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Une journée avec Lucyna Pierzchala, lingère au Bristol

Emploi - mercredi 26 mars 2014 11:00
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75 - Paris Entretenir le linge des clients et les uniformes du personnel, raccommoder, faire les ourlets… Tous les petits travaux d'aiguille sont du ressort de la lingère. Méticuleuse et véloce, Lucyna Pierzchala exerce cette fonction depuis vingt-huit ans dans le même hôtel de luxe.




- 7h45 : Si le client ne la voit jamais - discrétion oblige, le personnel la croise toujours. Lucyna Pierzchala, lingère au Bristol depuis plus d'un quart de siècle, est ici un peu considérée comme la mamma. Celle que l'on rencontre dès son premier jour d'embauche à l'hôtel, pour se voir attribuer son uniforme de travail. Celle à qui l'on dépose son linge sale en toute fin de journée. Celle, aussi, à qui l'on confie souvent ses joies et ses peines, dans l'entre de son local, dont la porte est symboliquement toujours ouverte. Un ourlet à faire, un bouton à recoudre, un top à repasser en dernière minute… C'est à Lucyna que revient en effet la lourde tâche d'entretenir l'ensemble du linge de l'établissement. Un métier qui nécessite de posséder une grande conscience professionnelle et d'avoir le goût du travail soigné.

- 7h55 : A peine arrivée sur place, Lucyna, 57 ans tout rond, se met à la tâche. Impeccablement vêtue d'une veste blanche étincelante griffée à son nom, la lingère commence par contrôler le départ du linge sale pour la teinturerie. « Je vérifie que rien n'a été oublié dans les poches », explique-t-elle en retirant mécaniquement mouchoirs, stylos et autres pièces de monnaies oubliés par des employés tête en l'air. Cent costumes et autant de chemises à inspecter chaque matin, avant que n'arrive sa collègue Aneta, sous sa responsabilité pour l'épauler face à la masse de travail qui les attend.

- 9h : Lucyna descend ensuite à la teinturerie de l'hôtel. C'est dans cet immense pressing que draps, serviettes et linge en tout genre sont nettoyés. Après avoir réparti le linge sale dans les bacs appropriés, la lingère redescend cette fois les uniformes nettoyés dans son atelier. L'oeil aguerri et ses petits doigts de fée prêts à dégainer aiguilles et fils à coudre, Lucyna s'assure que les pièces sont impeccables. « Souvent, il y a quelques articles à repasser et des ourlets à refaire. » Dans la foulée, elle range les uniformes service par service au sein d'une grande pièce éclairée et divisée en plusieurs allées. « Il y a plus de 3000 ceintres dans ce local ! » s'amuse la lingère, pour qui travailler dans l'urgence ne fait pas peur.

- 10h30 : S'enchaînent alors plusieurs petits travaux de couture. Les premières demandes des clients s'entremêlent également sur son bureau. « L'une des qualités phares d'une lingère, c'est l'organisation et la rapidité d'exécution. Savoir hiérarchiser les priorités est ainsi capital. Parfois, nous avons des robes de haute couture à repriser. Pour ce faire, il est également impératif d'être soigneuse et perfectionniste. »

- 11h45 : Après une courte pause déjeuner, les urgences tombent coup sur coup. Parmi celles-ci, le bouton d'un concierge à recoudre et un double rideau à repriser dans une chambre. Son attaché-case sous le bras et sa bonté affichée sur le visage, Lucyna revêt alors sa veste de tailleur noire. « Pas question de ne pas être élégante dans les couloirs de l'hôtel », lâche t-elle d'un accent polonais, son pays natal qu'elle a quitté à 23 ans, des rêves plein la tête. Être aussi invisible que la poussière : tel pourrait être d'ailleurs le leitmotiv des lingères, qui croisent rarement les clients et ont pour règle d'or d'évoluer le plus discrètement possible dans ce cinq-étoiles.

- 14h10 : Les chefs de service passent quelques commandes auprès de Lucyna. « La confection de housses de protection pour les chariots, les panières à pain, les cloches à frites font aussi partie de nos prérogatives. L'essentiel est de travailler dans l'excellence et de faire du sur-mesure. »

- 15h : 48 heures avant l'embauche d'un nouveau salarié, Lucyna reçoit systématiquement ce dernier dans son atelier. Démarre alors  la séance d'essayage de l'uniforme de travail. Trois pièces sont affectées par personne. « Nous habillons la moitié des 600 salariés du Bristol. Je vous laisse calculer ce que cela représente en terme de pièces à gérer ! », taquine Lucyna. « 900 », répond du tac-au-tac le nouvel employé, amusé par la décontraction et la jovialité de la lingère. Alors que la discussion bat son plein, Lucyna pose un regard affûté sur la carrure et le style du nouvel embauché. Une fois les costumes sélectionnés, elle brodera à la hâte son patronyme sur chacun des cols de veste.

- 16h15 : La journée de travail touche à sa fin. Avant son départ, Lucyna fait une commande de nouveaux uniformes auprès du responsable qualité, son N+1. Sur le pas de la porte, un large sourire affiché sur les lèvres, Lucyna se confie : « Il y a deux choses extrêmement plaisantes dans ce job : tout d'abord, la monotonie n'existe pas. Ensuite, il y a de nombreuses opportunités d'emploi, pour qui est passionné et sera prêt à travailler dur ». Deux arguments, qui, en temps de crise, valent de l'or.

Mylène Sacksick

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