Comment poursuivre une histoire familiale centenaire en Cévennes

Cocurès (48) Tout juste centenaire, la Lozerette a ouvert un nouveau chapitre de son histoire le 1er mars dernier. Une transmission familiale réfléchie qui permet à la saga cévenole de se poursuivre. Avec la volonté de conserver l’âme de l’hôtel-restaurant, grâce à l’arrivée de la quatrième génération de femmes aux commandes de l’établissement.

Publié le 30 avril 2026 à 09:00

Entre mont Lozère et gorges du Tarn, au cœur du parc national des Cévennes, Cocurès est un village dont le nom rime pour beaucoup avec hôtel de charme et table gourmande. Des atouts que La Lozerette, le nom choisi pour cet établissement en 1969, entretient depuis un siècle.

Remontons brièvement le temps pour découvrir, en 1926, le Café des touristes, à la fois tabac et restaurant, animé par Eugénie Agulhon en bordure immédiate de la route qui conduit à Florac. Un lieu qui va profiter des premiers congés payés, dix ans plus tard, pour se développer avec la création de quatre chambres. Et par étapes, la future Lozerette évoluera tout en s’orientant vers une activité seulement saisonnière. D’abord sous la houlette de Pierre Agulhon, l’un des fils, et de Georgette, son épouse, qui reprennent l’affaire en 1953. Au fil des constructions, l’hôtel va passer à dix puis dix-sept chambres et une salle de restaurant spécifique offrira plus de confort à une clientèle touristique toujours plus nombreuse. À partir de 1981, Pierrette puis Line Agulhon, petites-filles d’Eugénie, intègrent l’entreprise.

 

Doit-on à tout prix trouver une solution ‘‘interne’’ ?

La question de la succession devait tôt ou tard arriver sur le tapis, avec un paramètre essentiel : garder l’entreprise dans la famille est-il une priorité ?

Pas dans l’absolu puisque, en ce qui nous concerne, personne, parmi la nouvelle génération, n’avait choisi de s’orienter vers les métiers de l’hôtellerie-restauration. Donc en 2020, voyant l’âge de la retraite approcher, j’ai commencé à réfléchir à la suite à donner”, explique Pierrette Agulhon, seule propriétaire du fonds de commerce depuis 1990 “Et parmi les solutions envisagées, il y avait naturellement celle de la cession à un repreneur extérieur. Dans ce cas, il fallait aussi envisager de vendre les murs que mes quatre sœurs et moi-même possédons sous la forme d’une SCI. Toutefois, je n’ai jamais formalisé cette démarche de mise en vente car, en parallèle, je harcelais Camille qui, parmi mes quatre nièces et neveux, avait le plus le profil pour me succéder et ainsi conserver une dimension familiale à La Lozerette.”

Un entêtement qui a fini par porter ses fruits. En 2024, Camille Dugas-Dhombres, fille de Christiane, l’une des cinq sœurs, a commencé à étudier la possibilité de prendre un virage professionnel en s’éloignant du cabinet juridique qui l’employait à Nîmes depuis dix ans.

 

Faut-il privilégier les sentiments ou la rationalité 

“Quand j’ai commencé à envisager cette reprise, j’ai étudié d’abord la rationalité. Et sur ce plan-là, La Lozerette est une affaire rentable. Ensuite, il y a l’aspect sentimental. Pour moi, il est essentiel. Cet hôtel-restaurant fait partie de moi. Je passais tous mes étés dans ce village puisque maman était salariée et intervenait à tous les postes, en plus de la comptabilité. Il y avait aussi une volonté d’évoluer. Jusque-là, ma vie professionnelle était celle d’une salariée parfois frustrée de ne pouvoir exprimer ses ambitions. Enfin, en devenant ma propre patronne, je pouvais participer au développement de l’établissement et promouvoir ce territoire.”

 

Comment trouver la bonne formule de reprise ?

Vouloir, c’est bien, mais pouvoir, c’est autre chose. Camille Dugas-Dhombres l’a compris quand s’est agi de rencontrer le banquier. “Au sein de l’entreprise elle-même, j’étais confrontée à deux écueils : l’inexpérience de la gestion d’une telle structure et la méconnaissance de la sommellerie, la spécialité de ma tante Pierrette. Mais d’autres soucis sont apparus à l’extérieur. En particulier côté banque, sur laquelle j’avais besoin de m’appuyer. On m’a orienté vers un ‘‘crédit de campagne’’, une formule vraiment destinée à une activité saisonnière. Parallèlement, j’ai bien compris que le fait de ne pas être cheffe de cuisine pouvait être gênant si je voulais ensuite bénéficier de prêts pour le rachat du fonds. Jusqu’alors, cela n’avait jamais constitué un handicap pour Pierrette, qui a toujours su s’entourer de bonnes équipes en cuisine. Donc, en attendant de voir plus loin, sur les conseils de ma tante, nous avons opté pour la formule de la location-gérance. Une solution dont elle avait elle-même bénéficié à ses débuts.” De quoi s’accorder le temps de prendre ses marques et de faire ses preuves.

 

Est-il important de profiter de l’expérience du précédent exploitant ?

Durant des vacances d’été, Camille avait déjà touché du doigt la réalité du métier qui allait constituer son quotidien désormais, et elle savait que beaucoup de choses restaient à apprendre. “Dès le 1er août 2025, j’ai rejoint l’entreprise en tant que salariée et je suis passée partout à l’exception de la cuisine. J’avais les bases du service, mais j’ai dû aborder la gestion au quotidien, l’aspect social, la comptabilité... Sans oublier de préparer le permis d’exploitation et suivre la formation HACCP. Parallèlement, j’ai pris le temps d’écouter les conseils de ma tante et compris qu’il serait essentiel de conserver l’esprit de famille, de faire perdurer la qualité de l’accueil, avec bienveillance et simplicité, afin que les clients se sentent bien chez nous. Nous sommes atypiques et c’est cela qui est apprécié. Pour assurer une transition en douceur, Pierrette va nous accompagner cette saison 2026. Je ne voyais pas les choses autrement et elle pourra se concentrer sur sa passion, la sommellerie. À l’issue de la saison passée, à partir de novembre 2025, j’ai pris aussi du recul pour analyser l’activité et envisager des évolutions.”

 

Le changement de génération s’accompagne-t-il de changements d’objectifs ?

“De cette analyse, il est sorti une évidence, l’hôtel est la vitrine et la locomotive du restaurant. Il est donc essentiel de soigner les prestations et d’être entouré des bonnes personnes qui assurent l’entretien. J’ai recruté deux femmes de chambres qui vont profiter des conseils de celle présente depuis plusieurs années. Ensuite, on doit relancer l’attractivité alors que le taux d’occupation baisse trop régulièrement, il a chuté de 70 % en 2023 à 57 % l’an dernier. Cela va passer par un développement de la communication sur les réseaux sociaux et une présence sur les sites de réservation Booking et Expedia. Greengo doit aussi nous permettre d’être visible de ceux qui cherchent une autre façon de faire du tourisme. Un domaine dans lequel la Lozère doit tirer son épingle du jeu.”

 

Le restaurant doit-il aussi subir des évolutions ?

Simon, le compagnon de Camille, a une formation de pâtissier en boulangerie, mais il n’interviendra pas à ce niveau même s’il rejoint les salariés de La Lozerette. Il y prendra en charge les petits déjeuners et le bar en fin de journée. Sans oublier les nombreuses missions d’entretien. “J’ai eu la chance qu’il accepte mon choix, avoue la nouvelle exploitante. Tout comme nous avons la chance de conserver le chef et le pâtissier et de recruter un second qui connaît déjà la maison. Cette stabilité est importante. En revanche, c’est dans l’offre qu’un changement est nécessaire. Au déjeuner, nous allons supprimer le menu du jour et proposer une assiette du midi avec boisson qui correspond mieux aux attentes des clients de passage.

Un ensemble d’orientations nouvelles dont les effets seront jugés à l’automne prochain, quand viendra l’heure du premier bilan.


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Publié par Jean BERNARD



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