La marque hôtelière Okko, la sandwicherie artisanale Picto et le restaurant gastronomique L’Auberge du Pont de Collonges (Paul Bocuse) ont un point commun. Lequel ? Ces trois structures sont des entreprises à mission. Cette qualité, introduite par la loi PACTE en mai 2019, a été adoptée depuis lors par plus de 2000 sociétés dans l’Hexagone.
Toute entreprise, quelle que soit sa taille, peut devenir une société à mission : il suffit d’inscrire dans ses statuts une raison d’être liée à son activité ainsi que des objectifs sociaux et/ou environnementaux, et déclarer ces éléments au greffe du tribunal de commerce. L’entreprise doit aussi se doter d’une gouvernance pour suivre l’exécution de la mission (un comité de mission ou éventuellement, pour les entreprises de moins de 50 salariés, un référent de mission), et faire vérifier ses engagements par un organisme tiers indépendant (OTI) au moins tous les deux ans.
“Juridiquement, ce n’est pas compliqué. C’est juste une déclaration. Ce qui est délicat, c’est d’écrire la mission, car chaque mot compte. On a demandé à nos équipes, nos fournisseurs, nos clients, de définir ce que devait être la mission de Picto, de façon participative. On s’est aussi renseigné auprès d’autres sociétés à mission. Concevoir la mission et ses objectifs nous a pris six mois”, raconte Guillaume de Murard, cofondateur de Picto. La marque, qui compte sept restaurants et une cinquantaine d’employés, affiche désormais comme mission de “permettre aux gens pressés de bien manger avec une offre de restauration à la française, naturelle et durable”.
Donner un cap durable
Pourquoi se lancer dans la création d’une entreprise à mission ? Pour “inscrire ce qui fonde notre maison depuis un siècle : transmettre, accueillir et faire rayonner la gastronomie française avec responsabilité, répond Vincent Le Roux, directeur général du restaurant Paul Bocuse. Ce statut est une manière de protéger notre héritage, de garantir sa continuité, et de donner un cap durable à nos équipes comme à nos partenaires. Ce statut nous oblige à être cohérents, transparents et mesurables. Il nous donne une boussole : notre raison d’être et nos objectifs statutaires guident désormais toutes nos décisions, qu’il s’agisse d’expérience client, de management, de transmission ou d’engagement environnemental. Au-delà de l’image, l’intérêt est très concret : progresser en continu, structurer notre démarche et prouver nos engagements grâce au contrôle d’un organisme tiers indépendant. C’est un moteur d’amélioration et un facteur de confiance.”
“Grâce à son double contrôle, la société à mission apporte une garantie de crédibilité, une reconnaissance et un élément de différenciation, notamment pour les appels d’offres”, ajoute Guillaume de Murard.
Attirer de nouveaux talents et limiter le turn-over
Mais surtout, cette démarche peut permettre de fédérer les salariés impliqués dès la définition de la mission autour d’un projet collectif porteur de sens, et de renforcer l’attractivité de l’entreprise auprès des talents. “Le statut d’entreprise à mission montre que nous avons une vision, que nous prenons soin de nos équipes et que nous nous engageons sur des objectifs précis et vérifiés. Cela contribue à attirer des talents, mais surtout à les faire grandir et rester. Nous avons d’ailleurs un très faible turn-over, que ce soit en salle comme en cuisine. En interne, la mission a renforcé la cohérence de notre management, encouragé la formation, la transmission et une dynamique plus participative”, constate Vincent Le Roux.
De son côté, Okko s’est fixé pour mission de “faire rimer hospitalité haut de gamme, sobriété énergétique et responsabilité sociale”, en s’appuyant sur quatre objectifs statutaires : le bien-être des équipes et des clients, le respect des territoires d’implantation et la contribution au dynamisme économique local (sourcing de produits locaux, collaboration avec des ESAT…), le choix de solutions les plus vertueuses possible avec les partenaires et fournisseurs, et le fait d’inciter chacun à adopter un mode de vie à impact environnemental le plus neutre possible, et progressivement positif. “On fait aussi attention au bien-être des salariés qu’à celui des clients. On parle de symétrie des attentions, souligne Solenne Devys, directrice générale d’Okko Hôtels. Par exemple, les avantages collaborateurs passent par de bonnes rémunérations, des formations – 100 % des équipes sont formées chaque année et il existe un référentiel managérial –, la prise en charge à 100 % du congé paternité et maternité, des tarifs sur les nuits ou la literie, le financement des mobilités douces… On reçoit environ 10 000 candidatures par an. Lorsque les candidats demandent à l’entretien « quel est l’engagement de l’entreprise ? », le fait d’être une société à mission permet de répondre clairement.” Chez Okko, le turn-over a ainsi été divisé par deux depuis la mise en place de la société à mission, en 2023.
Publié par Violaine BRISSART
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