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Emploi : péril sur les salariés

Emploi - mardi 9 mars 2021 12:14
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Lorsque les vagues virales auront cessé de submerger l'économie, en particulier celle du tourisme, les rapports employeurs-salariés pourraient s'orienter progressivement vers une relation clients-fournisseurs. La dernière étude de l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) témoigne de la croissance du nombre d'auto-entrepreneurs dans les CHR, et avance l'hypothèse qu'au lendemain de la crise sanitaire, il soit plus facile de trouver un client qu'un emploi.



Les bars en particulier font de plus en plus appel à des des aute-entrepreneurs pour des extras ou des contrats courts grâce à des applications dédiées.
© GettyImages
Les bars en particulier font de plus en plus appel à des des aute-entrepreneurs pour des extras ou des contrats courts grâce à des applications dédiées.


“Il faudra vous habituer à vivre avec l’unique salaire de votre femme”
, s’est entendu dire Thierry Claudios, membre de l’Organisation du personnel de la restauration dans l’événementiel (OPRE), par un agent de Pôle emploi auprès duquel il s’inquiétait d’être exclu de l’allocation de fin de droits et même du RSA. Sous le coup des réformes (Pôle emploi, prud’hommes...) et d’aides aux conditions d’accès inatteignables, les sécurités inhérentes au statut salarié s’effondrent face à la crise. “Seuls 5 % des 70 000 intermittents de la restauration seront éligibles à l’aide de 900 € pendant trois mois, s’indigne François Roux, membre fondateur de l’OPRE. Soumise à une activité d’au moins 60 % d’un temps plein en 2019, elle exclut ceux qui ont subi en 2019 les grèves de transport et les manifestations des gilets jaunes.”

En montagne, 120 000 saisonniers pourraient être emportés à leur tour par l’avalanche de mauvaises nouvelles. De plus, comme l’illustrent les 254 licenciements économiques au Méridien Etoile (Paris, XVIIe) ou les 192 au Hyatt Regency Paris Etoile voisin, les CDI ne protègent guère plus les salariés, même si le dispositif du chômage partiel aura été une véritable bouée de secours pour de nombreux patrons et travailleurs.

 

Salariés contre auto-entrepreneurs : une fracture sociale et générationnelle

Alors que les destructions d’emploi sont repoussées à l’extinction des aides avec des prévisions de 60 000 défaillances pour 2022, l’année 2020 aura vu éclore, contre toute attente, plus de 850 000 créations d’entreprise. Ce record historique, en dépit de deux mois de confinement, est porté par l’auto-entreprenariat. “Les jeunes ne parlent plus de carrières. Signer un CDI à 20 ans pour ressortir de la même entreprise à 60 est une chimère. En outre, plus personne n’accepte les salaires médiocres en coupure. La crise est un accélérateur d’un phénomène qui existait avant”, constate Bernard Boutboul, du cabinet Gira. L’expert note aussi l’appétence des jeunes hôteliers pour la liberté offerte par le statut d’auto-entrepreneur. Et si les jeunes plébiscitent ce statut pour mettre le pied dans un monde du travail verrouillé, les salariés s’y intéressent aussi : un auto-entrepreneur  sur cinq est en CDI ou en CDD, voire parfois retraité.  

 “Les plus de 40 ans s’accrochent aux salaires car ils ont acquis des droits et espèrent encore obtenir une pension. Si vous parlez de retraite à un jeune, il va vous rire au nez”, constate Nadia Hamida, de l’agence Nadia Cyrille, qui fournit du personnel de restauration et observe la montée en puissance des auto-entrepreneurs. “Le risque de requalification de ces collaborations expose les employeurs à des désagréments”, prévient pourtant la recruteuse. Ce que contestent certaines plateformes de mise en relation qui s'appuient sur un arrêt de la Cour de cassation du 12 novembre 2020 Toutefois, s’emporte François Choux, “Les auto-entrepreneurs facturent le net de nos salaires. C’est du dumping social !”

 

Des factures plutôt que des feuilles de paye

 Les patrons n’auront pas eu droit au chômage partiel mais devront rembourser des PGE. Ceux qui seront présents à la réouverture s’embarrasseront, avant toute chose, de la survie de leur entreprise. Le recours aux CDI, CDD, intérimaires, voire au portage pourrait se révéler un luxe désuet face à l’aubaine des auto-entrepreneurs : plus de DPAE, de feuilles de paye, de charges patronales.  

"Nous avons 400 indépendants en fichier, dont un quart remplissaient des missions de remplacement d’hôteliers ou de restaurateurs, avant la crise. Nous leur demandons une attestation de vigilance de l’Urssaf, un extrait de casier judiciaire et une RCP pro. S’ils souscrivent à la prévoyance que nous avons négociée, leurs protections se rapprochent de celles d’un salarié” , explique Anthony Labussière, cofondateur de Teodym, une plateforme de gestion transitoire en avance sur le recours aux indépendants dans les CHR.

 

#FNAE #Acoss #TravailleursIndependants #AutoEntrepreneurs #Gira #Teodym #OPRE

 

 


Francois Pont
Être indépendant dans les CHR : avantages et inconvénients
  • Olivier Roussin, 48 ans, maître d’hôtel auto-entrepreneur : "Je garde mon statut mais je ne le recommanderais pas en ce moment"

En 2012, Olivier Roussin s’immatricule comme auto-entrepreneur :“Je souffrais des missions impersonnelles dans les grandes brigades. Je voulais de la proximité avec les clients, pouvoir les choisir, les accompagner. Ce fut difficile les deux premières années mais ensuite mon activité a décollé. Il faut être honnête, il n’y a rien de plus protecteur que les salaires et il y a moins de frais qu’en indépendant. J’ai fait un site Internet, du marketing… Je suis à un âge où on se préoccupe de la retraite et le statut d’auto-entrepreneur manque de protections, mais je n’en changerais pas pour la liberté et la flexibilité qu’il offre".

  • Tom, 25 ans cuisinier-traiteur auto-entrepreneur : “Je travaille uniquement avec des gens qui facturent

En août dernier, entre deux confinements, Tom crée son auto-entreprise spécialisée dans les buffets gourmands : Tableaux Paris. Le jeune homme se lance avec prudence : “Je ne travaille qu’avec des auto-entrepreneurs. J’ai d’ailleurs beaucoup de demandes d’extras sans missions qui veulent venir faire des livraisons. Ce format est le seul qui me permet de m’adapter à la crise. Je trouve mes collaborateurs facilement grâce à des applications dédiées. J’ai peu de droits mais à 25 ans,  je m’intéresse peu à ma retraite. Les salariés ne comptent pas leur temps de travail alors que les auto-entrepreneurs facturent à l’heure, c’est un avantage dans ce métier !”

 

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Avec 20 % d’augmentation sur une décennie, les auto-entrepreneurs s’imposent dans les cafés et restaurants

L’Acoss comptabilise 189 500 travailleurs indépendants dans les CHR sur 1,4 million d’actifs, soit presque 15 % des effectifs. 159 500 indépendants exercent dans les cafés et restaurants dont 42 500 auto-entrepreneurs, et 30 000 dans l’hôtellerie, dont 9 500 auto-entrepreneurs. Un mouvement qui témoigne d’un glissement des emplois salariés vers des activités exercées en indépendant. “La tendance est réelle même si les statistiques peuvent être trompeuses lorsqu’elles intègrent, par exemple, les livreurs. À la fin de la crise, le recours aux auto-entrepreneurs dans les CHR pourrait provoquer conflits et procès. Ce sera un mal pour un bien car nous plaidons pour une régulation des protections, quitte à augmenter les cotisations”, explique Grégoire Leclercq, président de la Fédération nationale des auto-entrepreneurs (FNAE).

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