Anders Roed (PDG des Brasseries Kronenbourg) : "En France, la bière concurrence désormais le vin"

De l'essor des bières sans alcool à l'émergence des microbrasseries, l'industrie brassicole se métamorphose depuis quelques années. Anders Roed, PDG de Brasseries Kronenbourg (BK), nous parle de ce secteur, où la bière, qui séduit de plus en plus les Français, rivalise désormais avec le vin.

Publié le 20 février 2024 à 14:00

L’Hôtellerie Restauration : Pourquoi avoir fait évoluer le nom de la maison en devenant Brasseries Kronenbourg ?

Anders Roed : Il s’agissait d’abord d’unir nos équipes au sein d’une nouvelle entité avec l’intégration de notre filiale de commercialisation House of Beer. Cela va nous permettre de simplifier nos process et de proposer un interlocuteur unique aussi bien dans le domaine commercial que dans la logistique à l’ensemble de nos clients. Nous constituons ainsi un portefeuille de marques diversifié (1664, Grimbergen, Carlsberg, Tourtel Twist, La Bête, Brooklyn,…). Afin de représenter toutes les équipes au sein d’une même entité, il a aussi été décidé de changer de nom pour Brasseries Kronenbourg ou BK et de réaffirmer ainsi notre métier de brasseur. Un nouveau logo, au graphisme épuré, simple et moderne, accompagne ce changement de nom.

 

La bière est-elle toujours attractive selon-vous ? 

Plus que jamais. Et elle réalise même l’exploit, dans un pays de tradition viticole, de concurrencer le vin. Aujourd’hui, la bière est la boisson alcoolisée préférée des Français.

 

Vous innovez fréquemment en offrant aux consommateurs de nouvelles recettes de bière. Quelles sont les tendances de consommation ?

Il y a quinze ou vingt ans, les lagers (bières blondes) détenaient la plus grande part du marché français. Aujourd’hui, le point marquant est indéniablement la diversité. Les bières d’abbaye, comme Grimbergen, avec un style un peu belge, se sont développées. Parmi les styles de bière qui ont le vent en poupe, il y a bien sûr les bières fruitées et les bières sans alcool, de plus en plus variées également. Et les IPA (India Pale Ale) marqués par leur amertume car riches en houblon. À titre d’exemple, en 1969, quand nous avons ouvert notre brasserie d’Obernai, nous ne proposions que deux produits. Désormais, nous en avons plus de soixante et nous présentons cinq à six nouvelles recettes chaque année.

 

En brasserie-café-bar, quelles sont les bières les plus vendues ?

Dans ce segment spécifique, les lagers conservent une large part mais les bières d’abbayes et les IPA sont structurellement en croissance ces dernières années. La part du sans alcool y est aussi plus faible.

 

Qui consomme de la bière en 2024 ? 

Le boom de l’attractivité de la bière, que nous observons maintenant depuis plusieurs années dans l’Hexagone, est surtout porté par les femmes et les jeunes adultes. La grande variété de produits proposés a permis de toucher des gens qui ne consommaient pas forcément de la bière auparavant. L’aromatisation a amené à la bière de nouveaux consommateurs qui étaient réticents à l’amertume. La bière, dont l’image s’est transformée ces dernières années, est aussi perçue maintenant comme accessible et simple pour des moments décontractés et conviviaux.

Par ailleurs, ces nouveaux consommateurs commandent de plus en plus de bières dans les bars, mais aussi dans les restaurants, car on remarque que la bière se consomme de plus en plus au moment du repas. Cela concerne les blondes, mais aussi des bières plus puissantes de style belge, ainsi que les bières plus tendance comme les IPA.

 

On retrouve de plus en plus fréquemment, dans les accords mets-boissons avec alcool, la bière. Est-ce qu’on peut dire que la bière est montée en gamme ?

Non seulement elle est montée en gamme, mais elle s’est diversifiée aussi. C’est la réponse à ce que recherche aussi le consommateur aujourd’hui : la diversité de saveurs et de nouvelles sensations de dégustation. Or un repas est l’occasion d’apprécier la bière autrement et bien l'accorder suscite un intérêt nouveau face à la palette croissante de bières proposées qui a démultiplié le nombre de combinaisons possibles.

 

Est-ce que comme pour le vin, les consommateurs boivent moins mais des bières de meilleure qualité ?

Oui, c’est la même chose pour la bière que pour le vin ou les spiritueux, il y a un nouveau rapport à l'alcool, on est dans une logique de qualité plutôt que de quantité. On assiste depuis plusieurs années à une montée en gamme que Brasserie Kronenbourg continue d’accompagner avec des innovations chaque année en bières de dégustation, aromatisées et des sans-alcool également.

 

Il y a un nouveau phénomène avec la bière sans alcool. Est-ce que vous notez une augmentation de la demande pour ce nouveau produit ? Tourtel Twist est partenaire officiel des JO. Vous croyez à ce phénomène de bières sans alcool ? 

C’est devenu un très grand phénomène en France. Brasseries Kronenbourg, leader des bières sans alcool en France, a été pionnière sur ce marché. Elle a ouvert la voie dès les années 60 avec la marque Tourtel, première du genre, mais c’est au début des années 2000 que ce segment voit véritablement le jour avec le lancement de Kronenbourg Pur Malt.

Ensuite ce marché a grandi très vite. La marque Tourtel Twist, qui a été lancée en 2015, a eu un développement incroyable. Aujourd’hui, Tourtel Twist est n°1 des bières sans alcool 0,0 % en France, représentant un peu moins de la moitié du segment des bières sans alcool. En 2023, Brasseries Kronenbourg a lancé six nouvelles bières, toutes sans alcool 0,0 %, et notamment la gamme Tourtel Twist Plantes et fruits, renforçant la position de leadership de Brasseries Kronenbourg sur ce segment qui a selon moi encore un fort potentiel. Tourtel Twist, déjà partenaire du Tour de France, est aussi devenue supporteur officiel des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Ce qui illustre aussi l’exceptionnel développement de la marque. C’est une expérience unique qui lui permettra d’accroître sa visibilité durant l’événements le plus populaire en 2024. 

Le monde de la bière sans alcool a beaucoup changé. Nos maîtres brasseurs sont maintenant capables de brasser des bières sans alcool au goût qui ressemble fortement à celui d’une bière avec alcool.

 

Et la responsabilité sociétale et environnementale dans tout ça ?

Dans le secteur du CHR, la Fondation Kronenbourg apporte son soutien à 1 000 Cafés et Wanted Café : depuis 2019, la Fondation soutient l’initiative 1000 Cafés qui a pour objectif d’accompagner des établissements dans leur implantation et leur développement en zone rurale dans des villages de moins de 3 500 habitants. Le soutien de la Fondation Kronenbourg s’est étendu au principe des cafés solidaires en ville. Cela s’est traduit par l’accompagnement de Wanted Café lors de son ouverture d’un café à Paris près de la République. Ces différentes actions s’inscrivent dans le projet de la Fondation Kronenbourg : agir en faveur du lien social.

Concernant la préservation de l’environnement, nous avons lancé avec InVivo la première filière d’orge responsable tracée en France. Depuis janvier 2024, la 1664 est commercialisée à partir de 50 % d’orge tracée issue de pratiques agroécologiques. Prochaine étape en 2026 avec une 1664 Blonde brassée avec 100 % de malt issu de cette filière, soit 1 bière sur 10 consommée en France. Une trajectoire ambitieuse et véritablement transformante pour 1664 et pour Brasseries Kronenbourg, puisque 1664 représente 40 % de ses volumes.

 

Des micro-brasseries se sont développées partout dans le pays. Quelle est votre réponse à ce phénomène ? Développez-vous des gammes plus artisanales ? Comment cela impacte-t-il les ventes ?

En effet, on en compte maintenant 2 500 en France. Aujourd'hui, chaque Français a une brasserie à 20-30 km de chez lui. On trouve des petites brasseries vraiment partout. Ce qui a vraiment contribué au développement du secteur brassicole, c’est que les grandes et les petites brasseries cohabitent et cela augmente beaucoup l'intérêt pour le secteur brassicole. Les microbrasseries ont apporté beaucoup d'innovation. Et en même temps, les petits ont pu profiter de l'expertise des grands. À mon avis, les petits ont besoin des grands et inversement. 


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Publié par Romy CARRERE



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