Michel Sarran : « Il faut dire stop : arrêtez de nous sacrifier ! »

Toulouse (31) Installé à Toulouse, l'une des métropoles soumises au couvre-feu à 21 h, Michel Sarran monte au créneau et crie son incompréhension face aux décisions du gouvernement.

Publié le 16 octobre 2020 à 10:05

« On choisit de sacrifier un pan d’activité »

 On a déjà fermé 2 mois, 3 mois pour moi, qui ont déjà fragilisé notre modèle économique. On nous a imposé des protocoles onéreux et… tout ça pour rien ! Je suis conscient que la situation sanitaire est inquiétante, mais je suis révolté par l’iniquité devant la crise : Il y a une focalisation sur nos métiers et ceux liés aux loisirs. Toutes les charges fixes, les loyers, le coût des congés payés, … on va continuer à perdre de l’argent alors qu’on est déjà affaiblis. La France est le pays de la gastronomie. On en est fiers et c’est la première chose que l’on sacrifie quand il y a un coup dur ! On choisit de sacrifier un pan d’activité. Je ne peux pas l’accepter.

 

« Dans la restauration, il y a différents cas de figure »

Je déplore aussi un amalgame. On prend une mesure qui touche un secteur d’activité dans lequel il y a différents cas de figure. Par exemple, dans la restauration rapide, par son fonctionnement, ils pourront continuer à travailler jusqu’à 21 h et même plutôt bien quand les gens du centre-ville prendront à emporter pour dîner chez eux. Nous ne sommes pas dans le même schéma.

 

« Le seul endroit où le covid se développe, c’est dans les restaurants ? »

On veut nous faire croire que le seul endroit où le covid se développe, c’est dans les restaurants. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce n’est pas sérieux ! Quant à la règle des 6, il n’y a que dans les restaurants qu’elle est appliquée ! Dans les universités, les centres commerciaux, les transports en commun, elle est respectée ?

Quand le Président annonce : « vous pouvez partir en vacances ! », c’est insensé ! Nous sommes quand même en train de payer tous les abus qui ont eu lieu pendant les vacances cet été. Les gens vont à nouveau quitter leur région et aller encore propager le virus ? Ce n’est pas comme ça qu’on va endiguer le covid. Et après, on viendra nous dire qu’on doit rester fermés.

 

« Le couvre-feu, ce n’est pas une fermeture administrative »

Ce qui est très vicieux dans les propos du gouvernement, c’est d’imposer le couvre-feu à 21 h. Le couvre-feu, ce n’est pas une fermeture administrative. Déjà qu’il faut se battre auprès des assurances pour faire valoir la perte d’exploitation due au confinement alors que la fermeture administrative est mentionnée dans les contrats… Le couvre-feu, lui, ne l’est pas.

Chez moi, à 21 h, on prend l’apéritif. Les clients ne viendront pas à 19 h. Pour le service du soir, cela ne sert à rien d’ouvrir. Donc je décide moi-même de fermer ce qui implique que l’on n’a aucun recours. Dans la restauration gastronomique, on ne peut que fermer, donc on se tue tout seul.

 

« Je crois que je vais devoir tout simplement fermer »

Je suis en train de regarder avec mon comptable, mais je crois que je vais devoir tout simplement fermer. Au déjeuner, je fais péniblement un petit 40%. J’ai une formule qui doit être attractive et elle est bien en-dessous du ticket moyen. Or pour faire les 45 couverts, j’ai besoin de toutes les personnes du service. En toute logique, je perds de l’argent. Comment voulez-vous qu’on vive ? Je suis en train de faire des projections avec mon comptable et d’étudier les annonces de Bruno Le Maire avant de prendre une décision définitive. Je ne vais pas voir la solution la meilleure mais la moins pire.

 

« Dans les grandes villes, on est assassinés ! »

On est un peu focus sur Paris, mais chez nous à Toulouse, c’est très facile d’éviter le centre-ville et d’aller manger en périphérie. Ici, le secteur porteur, c’est Airbus et la ville s’est beaucoup développée en périphérie. Les clients n’auront qu’à y rester pour aller au restaurant. Les sinistrés, c’est la restauration intra-muros.

 

« Se faire entendre d’une seule et unique voix »

Ce qui important, c’est qu’on se retrouve tous, qu’on oublie nos différences, tous les syndicats, tous les collectifs, pour se faire entendre d’une seule et unique voix : celle de notre métier. Il faut dire stop : arrêtez de nous sacrifier ! Je suis révolté, en colère et surtout très très très inquiet.

Michel Sarran Covid19 #confinement#


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Publié par Nadine LEMOINE



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