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L'Evénement

IXème arrondissement de Paris

Les stationnements de la colère

Les mesures de régulation de la circulation et du stationnement des cars de tourisme sur la Butte Montmartre et les boulevards de Clichy et Rochechouart sont en place depuis le mois de novembre dernier. Ces décisions, prises de manière unilatérale, suscitent de vives réactions au sein des professionnels du tourisme, notamment chez les hôteliers.

«Gouverner, c'est prévoir ! Avec leurs décisions à l'emporte-pièce, on pourrait pourtant aujourd'hui penser que nos élus souhaitent la mort du quartier et par là même celle de nos entreprises.» Qu'il s'agisse des établissements deux, trois ou bien encore quatre étoiles implantés dans le neuvième arrondissement de la capitale, tous les patrons d'hôtels tiennent à peu de choses près ce langage depuis la mise en place des mesures de régulation de la circulation et du stationnement des autocars de tourisme dans le quartier. Et pour cause ! La mairie de Paris et la préfecture de police ont en effet décidé, à partir du 1er novembre dernier, de mettre un terme aux allées et venues incessantes de ces véhicules à la fois sur la Butte Montmartre et le long des boulevards de Clichy et de Rochechouart.

En termes clairs, le nombre d'emplacements réservés à ce type de moyen de transport a été réduit sur ces voies de plus de la moitié (50 contre 160 opérationnelles à ce jour). Le stationnement des cars est, en outre, ici désormais devenu payant tous les jours (50 francs l'heure), limité à trois heures consécutives de 9 heures à 19 heures. Enfin, la majeure partie des emplacements libérés a été restituée aux automobiles.

Des résolutions qui pouvaient sembler à première vue pleine de bonnes intentions. Finies effectivement les interminables files de bus ronronnants et polluant allègrement l'atmosphère de l'un des sites les plus touristiques de la Ville Lumière.

Annulations en série

Reste que ces décisions ont été adoptées de manière unilatérale, à savoir sans aucune consultation préalable des professionnels du tourisme. Inutile pourtant d'avoir inventé le fil à couper le beurre pour comprendre au plus vite l'impact direct de telles mesures sur le bon fonctionnement de l'hôtellerie et des restaurants de l'arrondissement. «Les hôtels du quartier, qui représentent une capacité de 8.700 chambres, réalisent plus de la moitié de leur chiffre d'affaires grâce à la clientèle d'autocaristes. La plupart des établissements accueillent en effet de 1 à 7 autocars par jour. A quoi peuvent bien alors servir 50 places de stationnement ?», clame haut et fort Madeleine Quiniou, directrice du Carlton's Hôtel. Et d'ajouter, «avec ces nouvelles conditions, les tour-opérateurs vont avoir vite fait leur calculs

D'ailleurs, les annulations tombent d'ores et déjà sur les fax des hôteliers. «Les organisateurs de voyages ne cachent pas leur désarroi. Leurs chauffeurs galèrent tellement pour trouver une place et éviter les P.V. que certains ont tout bonnement déprogrammé nos établissements», confie ainsi déconcertée Mme Callewaert, propriétaire de l'Hôtel Blanche. Parallèlement, Marie Bascoul, responsable des groupes sur Paris pour Rainbow Tours, s'adresse en ces termes à l'Hôtel Migny : «Je dois vous avouer que ces nouvelles mesures nous inquiètent beaucoup... Vous comprendrez bien que la surcharge financière imposée est pour nous un véritable «handicap» et qu'à l'avenir, nous devrons nous résoudre à mettre un terme à notre collaboration.»

Pétition

Devant la tournure que prennent les choses et à l'approche de la Coupe du monde de football, événement qui devrait générer un afflux de touristes sur Paris dont certains d'entre eux se déplaceront sans aucun doute en autocar, plusieurs hôteliers ont donc décidé de prendre le taureau par les cornes. Pas question pour eux en effet de rester muets comme une carpe.

Sous la baguette de Madeleine Quiniou, une pétition a ainsi été envoyée aux autorités concernées (ministère du Tourisme, préfecture de police, maire de Paris, maire du IXème arrondissement, député du IXème arrondissement). Une centaine d'établissements y réclament la suspension de la mesure jusqu'à ce que des moyens de substitution soient arrêtés. «Sur le fond, nous comprenons les motivations des riverains qui souhaitent voir se réduire le nombre d'autocars en stationnement. Nous pensons néanmoins que les pouvoirs publics ont une nouvelle fois mis la charrue avant les boeufs compte tenu qu'aucune solution de substitution n'a été jusqu'à aujourd'hui prévue», explique la directrice du Carlton's Hôtel. Mieux, encore ! Ils vont eux-mêmes jusqu'à proposer différentes solutions comme l'utilisation de «terrains vagues» appartenant à la SNCF situés non loin des boulevards concernés.

Du côté de l'adjoint au maire en charge du tourisme, on a reçu le message cinq sur cinq admettant que d'aucune manière ce problème de circulation ne doit désavantager les professionnels du tourisme. «L'affaire n'est pas simple car il faut trouver le point d'équilibre entre deux contradictions», précise, Jean-François Bonnet, chef de cabinet d'Alain Gaboriau.

C. Cosson

c.cosson@lhotellerie

RÉELLE DÉCEPTION

«On se demande véritablement aujourd'hui à quoi servent les syndicats professionnels !» Nombreux sont les hôteliers à se déclarer aujourd'hui déçus par leurs instances syndicales parisiennes, rue Meslay et SFH, notamment à propos de ce dossier. Et ce même si un courrier a été adressé à la mairie de Paris. Les syndicats qualifient en effet ce dossier de «politique». «Et alors !», répondent les hôteliers. «Notre combat est économique. C'est à la ville de Paris de décider si elle veut jouer la carte du tourisme et aux syndicats s'ils veulent réellement se donner les moyens de défendre ses adhérents».



Les hôteliers du neuvième arrondissement ont peur de perdre bon nombre de leurs clients.


Centrale de réservations

«Destination Paris» en cessation de paiements

A force de se faire désirer, on finit par payer les pots cassés. Alors que la centrale de réservations de place, «Destination Paris», initiée par le Syndicat Français de l'Hôtellerie, fonctionnait depuis quelques mois à peine, la société vient d'être déclarée en cessation de paiements.

L'idée de départ sortait pourtant des sentiers battus. Alain-Philippe Feutré, président du SFH et membre du directoire de la FNIH, souhaitait en effet créer une centrale de réservations pas tout à fait comme les autres pour les hôteliers de la capitale. Baptisée «Destination Paris», celle-ci s'inscrivait ainsi dans une démarche nouvelle qui privilégiait le marketing de place au détriment du marketing de réseau. «Destination Paris» devait en fait promouvoir la Ville Lumière et permettre de réserver des offres touristiques telles l'hôtellerie, la restauration, les musées... Mieux encore ! La centrale avait été conçue pour et avec les professionnels et proposait un système monétique pour les acomptes. Une caractéristique qui certes se voulait être un atout pour les utilisateurs quotidiens. Reste qu'il fallut pas mal de temps pour mettre tout le monde d'accord, boucler le cahier des charges et trouver les financements.

Fournisseurs non réglés

Après deux ans d'attente, ce n'est qu'en juin 1996, que le patron du SFH, entouré de ses actionnaires A.I.G et Gras Savoye, présentent finalement leur «bébé», dont le coût avoisine les 13 millions de francs. Réalisé par NCR France (maître d'oeuvre du système) avec Fauriel Informatique (propriétaire du logiciel), SSII EXI, SSII E.T, et Fichiers du Sagittaire, le système semble alors intéressant, doté notamment de 2.000 plans de Paris et offrant une grande souplesse d'utilisation. A en croire les «conseilleurs» de l'époque, avec «Destination Paris», les hébergeurs allaient être connectés via les GDS à 400.000 terminaux de voyages. Autrement dit, la double appartenance aux GDS ne semblait pas poser de difficultés.

A tel point que «Destination Paris» tablait sur 200 membres dès la première année d'exploitation. Va-t-on savoir pourquoi, la solution informatique définitive se fit cependant attendre encore près d'un an. Opérationnelle depuis quelques mois seulement, la centrale a certes généré des retombées dans quelques unités test. «En trois mois, nous avons obtenus 72 réservations sur Le Mansard», indique ainsi Xavier Dupain, directeur de l'établissement concerné.

A trop se faire désirer cependant, les hôteliers parisiens semblent s'être au bout du compte globalement lassés, ne sachant plus réellement à qui se fier dans cette affaire. Pire, les charges d'exploitation et les dettes se sont accumulées (le passif atteindrait plusieurs millions de francs). A noter qu'excédée, car non réglée, la société britannique HSSS, fournisseur d'accès aux GDS, a d'ailleurs récemment déconnecté les hôtels de «Destination Paris». Résultat : la société d'exploitation du système a été déclarée en cessation de paiements le 4 décembre dernier par le tribunal de commerce de Paris. Une situation financière délicate, soulignons-le, dont les membres du SFH n'avaient pas connaissance lors de la dernière assemblée générale. Aux dires de personnes proches du dossier, les actionnaires ne souhaiteraient pas remettre au pot et aucun projet n'aurait été jusqu'à présent envisagé. Tout porte donc à croire qu'une fois encore, comme les opérations du type Sésamtel ou Magellan, montées par des institutionnels, «Destination Paris» devrait être prochainement liquidée. Le logiciel retombant de fait aux mains de Fauriel. A l'heure où nous mettions sous presse, nous n'avons pas pu obtenir la position d'Alain-Philippe Feutré.

C.C.



L'HÔTELLERIE n° 2540 Hebdo 18 decembre 1997


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