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Ça vous est arrivé : victime d'une agression pendant votre travail

Vie professionnelle - jeudi 30 avril 2015 16:55
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75 - Paris Les violences que subissent cafetiers anonymes, hôteliers provinciaux ou autres restaurateurs isolés sont malheureusement monnaie courante dans la profession.



'Ce sont des jeunes qui m'ont braqué pour un butin de 20 €', témoigne le gérant du Royal Bengale, à Serris.
© Thinkstock
'Ce sont des jeunes qui m'ont braqué pour un butin de 20 €', témoigne le gérant du Royal Bengale, à Serris.

Employés ou patrons, nombre de professionnels se retrouvent du jour au lendemain happés par un déchaînement de violence. Agressions gratuites ou crapuleuses, les restaurateurs souffrent de l'isolement dans les campagnes ou les quartiers difficiles ; d'un fantasme qui voudrait que les coffres débordent de liquidités, de tabac ou de marchandises précieuses (vin, truffes…) ; de la proximité de clients en déshérence sous l'emprise de l'alcool et surtout d'une grande vulnérabilité aux heures tardives de fermeture. Pour illustrer ce propos, nous avons passé en revue la presse quotidienne régionale sur les trois dernières années pour retenir plus d'une trentaine de faits impliquant des cafetiers et restaurateurs.

Phalanges brisées, pouce retourné, pistolet sur la tempe

En juin 2012, le Midi Libre rapporte le vol avec violence d'un cuisinier qui sortait de son travail à Montpellier (Héraut). La victime se serait fait délester d'un sac contenant 2 500  € en liquide et 2 700 € en chèque. Trois adolescents seront identifiés dont l'un en possession de chèques appartenant à la victime. Trois mois plus tard, un cuisinier victime d'une agression raciste sans rapport avec son métier est retrouvé en sang dans sa chambre de service à l'Auberge de Panacau, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques). En mars 2013, le Berry Républicain rend compte de l'incapacité de travail de 20 jours délivrée à un employé du restaurant Les Sens, à Bourges (Cher). Pour avoir molesté le cuisinier et brisé ses phalanges alors qu'il sortait la terrasse, l'agresseur sera condamné à dix mois de prison avec sursis. En septembre 2013, à quelques kilomètres de la frontière française et selon le site belge Sud Info, l'ancien candidat de Top Chef 2013, Jean-Philippe Watteyne, est frappé par quatre individus "à l'accent du Nord de la France", à 3 heures du matin, alors qu'il ferme l'un de ses deux établissements de Mons (Belgique). Le cuisinier est bon pour cinq points de suture, avec un pouce retourné, une atteinte à la mâchoire et des bleus partout pour avoir porté secours à sa compagne importunée devant son établissement. La même année, puis en février 2014, Jean-Philippe Watteyne est encore victime de deux cambriolages. En février 2014, Le Dauphiné Libéré relate l'attaque sur le chemin du retour d'un restaurateur asiatique à Charvieu-Chavagneux dans l'Isère. Séquestré à son domicile, ligoté, un pistolet sur la tempe, les malfaiteurs - bien renseignés - délestent la victime d'une partie de ses recettes annuelles, soit 15 000 €.

La fermeture, l'heure de tous les dangers

En mai 2014, France 3 Régions évoque le braquage à main armée, au moment de la fermeture, du chef de cuisine et d'une collaboratrice sur le parking du Buffalo Grill de Basso-Cambo à Toulouse (31). Ne parvenant pas à se faire remettre la caisse, le voleur se serait enfui avec les sacs des victimes sans tirer de coups de feu. En juin 2014, un habitant de Bergerac (Dordogne) est condamné à deux mois de prison pour avoir frappé un serveur du Plus Que Parfait. Après cette agression, Mme Séna, gérante de l'établissement, envisage d'inscrire ses salariés à des formations pour gérer le stress et les clients difficiles. "Mon personnel est très diplomatique et dispose déjà de règles en cas de débordements : ne pas hausser la voix, rester derrière le bar, être ferme, apaiser seul mais sous la surveillance des collègues - qui appelleront la police si la situation dégénère - ne jamais rendre un coup...", liste la flegmatique gérante britannique.

Le même mois, les restaurateurs qui exploitent en famille le Cosmopolitain, au coeur de Nancy (Moselle), sont pris à partie par une vingtaine d'individus pour avoir eu le tort d'être sur leur chemin à 2 heures du matin. "Mon mari et mon fils passaient le balai sur la terrasse lorsque une bande a déboulé. Ce n'était pas pour voler, c'était gratuit. Il n'y a pas eu d'échanges de mots. Les coups étaient terribles. Mon mari et mon fils ont été grièvement blessés [Le pronostic vital de son époux a été engagé, NDLR]. Rien que d'en parler, je suis mal, gémit la gérante du bar. Aujourd'hui, la police fait davantage de rondes. Notre vigilance reste plus dissuasive qu'un système de vidéosurveillance. Mon fils vient de moins en moins. Notre seule parade depuis le drame est de nettoyer en présence des derniers clients, de fermer en cinq minutes et de partir ensemble. Trois agresseurs sur quinze ont été identifiés. L'affaire n'est pas jugée."

En juin toujours, La Voix du Nord évoque l'agression au tournevis d'un serveur du Penalty à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Christophe Woestelandt, 38 ans, aurait pu être poinçonné par un client toxicomane. Il a été sauvé par son sang-froid et l'intervention des clients : "Je travaille depuis onze ans dans l'entreprise, où j'ai connu deux patrons et une patronne. En cas de problème, cette dernière allait toujours en première ligne et nous étions à côté. Ce sont souvent les hommes qui cherchent les problèmes et ils ont tendance à être désarmés devant une femme. Au Penalty, nous avons une ligne directe avec le commissariat car nous vendons du tabac. Après l'agression, nous avons acheté une bombe lacrymogène, rien de plus. Je travaille sans peur et il n'y a pas eu d'autres agressions depuis. Le soir, nous sortons en groupe avec les derniers clients et nos voitures sont garées en face."

Le 20 juillet 2014, à 1 heure du matin selon Le Parisien, le gérant du Royal Bengale à Serris (77700) qui quittait son entreprise, est braqué avec une arme de poing par trois malfaiteurs. "Désormais je ferme à 22 heures et je presse les derniers clients de partir, témoigne le gérant. Je reste seul pour faire la caisse, je n'ai pas le choix. Ce sont des jeunes qui m'ont braqué pour un butin de 20 €. Avec les cartes bleues et les titres-restaurants, je n'ai plus de liquidités. Tous les commerces ici sont confrontés aux dangers de l'isolement. Un tabac et un sushi ont été volés. La mairie nous a fait des promesses, en vain."

Un mois plus tard, Lisette Barachet, restauratrice à Meschers-sur-Gironde (Charente-Maritime) est réveillée à 5 h 30 du matin à son domicile, un fusil sous le nez. Son mari est frappé à coups de fer à repasser. Les cris des enfants provoquent la fuite des gangsters. Ces derniers cherchaient la recette du restaurant. "Nous avons fait installer une caméra à distance que je visionne sur mon portable pour savoir quand ma femme ferme et aller la chercher, témoigne Denis Barachet. Nous demandons aux cuisiniers d'accompagner la serveuse à la fin du service. À domicile, nous avons installé des systèmes d'alarme que ma fille vérifie tous les soirs, mais nous dormons très mal. Les gendarmes nous ont dit que l'affaire se résoudrait moins vite qu'à la télévision."

À Orléans (Loiret), en août toujours, la serveuse chargée de la fermeture du P'tit Barcelone éconduit un groupe. Le ton monte. Le serveur du bar voisin s'interpose et est passé à tabac. Selon La République du Centre, le bourreau désigné, un Marocain sans-papiers, est condamné à 20 mois de prison ferme. Encore et toujours au moment de la fermeture et sur sa terrasse, en septembre 2014, Christophe Dutaut, restaurateur à Châteauroux a le nez cassé et le tympan droit percé pour avoir défendu deux jeunes voisines face à trois molosses trentenaires (La Nouvelle République).

Un serveur assassiné à coups de couteau et de sabre

En décembre 2014, la presse détaille trois nouvelles agressions de restaurateurs : celle de Laurent Cantelaube, patron du Flowers à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) qui tente, en vain, de défendre son véhicule vandalisé pour se faire au final dérober sa recette du jour. "J'ai exploité des boîtes de nuit pendant vingt ans, ce qui m'a inculqué quelques mécanismes : être raccompagné à mon domicile par les portiers, changer chaque jour mes habitudes pour les dépôts en banque - heure, montant, route et même parking. J'ai pourtant été agressé en sortant de mon restaurant par quatre personnes cagoulées qui vandalisaient ma voiture. Ils ne savaient pas que j'avais ma recette sur moi. La sacoche que je portais m'a sauvée. Mes assaillants, dont l'un portait un tatouage '93' dans le cou, se sont enfuis avec mes 3 000 €. Mon assurance 'transport de fonds' a fonctionné, j'ai été remboursé pour le vol et la voiture", raconte Laurent Cantelaube.

Ouest France fait état dans son édition du 14 décembre 2014, de la mésaventure d'un couple de restaurateurs asiatiques du Petit-Quevilly (Seine-Maritime) dépouillé de 30 000 € par une bande de faux-douaniers, appréhendée depuis. La même semaine, selon Le Berry.fr, M. Polingardy et sa femme, qui exploitent depuis trente ans le relais routier Chez Anne les, un relais routier isolé sur la commune d'Ennordres (Cher), se voient notifier respectivement cinq et sept jours d'incapacité totale de travail pour avoir été frappés par un homme ivre. "Nous n'avons jamais eu peur des agressions à la fin du service car cinquante camionneurs stationnent devant. Nous avons été attaqués une seule fois en vingt-cinq ans de carrière, en décembre dernier, par un homme qui avait disjoncté pour des histoires de famille. La gendarmerie en zone rurale met trois quart d'heures avant de répondre et si on se défend on est coupable [le couple se serait défendu avec un extincteur selon le Berry.fr, NDLR]. Il y a beaucoup de dégâts psychologiques mais il n'est pas envisageable d'arrêter."

En janvier dernier, à Saint-Denis de la Réunion, un serveur du restaurant l'Artocarpe est tué à coups de couteau et de sabre. L'agresseur s'était mêlé à un problème de stationnement qui ne le concernait pas, prenant parti contre le serveur et promettant de "le tuer".

Enfin, que dire d'Alice Ohayon, 71 ans, propriétaire depuis vingt-huit ans de la pizzeria Mirabella à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) qui appelle au secours son syndicat, l'Umih, alors que les assureurs ne veulent plus couvrir son entreprise, cambriolée plus d'une quinzaine de fois, et que deux salariés ont démissionné estimant être en danger lorsqu'ils quittent l'entreprise le soir. "Des fois je ne vais même pas au commissariat", confie la restauratrice épuisée, non part son âge (71 ans), mais par la dégradation de son environnement. "J'ai été braquée un jour par un drogué, le visage découvert, habillé comme s'il allait en boîte de nuit. Je l'ai chassé à coups de pelle à pizza. Je n'ai peur de personne, même si j'ai demandé l'aide de mon syndicat, l'Umih. Deux employés m'ont quittée car ils avaient peur de rentrer chez eux le soir. J'ai mis ma pizzeria en vente mais personne ne veut acheter dans cette ville fantôme", bouillonne Alice Ohayon qui s'extrait toujours, le soir, de son entreprise par la cour pour rejoindre son domicile situé au-dessus. "Jamais par la rue !", précise-t-elle.

François Pont
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