembourg soigne les bons professionnels

Emploi - vendredi 4 mars 2011 10:16
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Luxembourg (LUXEMBOURG) L'hôtellerie-restauration luxembourgeoise attire de nombreux Français séduits par les salaires plus importants que dans l'Hexagone. Mais désireux d'assurer des services et une cuisine de qualité, les hôtels et restaurants sont disposés à faire davantage encore pour attirer et conserver des talents. Cela dit, la capitale grand-ducale n'offre pas les mêmes perspectives professionnelles que Paris ou Londres et n'en possède pas les atours.



Pour Daniel Rameau et Thierry Duhr (de gauche à droite), le Luxembourg est un pays où il fait bon vivre et travailler mais ce n'est pas non plus l'eldorado.
Pour Daniel Rameau et Thierry Duhr (de gauche à droite), le Luxembourg est un pays où il fait bon vivre et travailler mais ce n'est pas non plus l'eldorado.

2 700 entreprises qui emploient environ 13 000 salariés (15 600 avec les professionnels exerçant sous un autre statut que celui de salarié) : voilà ce que représente actuellement l'hôtellerie-restauration au Luxembourg selon l'Horesca, la fédération des hôteliers restaurateurs et cafetiers du Grand-duché de Luxembourg. En ce qui concerne le chiffre d'affaires, il a été de plus de 700 millions d'euros en 2009, a récemment rappelé Françoise Hetto Gaasch, ministre des Classes moyennes et du Tourisme. Autre donnée : ce secteur d'activité emploie 11 % de salariés luxembourgeois, tous les autres sont étrangers et notamment frontaliers.

Pourquoi une telle proportion d'étrangers ? Parce que la profession de restaurateur, d'hôtelier et de cafetier a longtemps été considérée comme peu reluisante. Dans un édito, le magazine de l'Horesca, qui évoque les professionnels en 1975, parle même de "citoyens de seconde zone". Ce n'est plus le cas aujourd'hui mais les conditions de travail et les salaires offerts par la fonction publique luxembourgeoise et ceux de la place financière, n'incitent guère les Luxembourgeois à se lancer dans une activité qui requiert beaucoup d'investissement personnel pour un salaire moindre. Cela dit, le pays compte quelques grands chefs luxembourgeois et un lycée hôtelier, à Diekirch, qui forme de futurs professionnels. S'ils ne séduisent pas vraiment les nationaux, les salaires offerts restent en revanche attractifs pour les frontaliers belges et français, dès lors que ces derniers continuent d'habiter en dehors du Grand-duché. Depuis le 1er janvier, le salaire minimum pour le personnel non qualifié est de 1 757 € par mois et de 2 109 € pour le personnel qualifié, pour 40 heures de travail par semaine. Salaires bruts sur lesquels il convient de retirer environ 20 % (tout dépend de la situation familiale) de charges et d'impôts, ces derniers étant prélevés à la source. Les allocations familiales sont également supérieures à celles proposées en France (environ 450 € mensuels pour deux enfants auxquels s'ajoutent les allocations françaises).

Au-delà des salaires

"Le montant du salaire est un argument mais il est modéré par le fait qu'habiter en dehors du pays a comme inconvénient de générer des frais supplémentaires, notamment de route, entre deux services. Mais globalement cela reste intéressan", concède Eddy Baillif, responsable du secteur de l'hôtellerie-restauration chez Adecco Luxembourg, qui compte 80 % de Français dans sa liste d'intérimaires. L'intérim qui est une porte d'entrée intéressante au Luxembourg pour les jeunes professionnels désireux d'étoffer leur C.V. et de mieux appréhender la culture locale (voire de s'initier à la langue luxembourgeoise), avant d'intégrer un établissement ou pour qui souhaite concilier au mieux vie privée et vie professionnelle en choisissant ses missions. Cela dit, pour qui cherche un CDI, les opportunités ne manquent pas. Il suffit de jeter un oeil aux pages 'annonces' des journaux et aux sites internet pour s'en convaincre. Cuisiniers, serveurs, plongeurs, femmes de chambre… Tous les métiers sont concernés.

Mais si les offres d'emplois sont nombreuses, c'est aussi parce que la profession confie avoir du mal à trouver du personnel qualifié et compétent. Françoise Hetto-Gaasch souligne régulièrement combien il est important de hisser le niveau de qualité des services afin de gagner de nouvelles parts de marché en matière de tourisme. "La formation des jeunes est trop axée sur la théorie. On forme des intellectuels de la cuisine ou du service qui n'ont pas les bases pratiques. Notre métier ne fait plus rêver. Personnellement, j'ai la chance de pouvoir compter sur des piliers dans mon équipe, des gens qui sont à mes côtés depuis plus de vingt ans mais ce n'est pas commun", souligne Daniel Rameau, le patron du restaurant gastronomique La Rameaudière, à Ellange, et président d'Euro-Toques Luxembourg et international. Aussi les 'bons éléments' sont-ils soignés. "Nous sommes disposés à proposer des avantages pour conserver les meilleurs. Comme Daniel, je loue un appartement afin de faciliter l'installation de mes nouveaux collaborateurs. Et je fais un effort financier", précise Thierry Duhr, le patron des restaurants Le Bouquet garni (1 étoile Michelin) et Des Caves gourmandes, sis à Luxembourg. Ainsi un bon maître d'hôtel peut-il gagner 3 000 € net d'impôts par mois, en étant logé. "Certains restaurateurs sont attentifs à offrir de bonnes conditions de travail. Mais de nombreux responsables doivent aussi se former pour optimiser leur savoir-faire en matière de management et de gestion d'équipe, car la profession a évolué", ajoute Alain Borguet, le directeur de Pirguet Hotel Consulting (PHC), le seul bureau de consulting en hôtellerie-restauration et tourisme pour le Grand-duché et la Belgique qui va précisément développer des formations personnalisées en 2011.

Pas question donc de décrocher la timbale dès son arrivée et sans faire ses preuves. Et si le Luxembourg est un pays riche, il ne faut pas non plus rêver. Les carrières et le mode de vie, compte tenu de la taille de la capitale, n'ont rien de comparable avec les opportunités offertes à Londres ou à Paris. Au Grand-duché, bon nombre de restaurants ne font pas le plein midi et soir. "Dans la capitale, les banques nous ont notamment fait du tort, car la plupart se sont équipées de restaurants d'entreprise pour leurs salariés, qui ne vont plus déjeuner à l'extérieur", souligne Daniel Rameau. "J'ai travaillé à Londres, où l'on peut effectivement enchaîner les services et les maisons. Pas ici. Dans la capitale, les logements ont été remplacés par des bureaux, plus rentables. Les appartements disponibles sont si chers que la population s'installe à la périphérie, tandis que les frontaliers rentrent chez eux. Résultat : après 20 heures c'est calme", explique Thierry Duhr. Pas l'eldorado, donc. Cela dit, les ouvertures successives à Luxembourg du Place d'Armes (5 étoiles) du Mélia ou du Suite Novotel (4 étoiles), du Légère Premium Hôtel à Munsbach, du Seven Hôtel à Esch-sur-Alzette (4 étoiles), et des restaurants qu'ils abritent pour la plupart, ont conforté les besoins. Et quand on sait qu'il est prévu d'agrandir encore la capacité hôtelière de plusieurs centaines de chambres dans les années à venir, malgré la crise, l'inversion de tendance n'est pas à l'ordre du jour. Surtout que les banques comme les institutions européennes, qui offrent des salaires très attractifs et des conditions de travail plus agréables, ont également des postes à pourvoir.

Jean Fabian