Rentrée 2022 : le point avec Didier Chenet, président du GNI

Malgré un été plutôt exceptionnel, comparable à ceux de 2019, le président du syndicat patronal tire le signal d'alarme auprès des pouvoirs publics.

Publié le 15 septembre 2022 à 12:38

L’Hôtellerie Restauration : Quel bilan dressez-vous de l’été ?

Didier Chenet : La restauration a connu une très bonne saison, même s’il y a quelques disparités en fonction des territoires. Le mois de juin a été exceptionnel, avec des chiffres qui oscillent entre + 9 % et + 12 % par rapport à 2019. En juillet, la hausse est comprise entre 4 et 8 % et tout nous amène à penser qu’août sera au niveau de juin. Les consommateurs ont eu envie de se faire plaisir puisqu’on constate une augmentation du ticket moyen. Les touristes étrangers étaient bien là, notamment les Américains, qui ont profité d’une parité favorable. Côté hôtellerie, les taux d’occupation étaient de l’ordre de 72 %. On constate également un chiffre d’affaires en hausse, mais qui est essentiellement dû à la hausse des tarifs.

 

Comment voyez-vous la rentrée ?

La rentrée est incertaine. Il y a une inflation au plus haut - avec des matières premières qui ont pris 15 % selon Food Service Vision -, le choc énergétique, l’érosion du pouvoir d’achat… sans compter la pénurie de main-d’œuvre. Il faut se tenir prêt à un nouveau round concernant l’augmentation des salaires, mais qui va être très compliqué. L’absence de signature de l’accord sur la mutuelle est également un gros sujet. Le coût supplémentaire de la mutuelle, c’était une compensation à des choses qui ne sont pas acceptables pour nous. Aujourd’hui, avec notre régime, nous allons droit dans le mur. L’intérêt de la mutuelle de branche, c’est qu’on met tout en commun, elle repose sur un système de solidarité. C’est ce qui permet, par exemple, d’indemniser les victimes des incendies qui ont eu lieu en Gironde ou de la tempête en Corse. Le problème, maintenant, c’est qu’on ne sait pas ce qui nous attend derrière.

 

Quels sont les grands sujets de la rentrée ?

- La hausse considérable de l’énergie. Les prix qu’on nous propose aujourd’hui sont multipliés par deux ou trois. C’est très difficile. Le secteur est un gros consommateur d’énergie. Elle représente 6 à 7 % du chiffre d’affaires de nos entreprises pour les semaines qui viennent.

- Les PGE. Il y a des entreprises qui ne pourront pas rembourser. On peut faire appel au négociateur, mais une fois qu’on a étalé le PGE, on ne peut plus emprunter. Quand il va falloir emprunter, notamment pour les efforts énergétiques, on ne pourra pas. On veut participer au plan de sobriété, mais il y a des choses qui vont demander des efforts trop importants.

- Les PGE résilience. Nous sommes nombreux à être éligibles à ces prêts, qui viennent en aide aux entreprises qui subissent les effets de la guerre. Certains professionnels ont eu recours à ce type de crédit pour rembourser les premiers PGE, et maintenant ils ont huit ans pour rembourser celui-là. Mais la Fédération de la banque a tout bloqué. Ce prêt est désormais systématiquement refusé. Il y a des entreprises qui ne résisteront pas, qui seront incapables de rembourser.

- Les titres-restaurant. Nous avons été pour l’augmentation de la valeur faciale. Mais nous sommes contre le déploiement qu’il connaît, c’est-à-dire en chèque alimentaire. C’est un dévoiement de sa fonction. Le risque derrière tout ça, c’est qu’on perde tout, que leur régime social et fiscal change.

 

Quelles solutions proposez-vous pour remédier à la hausse de l’énergie ?

Concernant l’augmentation du prix de l’énergie, nous demandons à ce que le bouclier nous soit appliqué, ou alors il faut revoir de fond en comble la fiscalité de l’énergie.

 

Des professionnels du secteur ont été amenés à recruter des autoentrepreneurs pour pallier le manque de main-d’œuvre. Que dîtes-vous à ce sujet ?

Pour nous, c’est une main-d’œuvre clandestine. Le risque est de se faire redresser dans le cadre d’un contrôle, avec la requalification des contrats en CDI. Il faut absolument que les pouvoirs publics lèvent le risque sur ce type de contrat, et dans ce cas nous sommes convaincus que cela pourrait résoudre une partie des problèmes de personnel.

 

Envisagez-vous une nouvelle augmentation des salaires ?

Si on veut augmenter les rémunérations, il faut baisser les charges sociales. Nous proposons d’appliquer un bonus/malus en rapport avec le taux de masse salariale de l’entreprise. Plus l’entreprise a un faible taux masse salarial/chiffre d’affaires, plus elle paiera un malus. Ce qui profitera à nos entreprises mais aussi à celles de l’industrie par exemple.

Didier Chenet GNI 


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Publié par Romy CARRERE



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