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RESTAURATION

Le président des restaurateurs s'étonne

Contrôles musclés de deux restaurants niçois

Il est 19 h 30 ce jeudi 24 janvier quand une quinzaine de personnes font irruption dans la brasserie Steak House Félix Faure à Nice. Ils vont saisir près de 300 kg de nourriture et les jeter dans une benne à ordures qui attendait dehors.

Le même type de contrôle va être effectué dans un autre restaurant du vieux Nice : la Ville de Sienne. L'ampleur des deux contrôles réalisés par la direction des services vétérinaires et le service communal santé et hygiène de la ville de Nice, sous l'autorité du commissariat central de la police nationale, dans deux restaurants connus dont le Félix Faure, véritable institution à Nice, et la couverture médiatique locale très importante vont provoquer l'étonnement d'Hubert Boivin, président de l'Union patronale des cafetiers, restaurateurs et métiers de la nuit de Nice-Côte d'Azur, et tout nouveau président de la Fédération départementale des cafetiers, restaurateurs des Alpes-Maritimes. Hubert Boivin critique en effet sur le fond et la forme ces contrôles et pose de nombreuses questions : "Pourquoi autant de monde pour effectuer un tel contrôle ? Quelques personnes suffisaient pour ce genre de contrôle. Pourquoi un contrôle en début de soirée alors que le restaurant affiche complet ? Plus tôt dans la journée aurait été plus approprié. Comment se fait-il que la benne à ordures était déjà sur place ? Tout était minutieusement préparé. Pourquoi des photographes étaient-ils présents dans la rue ? L'objectif médiatique apparaît trop évident. Pourquoi détruire l'intégralité de la nourriture trouvée sur place ? Il faut respecter les règles du contradictoire. Une fois que tout est jeté dans la benne à ordures, le restaurateur ne peut pas prouver sa bonne foi." Hubert Boivin propose ainsi la présence d'un professionnel à chaque contrôle important afin d'assister le restaurateur. "Pourquoi avoir déclaré à la presse une grande quantité de nourriture ? Il faut expliquer qu'un tel poids est tout à fait normal dans un restaurant où les clients sont très nombreux sur un week-end. De la daube à la niçoise, des spaghettis à la bolognaise, du coq au vin, etc., pour des centaines de clients, tout cela pèse lourd. Pourquoi estimer que toute cette nourriture était impropre à la consommation ? Tout le monde sait qu'une bonne daube ne peut être préparée ni consommée à la minute. Pourquoi avoir choisi la période de carnaval pour effectuer ces contrôles ? Il y a trop de mise en scène et de médiatisation. On a voulu faire peur aux clients et, dans un amalgame total, les détourner un moment de la restauration.
A-t-on pensé un moment aux 40 employés du Félix Faure et des autres restaurants et de l'image même de la restauration ? Dans tous les cas de figure, il faut éviter le déballage médiatique, d'autant plus que l'ampleur de ces contrôles ne se voit qu'à Nice. Pourquoi les autorités ne font pas preuve de la même fermeté pour améliorer la sécurité ? L'insécurité est grandissante et exaspère tous les citoyens. Les restaurateurs, cafetiers, et métiers de la nuit en sont les premières victimes. Ils ne sont pas protégés et les agressions sont de plus en plus nombreuses."

Réactions immédiates
Hubert Boivin est d'autant plus choqué qu'il estime que la profession a fait et continue à faire de gros efforts pour former les professionnels. Il met en avant les stages organisés par les syndicats pour une bonne compréhension et utilisation du Guide de bonnes pratiques d'hygiène en restauration. En attendant, le contrôle musclé du Félix Faure a donné lieu à la fermeture administrative immédiate de l'établissement avec transmission d'un procès verbal d'infraction à Monsieur le procureur de la République. Bien évidemment, une mobilisation s'est faite, et Philippe Le Ven, secrétaire général d'HCR 06, qui regroupe l'ensemble des syndicats et fédérations d'hôtels, de cafés, et de restaurants des Alpes-Maritimes, s'est déclaré satisfait de constater la réouverture toute récente du Félix Faure. Il explique cet heureux dénouement par la réactivité toute professionnelle des responsables du restaurant, et aux conseils d'un bureau niçois spécialisé en vérification et conseil en sécurité alimentaire qui a conduit, à terme, les travaux nécessaires et réalisé les procédures voulues par les pouvoirs publics. Philippe Le Ven insiste sur la prévention qui, dans tous les cas de figure, peut éviter des procès verbaux et autres fermetures administratives. Il n'en reste pas moins vrai que ces contrôles ont marqué les esprits, et pendant quelques jours, les Niçois ont largement commenté l'événement. La proposition d'Hubert Boivin de nommer un professionnel lors des contrôles les plus importants apparaît opportune, même s'il faut en définir les modalités d'application (liste des restaurateurs proposée par la profession, nomination par la préfecture, formalisme pour prêter serment). Mise en scène et médiatisation dans ce type de contrôle, ont toujours un effet négatif puisqu'elles conduisent à jeter l'anathème sur toute une profession sans donner la parole aux exploitants, ni même une place pour une nécessaire défense. Pour l'administration, la fin justifie les moyens, mais pour les restaurateurs niçois, de tels contrôles ont pour résultat de couper l'appétit à tout le monde. Comme pour tout, le juste milieu doit l'emporter.
Ch. Roussel zzz22v

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L'Hôtellerie n° 2759 Hebdo 7 Mars 2002 Copyright ©

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