Actualités

Page d'accueil
 Sommaire
du 25 mai 2006
L'ÉVÉNEMENT

LA RIPOSTE DES PROFESSIONNELS

L'ÎLE DE LA RÉUNION PLUS FORTE QUE LE 'CHIK'

À l'heure où l'épidémie de chikungunya semble maîtrisée, les professionnels du tourisme amorcent une relance de la destination Réunion pour sortir de la crise et préparer la saison 2007. Un plan qui soulève la question de l'orientation à venir de l'île en matière de tourisme et d'environnement.


Philippe Doki-Thonon (au centre) et son équipe sur le palier de son restaurant, Le Rolland-Garros à Saint-Denis.

Si vous êtes venus, c'est que vous êtes guéris de la crainte du chik, mais restez vigilants ! Vous êtes nos ambassadeurs, toute La Réunion compte sur vous." Devant 23 agents de voyages, le guide Philippe Techer reprend en détail son programme 'spécial Dalous': sortie en catamaran, randonnée au piton des neiges, visite d'une distillerie, vol en ULM au-dessus du cirque de Mafate et ti-punch de bienvenue. Soit 6 jours au pas de charge pour découvrir la région Réunion, à prix d'ami, le 'Dalou' en langue créole. Du week-end de Pâques au 15 juin, 450 agents de voyages métropolitains et leur conjoint sont logés en resorts, nourris aux boucanés de tables créoles et véhiculés à travers l'île volcanique, pour la modique somme de 200 E. Le but étant de promouvoir auprès des vendeurs de la destination réunionnaise l'image d'une île sécurisée sur le plan sanitaire et toujours plus accueillante malgré le virus du chik. L'opération, organisée par le CTR et l'Umih 974 en partenariat avec Air France et Air Austral (qui offrent les billets), a pour objectif d'amorcer un plan de relance général de la destination : 400 000 E pour l'opération Dalous plus une campagne de promotion radio-télé en métropole d'ici à la fin de l'été.


Vitrine de restaurant à Saint-Gilles-les-Bains.

"Tous unis contre le chik": la riposte des professionnels
Pour les Réunionnais, la contre-attaque s'impose : "Tous unis contre le chik", le slogan qui fleurit sur t-shirts et sacs de plage apparaît comme la première riposte des professionnels contre ce virus qui a mis leur saison à mal. Une catastrophe économique : après les annulations en masse de janvier, l'île s'est vidée de ses touristes. Comble de malchance, le cyclone Diwa a suivi et une partie de la route du littoral s'est écroulée, faisant 2 morts et plusieurs blessés. Ce tronçon qui permettait aux habitants du nord de l'île de rejoindre les plages de l'ouest en moins d'une heure a fermé 1 mois, occasionnant une perte d'activité supplémentaire pour les CHR balnéaires. Le coup de massue a été rude, l'ensemble de l'île s'en trouve sinistré : avec un poids de 360 ME, le tourisme représente le premier secteur d'activité économique réunionnais.
À Saint-Gilles et Boucan Canot, les 2 stations balnéaires les plus courues de l'île, on se relève difficilement de ce trimestre calamiteux. Pour Olivier Rosselier, responsable des 3 hôtels du groupe Bourbon, l'avenir est sombre : "Avril est un mois où l'on affiche normalement complet. Nous en sommes à 80 % d'annulations et à 300 000 E de pertes par mois." Pour surseoir à cette crise, 2 des 3 hôtels sont fermés jusqu'à juin ; sur 250 salariés, 50 sont partis en formation et 100 ont été remerciés.
Côté restauration, il est rare de trouver un établissement qui ne compte pas au moins 60 % de perte de CA. Sur le port comme en centre-ville, bars, restaurants et discothèques semblent bien vides. Pour ceux qui restent ouverts, il s'agit de capter la clientèle des concurrents désormais fermés. Dans les terres, au pied du volcan et dans les cirques, comme au sud de l'île, même constat : la saison est fichue.
À l'Umih comme au sein du Club de la grande hôtellerie, on cherche des solutions. Pour
son président Jean-Paul Bordier, la préoccupation principale reste la lutte anti-vectorielle : "L'épidémie est en fin de flambée, mais l'ensemble du secteur continue à prendre des mesures de précaution : la charte hôtelière qui a été élaborée stipule une démoustication systématique sur toute la chaîne, de la descente de l'avion à l'arrivée sur les plages, en passant par la salle de restaurant et la chambre d'hôtel, un traitement à renouveler tous les 10 jours. Cette charte a eu un effet d'entraînement sur toute l'île." Avec succès : difficile de trouver un seul moustique de l'ouest au sud, les zones les plus fréquentées de l'île. Pourtant, le bilan de cette épidémie reste lourd : 255 000 malades, 191 morts, et une stabilisation de l'épidémie à 3 000 nouveaux cas par semaine, malgré un protocole de lutte anti-vectorielle efficace : les 800 zones référencées par la Dass devraient être toutes traitées d'ici à la mi-juin 2006, soit 150 000 habitations démoustiquées par les services de l'État.
Après la lutte, l'autre priorité reste de faire tourner les établissements, alors on casse les prix : - 50 % sur les tarifs pour résidents dans la plupart des hôtels de la côte, "une façon pour nos concitoyens de redécouvrir l'hôtellerie locale", affirme Jean-Paul Bordier.  


Lors de la conférence de presse donnée par Dominique Perben pour le rétablissement de la route du littoral, le ministre de l'Équipement et du Tourisme en compagnie du préfet de l'île de La Réunion Laurent Cayrel.


À Saint-Gilles-les-Bains, l'hôtel Les Villas du Lagon est déserté par les touristes. L'établissement appartient au groupe Bourbon.

L'Umih à la reconquête de la clientèle locale
Pour Philippe Doki-Thonon, président de l'Umih 974, "attendre les aides est une gestion passive, il faut actionner d'autres leviers". Alors les initiatives affluent : les 2 000 t-shirts anti-chik ont été distribués aux adhérents, on prévoit des week-ends de jazz pour attirer la clientèle locale, et on prépare la 10e édition de la Fête de la cuisine créole. Au niveau international, le patron de l'Umih 974 s'apprête à partir en Afrique du Sud où réside une clientèle potentielle, et à Deauville en septembre pour le salon Top Resa. "Il faut adopter la positive attitude. On verra la sortie de crise en 2007 au plus tôt si notre plan de relance est efficace, affirme le patron de l'Umih. Nous voulons reconquérir notre 1er marché, la clientèle locale qui se comporte comme les Métropolitains. Sans oublier nos affinitaires qui représentent pratiquement la moitié des 430 000 touristes annuels. Nous pourrions aussi développer les marchés prioritaires allemands, italiens et espagnols, mais il faudrait des moyens considérables."
Pour tous, il reste la possibilité d'une demande d'indemnisation, dès 20 % de perte de CA et à condition d'être à jour de ses charges. Une démarche contraignante que beaucoup de patrons renoncent à effectuer en raison d'un contentieux fiscal avec l'administration. Et qui exclut les groupes hôteliers, "une hérésie", selon Olivier Rosselier : "Nous constituons un moteur pour la destination, notamment au niveau des TO. Le risque qu'on court ? Le repositionnement des chaînes sur l'île Maurice et les Seychelles, au détriment de La Réunion." Selon Jean Balandras, secrétaire aux affaires régionales de la préfecture, les dossiers de demande d'aides constituent un moyen de résister à la morosité ambiante : avec 60 millions d'euros débloqués, des versements rétroactifs, l'accès au chômage partiel et à la formation pour les employés, l'indemnisation doit aider les acteurs du tourisme ré
unionnais à sortir la tête de l'eau et conduire l'ensemble du département à une réflexion sur l'avenir. "Nous dépendons très largement du tourisme, et cette crise a montré qu'il fallait développer notre marché intérieur pour devenir le vecteur de notre propre croissance, explique Jean Balandras. La crise du chik est liée au laisser-aller environnemental, et elle se déroule au moment où doit se décider la programmation des investissements pour les 7 ans à venir. Nous devrons décliner toute la panoplie écologique." Un point de vue que partage Jean-Paul Bordier : "Au-delà de la pérennisation de la lutte contre le moustique, nous devons aussi réfléchir à proposer un produit plus attractif, notamment en sensibilisant nos concitoyens aux thématiques écologiques du traitement des déchets." Sans oublier la question des tarifs et du rapport qualité-prix. "La Réunion n'est pas une destination attractive, affirme Philippe Doki-Thonon, elle est chère comparée aux Antilles. Pourtant, notre île possède des atouts majeurs qu'il nous appartiendra de mettre en avant." À l'horizon 2007, l'engagement du tourisme réunionnais dans une politique de baisse des tarifs et de sécurité sanitaire semble la solution pour redorer le blason de l'île.  
Gaëlle Marchandise zzz99 zzz70

Article précédent - Article suivant


Vos questions et vos remarques : Rejoignez le Forum des Blogs des Experts

Rechercher un article

L'Hôtellerie Restauration n° 2978 Hebdo 25 mai 2006 Copyright © - REPRODUCTION INTERDITE


L'Application du journal L'Hôtellerie Restauration
Le journal L'Hôtellerie Restauration

Le magazine L'Hôtellerie Restauration