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Editorial

D'un château l'autre...

Dans le monde traditionnellement feutré et discret de l'hôtellerie châtelaine, la recomposition des associations suscite plus d'un mouvement d'humeur, voire de franche polémique.
L'enjeu n'est pas aussi mince qu'il y paraît. D'abord parce que ce type d'établissements spécifiquement français repose sur le culte de la tradition, de l'histoire, des vieilles pierres, de l'art de vivre à la française, tellement prisés des touristes étrangers les mieux disposés à dépenser leurs devises chez nous. Il serait dommage que de gauloises querelles, incompréhensibles pour tout non-initié, entament ce capital de sympathie qui profite au tourisme hexagonal et en conforte l'image qualitative par ailleurs bien écornée, hélas. Il ne faudrait pas que ce qui nous reste de charme, d'agrément et de luxe dans la profession disparaisse au seul profit du tourisme dit de masse qui ne rapporte sans doute pas autant que ce qu'il coûte à la collectivité.
Régis Bulot, président des Relais et Châteaux, avait jeté le pavé dans la mare en imposant, fort logiquement, à ses adhérents de choisir entre la double voire triple affiliation que certains établissements avaient adoptée. L'affaire alla jusqu'aux instances juridictionnelles qui donnèrent raison à l'initiateur de cette mesure : il fallait choisir Relais et Châteaux, Leading Hotels of the World, Small Luxury Hotel, Châteaux et Hôtels Indépendants, mais pas cumuler. Cela ne fit évidemment pas plaisir à tout le monde, et certains préférèrent quitter "la plus belle chaîne du monde", non sans manifester une excessive mauvaise humeur.
Cette situation ne fit pas trop de peine aux confrères américains LHW et SLH qui y virent l'opportunité d'accroître leur présence dans l'Hexagone alors que des "dissidents" se tournaient vers d'autres formules françaises.
C'est alors, à la fin de 1998, que le brillantissime cuisinier Alain Ducasse, fort de son prestige, de ses 6 étoiles Michelin et du succès de ses formules, annonça avoir "repris" la chaîne des Châteaux et Hôtels Indépendants, avec cette réflexion très "business minded" : "Aujourd'hui, les décideurs sont passés de la première classe à la classe affaires." Suivez mon regard, on frôlait la provocation. Et comme nous sommes en France, une partie des adhérents de Châteaux et Hôtels indépendants, environ 25 % soit plus d'une centaine d'hôtels, avec un ancien des Relais et Châteaux, R. Traversac, envisageaient de créer un autre regroupement refusant les méthodes proposées par les nouveaux dirigeants des Châteaux et Hôtels Indépendants.
Peut-être n'avez-vous pas tout compris ? Ce n'est pas l'essentiel. Une recomposition est en train de s'opérer dans l'hôtellerie traditionnelle haut de gamme de notre pays. Les uns et les autres sont animés de grandes ambitions qui vont forcément aviver la concurrence. Tout cela peut être positif si la compétition se déroule dans un esprit de respect mutuel et de considération réciproque. Sinon, il faudra assister, sans possibilité d'intervention, à une balkanisation de notre hôtellerie châtelaine. Ce serait dommage.
L. H.


L'HÔTELLERIE n° 2608 Hebdo 8 Avril 1999


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