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La Suisse, un marché en perpétuelle recherche de main-d'oeuvre

Emploi - jeudi 3 mars 2011 17:03
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Genève (SUISSE) Si la Suisse francophone ouvre ses portes aux Français, il faut pourtant bien appréhender les différences entre les deux pays, et peser le pour et le contre.



 
Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement transfrontalier européen, le confirme. "La Suisse affiche des chiffres à faire pâlir d'envie les économies européennes. Le taux de chômage frôle à peine les 3,5 %, ce qui équivaut pour les économistes au plein emploi. Les étrangers qui souhaitent travailler dans ce pays sont bien accueillis. Contrairement à ce que l'on peut penser, c'est même vu d'un très bon ?il." Dans le canton de Genève, par exemple, on recense un actif pour 4 frontaliers et 1 actif pour 2 étrangers. Chaque jour, entre la Suisse et la France (pays de Gex et Haute-Savoie) circulent 80 000 personnes. Sur les 220 000 frontaliers travaillant en Suisse, 50 % sont Français.

Le marché de l'emploi est calqué sur un modèle anglo-saxon. Ici, pas de déclaration préalable à l'embauche, pas de procédures. Ainsi, un employeur n'hésite pas à embaucher car il sait qu'il peut licencier aussi vite. Autre facteur à prendre en compte : en Suisse, la moyenne est de 42 h travaillées par semaine, il n'y a pas de RTT et la retraite est à 65 ans. Si la Suisse attire par le nombre d'emplois qu'elle propose dans le secteur de l'hôtellerie, elle a un autre attrait : un salaire plus motivant. Difficile d'obtenir des informations à ce sujet, le légendaire secret suisse y veille, mais il n'est pas interdit de penser que les rémunérations sont au moins de l'ordre de 25 à 30 % plus importantes qu'en France. A titre d'anecdote, la loi helvète impose que les stagiaires soient rémunérés 2 300 francs suisses (1 500 € environ) contre 400 € environ en France.

 

Protection sociale et logement

Tout n'est pas parfait cependant, dans cet Éden du plein emploi.  La protection sociale, à laquelle tout Français est habitué, n'existe pas en Suisse. "Ce n'est pas un problème en soi, explique Jean-François Besson, la protection sociale peut s'organiser. Un salarié qui perd son emploi est indemnisé plus largement mais moins longtemps qu'en France. Chacun cotise auprès d'une assurance privée qui prend en compte votre âge et votre état de santé. Il faut compter 100 à 150 euros par personne et par mois." Autre écueil que rencontre le nouvel arrivant : le coût des logements y est élevé. Pour tirer le meilleur parti de la situation, la majorité des travailleurs étrangers en Suisse choisissent d'être frontaliers. Si la situation parait plus confortable, elle implique de bien maitriser les méandres administratifs des deux pays : "Les frontaliers peuvent trouver toute l'information concernant leur statut spécifique, ainsi qu'une assistance juridique, fiscale et sociale auprès d'associations comme la nôtre." Ainsi, en 2010, le Groupement transfrontalier européen rassemblait plus de 31 500 adhérents.

 

Fleur Tari

Témoignages


Michel Rochat, directeur général de l'École hôtelière de Lausanne

"En Suisse, le marché se mondialise. Il reste cependant beaucoup d'hôtels de famille qui ont besoin de main d'oeuvre. Les possibilités d'évolution y sont fortes, car on passe par tous les postes. De plus, avoir sur son C.V. un passage par la Suisse est une bonne référence pour un employeur. Bien sûr, on parle souvent de protection sociale. Il existe en Suisse, des assurances volontaires qui vous offrent une protection équivalente. Le seul point difficile est le logement, car nous avons une forte croissance de population."

 

Jean-Marc Charpenet, Regional Admissions Director, Glion institut de hautes études-Les Roches School of Hotel Management

"Hôtelier pendant quarante ans sur 3 continents, je peux dire que la Suisse est sans conteste le berceau de ce métier. Dans le monde entier, on reconnaît la qualité de service, l'accueil de l'hôtellerie. L'expérience à l'international est de toute façon, incontournable, pour gravir l'échelle de la promotion sociale. Il faut être travailleur, cela va de soi. Mais ici, il y a de l'avenir : la Suisse est le seul pays ou on ne parle pas de déficit, ni de faillite du pays. C'est très rassurant."

 

Gregory L., chef de rang

"Je suis frontalier et je travaille depuis deux ans prés de Genève. Je ne compte pas retourner en France. Je gagne bien ma vie et surtout j'ai des possibilités d'évolution. Ici on a une relation au travail plus directe. On respecte la hiérarchie, il y a peu ou pas de grève, beaucoup de concertation. Les Français arrivent souvent en terrain conquis, les Suisses les trouvent arrogants. Il faut aussi savoir que si l'on dit à un employeur suisse qu'on est disponible, cela ne veut pas dire qu'on est libre à la fin du mois. Il peut vous demander de commencer le lendemain matin."


Sophie Senjaric, DRH du Four Seasons Hotel des Bergues à Genève

"La profession est en recherche quasi permanente de professionnels qualifiés, jeunes ou expérimentés, tels que des chefs de rang, des sommeliers, des barmans, des cuisiniers, des gouvernantes, tout particulièrement dans l'hôtellerie de luxe. Certains facteurs importants stimulent ce marché et le rendent particulièrement porteur: des procédures administratives allégées par rapport aux pays voisins, une plus grande marge de manoeuvre pour les employeurs dans la gestion des contrats de travail et des offres d'emploi nombreuses. Cependant, ce serait une erreur de percevoir la Suisse comme un Eldorado. Comme partout l'assiduité et la persévérance au travail, la loyauté, la passion du métier sont des valeurs primordiales."

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