Après sept ans passés à la tête de l’Association française des Maîtres restaurateurs, Alain Fontaine souhaitait passer la main. C’est chose faire depuis le 8 juin, avec l’élection de Stephan Pey – ancien trésorier – au poste de président. “On a fait de grandes choses, avec un bilan qui est plus que positif. Pour autant, je pense qu'il faut laisser la place à d'autres énergies. Je laisse le pouvoir avec beaucoup de plaisir à Stephan qui a été à mes côtés depuis quatre ans. Il connaît tous les rouages de l'AFMR, nos combats également.”
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Pour autant, le chef du Mesturet, également président de l’association des Bistrots et Cafés de France, reste mobilisé sur les défis que la profession doit actuellement relever, qu’il met en parallèle avec les enjeux de santé publique : “Pour paraphraser un grand ministre et un grand écrivain, le XXIe siècle sera alimentaire ou ne sera pas. Aujourd’hui, un milliard de personnes vont se coucher le ventre vide. Il y a 25 000 morts chaque jour de la famine, dont 10 000 enfants. Et puis, de l'autre côté, vous avez pratiquement un milliard de personnes qui sont touchées par l'obésité. Aux États-Unis, cela représente 46 % de la population ; en France 10 %, et 18 % en prenant en compte les personnes en surpoids, soit 25 % d’augmentation ces trente dernières années.” Une situation qui représente 84 000 morts dans l'Hexagone chaque année, 160 000 cancers, et 125 milliards d’euros de dépenses pour la Sécurité sociale.
Dans le même temps, la restauration traditionnelle perd des parts de marché, concurrencée par les fast-foods qui atteignent 52 % des repas pris hors domicile. “On comptait 13 000 points de vente il y a vingt ans, ils sont 52 000 aujourd’hui”, indique Alain Fontaine qui relève aussi le succès des émissions télévisées consacrées à la gastronomie.
Et de s’indigner : “À quand une communication forte de l'État pour dire qu'il existe une restauration durable et raisonnable ? Aujourd'hui, il y a plus de morts à cause de la malbouffe qu'avec le tabagisme !”
“Nous sommes en train de disparaître !”
“Nous sommes en train de disparaître !”, alerte-t-il. Pour y remédier, l’ancien président appelle à la diffusion la plus large possible du fait maison, alors qu’un nouveau décret est en cours de discussion au ministère des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat. “Il faut que ce fait maison soit simple, pour qu’il soit accessible à tous les restaurateurs et que tous puissent s’en emparer.”
Toutefois, face à la disparition des tables traditionnelles, cette réforme ne suffira pas, prévient Alain Fontaine, qui appelle l’État à repenser la fiscalité qui touche les restaurateurs, ainsi que les artisans en règle générale, et plaide pour une réduction des charges sociales : “La main d’œuvre représente 40 % de nos charges, contre seulement 20 ou 25 % pour les fast-foods, alors que [nos tables] apportent une vraie valeur ajoutée. On ne peut pas continuer comme ça, avec une iniquité totale face à l'économie mondiale qui se met en place.”
La campagne pour l’élection présidentielle pourra-t-elle être l’occasion de mettre ces questions sur le devant de la scène ? “C'est maintenant que les candidats et candidates doivent nous apporter quelque chose de fort, pour qu'on puisse voir un horizon pour notre profession.”
Publié par Roselyne DOUILLET
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