Rachida Dati, candidate à la mairie de Paris : “Faire du tourisme un levier de richesse pour Paris et les Parisiens”

Déjà candidate LR en 2020, la maire du VIIe arrondissement repart à la conquête de la capitale. Stratégie de promotion de la destination, mesures incitatives pour les clientèles à forte valeur ajoutée, contrôle des locations meublées, choc de simplification administrative en faveur des professionnels des CHR, propreté et sécurité : Rachida Dati a confié les ambitions de sa politique pour le tourisme parisien.

Publié le 12 février 2026 à 10:31

 

L’Hôtellerie Restauration : Paris est l’une des premières destinations touristiques mondiales et la principale porte d’entrée des visiteurs internationaux sur la France. Que souhaitez-vous mettre en place pour maintenir ce leadership ?

Rachida Dati : Le tourisme est essentiel pour Paris. Il soutient 500 000 emplois dans la région et il contribue fortement à la viabilité financière de la plupart des restaurants, de nombreux magasins et de nos institutions culturelles et artistiques. Je suis consciente des défis auxquels sont confrontés le secteur du tourisme et de la restauration : la pénurie de personnel qualifié, les loyers élevés, la succession des crises. Ils souffrent également, comme tous les Parisiens, de la dégradation du cadre de vie et de la dépréciation de l’image de Paris, résultat de vingt-cinq ans de gestion socialiste.

Paris est sale, peu sûre et dysfonctionnelle. Cela nuit à notre réputation à l'échelle internationale : les images de manifestations violentes, de mobilier urbain dégradé, de monceaux de poubelles non ramassés ou encore des rats sont devenues récurrentes dans les médias internationaux. Et personne ne veut visiter une ville où l'on se sent en insécurité dans de nombreux quartiers, même en plein cœur de Paris, où l’on peut se faire voler à Paris-Centre ou agresser sur le Champ de Mars.

Je m’attaquerai tout d’abord à ces problèmes structurels : une police de proximité pour sécuriser les commerces au quotidien, une politique ambitieuse de propreté pour redonner vie aux quartiers et une politique de mobilités qui ne paralyse plus l’activité économique. C’est cette ville plus sûre, plus propre et aux mobilités apaisées qui donnera envie aux touristes de France et du monde de découvrir notre capitale.

 

En matière de promotion de la destination Paris, estimez-vous que la stratégie actuelle soit suffisante ? Comptez-vous la faire évoluer, notamment à l'international, en lien avec les professionnels du tourisme ?

Il n’y a aujourd’hui tout simplement pas de stratégie pour accueillir les touristes à Paris. La Ville de Paris a fermé le dernier point d’accueil physique de l’Office du tourisme, elle ne collabore pas du tout avec la Région Île-de-France et encourage un tourisme débridé, qui est trop souvent source de nuisance pour les Parisiens et ne rapporte ni aux acteurs du tourisme, ni à Paris dans son ensemble, car pas assez qualitatif.

Pour ma part, j’ai une stratégie claire : faire du tourisme un levier de richesse pour Paris et les Parisiens. Paris est aujourd’hui la ville la plus visitée au monde avec 49 millions de visiteurs annuels dont la moitié de touristes internationaux. Pourtant, le panier de dépense a perdu 23 % en dix ans. Je veux un tourisme qui respecte Paris et ses habitants et contribue à sa juste mesure à l’usage qu’il fait de la ville. Chaque euro supplémentaire dépensé par un visiteur doit devenir un euro de plus pour financer les services publics des Parisiens, la propreté de nos rues, la sécurité de nos quartiers et la modernisation de nos transports, dont les touristes sont, eux aussi, des usagers quotidiens.

Je pense qu'il faudrait être beaucoup plus dynamiques et proactifs sur le plan opérationnel en allant chercher de nouveaux marchés vers les pays émergents où se développe une classe moyenne et une classe supérieure avide de découverte et sensible à l’image de Paris et de la France.

 

Vous avez évoqué à plusieurs reprises la notion d’un tourisme “qualitatif” pour Paris. Que mettez-vous précisément derrière cette notion, et comment comptez-vous la traduire en politiques publiques concrètes à Paris ?

Il y a un tourisme débridé qui commence à poindre dans certains quartiers. Et une résistance au tourisme qui commence à émerger, ce qui n’était pas le cas jusqu’alors, les Parisiens étant habitués à vivre avec les touristes et sachant les apprécier. Il faut éviter que cela tourne à une opposition frontale, comme à Barcelone ou à Venise. Cela passe par une forme de respect mutuel de chacun et je m’y emploierai.

Ce phénomène est la conséquence directe de l’action de la Mairie qui a chassé les habitants dans le Marais et à Montmartre, la faute à des modifications intempestives des plans de circulations, de la suppression des places de stationnement. Le stéréotype de ce type de tourisme serait un Airbnb à plein temps dans un immeuble résidentiel de Montmartre, où les clients prennent leurs clés dans une boîte à clés, où le personnel de nettoyage travaille au noir et où les touristes veulent juste faire la fête toute la nuit.

J’assume de vouloir un tourisme plus ordonné, réparti dans toute la ville, géré par des professionnels qualifiés. Ce tourisme se concentre sur les touristes à forte valeur ajoutée qui dépensent davantage dans nos restaurants, nos magasins et qui peuvent contribuer à la ville par d'autres moyens. Cela nécessite un ciblage minutieux de notre marketing et la promotion de modèles commerciaux innovants susceptibles d'attirer les visiteurs. Par exemple, des visites spécialisées dans les grands musées ou des circuits touristiques.

 

Vous souhaitez mieux répartir les flux touristiques afin de sortir de l'“effet Tour Eiffel”. Quels quartiers ou types de lieux souhaitez-vous davantage valoriser, et avec quels outils ?

Plus largement, comment concilier attractivité touristique et qualité de vie des Parisiens, notamment dans les quartiers les plus fréquentés ?

Les consultations publiques et les études nous indiquent régulièrement que les Parisiens ont deux problèmes majeurs avec le tourisme : premièrement, la surconcentration et, deuxièmement, la mauvaise gestion des espaces publics utilisés par les touristes. Cependant, avec une gestion efficace, nous pouvons avoir un tourisme sans ces effets négatifs.

 Je souhaite diversifier notre offre touristique pour sortir de cette concentration des touristes. Nous devons contrôler les locations de courte durée, qui sont extrêmement concentrées certains quartiers. Je le ferai en refusant les permis pour les nouvelles locations commerciales de courte durée dans ces quartiers et en éliminant les locations illégales qui s'y sont développées. En parallèle, je mettrai en avant de nouveaux quartiers et sites d’intérêts et valoriserai l’esprit ‘village’ de nos arrondissements.

En ce qui concerne l'espace public, il s'agit là encore de mettre en place les bases nécessaires. Si votre rue est jonchée de détritus, ce n'est pas à cause des touristes, mais parce que la gauche est incapable de gérer le calendrier de ramassage des ordures. J’y remédierai en créant des brigades de propreté qui pourront intervenir plusieurs par jour sur les zones les plus fréquentées.

Enfin, il existe toute une série de petites mesures – par exemple, la vente croisée de billets entre les sites, l'amélioration des liaisons de transport, la mise en place de partenariats avec des lieux touristiques à proximité de Paris (en priorité en Île-de-France) qui peuvent contribuer à répartir et fluidifier temporairement le flux de visiteurs pour rendre l’expérience parisienne plus agréable pour les touristes, plus supportable pour les Parisiens et plus bénéfique pour les professionnels du tourisme comme pour l’ensemble de la collectivité parisienne.

 

Vous avez déclaré dans l'Opinion : “Il faut évidemment que le tourisme rapporte à Paris et aux Parisiens.” Quelles mesures envisagez-vous pour y parvenir, et comment éviter de pénaliser l'attractivité de Paris ?

La tenue des Jeux olympiques et paralympiques à Paris a démontré qu’une ville propre et sûre bénéficiait autant aux Parisiens qu’aux touristes. C’est ce modèle gagnant-gagnant qu’il faut conserver. Un modèle dans lequel les touristes doivent nécessairement contribuer. C’est le sens de l’augmentation du prix d’entrée au Louvre pour les touristes extra-européens, que j’ai mise en œuvre.

En parallèle, je veux inciter les touristes à davantage dépenser dans nos commerces locaux en valorisant le ‘Fabriqué à Paris’. J’installerai des points de ‘détaxe immédiate’ dans les principaux quartiers touristes pour permettre aux touristes de récupérer immédiatement la TVA sur leurs achats. Cela permettra de débloquer un supplément de pouvoir d’achat aux touristes pendant leur séjour.

Je souhaite également dynamiser le tourisme professionnel en créant un label ‘Paris business’ visant à renforcer l’attractivité des salons, congrès et évènements économiques, qui permettront également de valoriser de nouveaux quartiers.

 

Le développement des locations touristiques de type Airbnb est souvent accusé de réduire l'offre de logements pour les Parisiens. Comptez-vous faire appliquer plus efficacement les règles existantes sur les meublés touristiques ? Prévoyez-vous de nouvelles mesures pour mieux réguler ce phénomène ?

Je ne veux pas éliminer le véritable partage de logement, c'est-à-dire les particuliers qui louent occasionnellement leur propre logement, qui a sa place dans l'industrie touristique parisienne. Cependant, je souhaite empêcher les investisseurs et les spéculateurs immobiliers de transformer des logements en meublés touristiques. Ces pratiques augmentent le coût des logements, constituent une nuisance pour les voisins, entraînent une concentration excessive de touristes dans les quartiers populaires et génèrent plusieurs coûts financiers pour la ville.

Le cadre fixé par la loi Le Meur permet de réaliser des progrès en la matière. Aujourd'hui, il existe entre 20 000 et 25 000 locations saisonnières à temps plein dans des appartements résidentiels à Paris, qui devraient accueillir des Parisiens à plein temps, ce qui contribue à assécher l’offre locative, mais cause aussi parfois des nuisances importantes au sein des copropriétés dont pâtissent les propriétaires occupants et les locataires longue durée. De nombreux conseils de copropriété s'opposent d’ailleurs aux locations de courte durée dans leur immeuble. Je m'appuierai donc sur la loi Le Meur à l’aide d’une équipe interne rationalisée et de l'analyse de données pour réintégrer ces locations saisonnières dans le marché du logement à long terme. Je le ferai en lien avec les copropriétés, notamment celles refusant ces locations saisonnières et refuserai de délivrer ou de renouveler, lorsque la réglementation l’exige, les autorisations dans les immeubles ‘sans Airbnb’.

 

Comment envisagez-vous de travailler avec les organisations professionnelles de l'hôtellerie-restauration ?

L’ensemble des commerçants et entrepreneurs parisiens ont été négligés et lésés par la municipalité socialiste depuis trop longtemps. La gauche n'aime pas le commerce, n’aime pas les entrepreneurs, n’aime pas l'industrie du tourisme. L’adjoint au commerce souhaite “réparer les ravages du capitalisme”, l’adjoint au tourisme veut ralentir l’industrie du tourisme. À chacune de mes rencontres avec les professionnels, le même constat revient : la majorité municipale ne s’est jamais intéressée à eux, à leurs besoins, à leurs problèmes.

Je mettrai un point d’honneur à travailler main dans la main avec l’ensemble des organisations professionnelles, dans le secteur de l’hôtellerie-restauration particulièrement, comme je le fais déjà aujourd’hui. Nos relations seront fluides car les professionnels seront concertés en amont des prises de décision. Tout aménagement sera accompagné d’une étude d’impact sur l’économie locale. Surtout, je lancerai un véritable choc de simplification administrative qui leur sera destiné.

 

Les professionnels des cafés, hôtels et restaurants se plaignent régulièrement de la complexité liée aux terrasses, des travaux de voirie et occupations du domaine public. Comment souhaitez-vous pacifier et simplifier ces relations avec la Ville ? En quoi les ‘guichets uniques’ que vous proposez changeraient-ils concrètement la vie des hôteliers, restaurateurs et cafetiers parisiens ?

L’entretien de la voirie, qui s’est nettement dégradé ces dernières années, révèle le chaos de l’espace public et le capharnaüm de l’administration parisienne : les travaux s’éternisent, la Ville et le prestataire se rejettent la responsabilité et les délais ne sont pas respectés. En bout de chaîne, c’est l’activité directe des restaurateurs qui en pâtit.

Pour ces demandes ainsi que toutes les autres, je vais créer un ‘guichet unique’ pour limiter le nombre d’interlocuteurs. Les procédures seront allégées selon le principe du 'dites-le nous une fois' avec un seul dossier à produire et des formulaires simplifiés. Enfin, les délais d’instruction en matière d’occupation temporaire du domaine public seront réduits à trois semaines. Ce choc de simplification facilitera le quotidien des professionnels qui pourront se concentrer pleinement sur leur activité. 

 

Enfin, si vous deviez adresser un message aux hôteliers, restaurateurs et cafetiers qui doutent aujourd'hui de l'avenir économique de la capitale, que leur diriez-vous ?

Le tourisme est un joyau de l'économie parisienne et vous êtes les acteurs qui font briller ce joyau.

Si je suis élue maire, ma mission sera de vous aider à développer vos entreprises, à employer plus de personnes et à faire prospérer Paris en libérant les énergies au travers d’un véritable choc de simplification qui touchera tous les domaines : voirie, urbanisme, stationnement ou logement.

Mais ces mesures doivent cependant être financées et crédibles. N’écoutez pas les fausses promesses de ceux et celles qui vous proposent de tout raser gratis.

Paris a trop souffert de vingt-cinq ans d’immobilisme et d’idéologie pour être la proie des marchands de rêve qui ne résoudront rien.

Avec moi, ça va changer ! Et sérieusement.

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Publié par Roselyne DOUILLET



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