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du 12 janvier 2005
RESTAURATION

ALPES-MARITIMES - VAR

Les restaurateurs dans l'attente d'un nouveau décret

Protéger le littoral est une bonne chose, nous y sommes favorables. Ce que nous souhaitons, c'est de ne pas avoir à démonter à la fin de la saison les structures qui nous permettent de mener à bien nos activités", dit Jean-Pierre Manificat, vice-président de la Fédération nationale des plagistes. "C'est logique qu'une plage publique soit restituée libre en fin de saison. Mais il faudrait que le bénéficiaire d'une concession puisse posséder une partie du foncier", estime Michel Hébréard, chef de La Cabane Bambou à Ramatuelle. "Pour démonter et remonter, nous utilisons des engins lourds qui abîment les plages. En plus, cela engendre un coût d'autant plus conséquent que les opérations durent de 2 à 3 semaines", souligne Jean-Pierre Manificat, également président des plagistes de Pampelone, la plage des célébrités à Ramatuelle. Le décret en cours d'examen devrait contraindre les exploitants à démonter leur établissement à chaque intersaison sauf s'ils prouvent que le fonctionnement est assuré toute l'année. Il préciserait aussi qu'une plage ne peut être entièrement concédée, et exigerait que les concessions soient renouvelées régulièrement. "De l'avis des professionnels, la Direction départementale de l'équipement (DDE) du Var applique déjà le décret puisque tous les établissements du littoral de ce département sont priés de démonter entièrement leur structure. Ce qui ne se fait pas sans résistance." Certaines stations balnéaires donnent l'exemple, comme Saint-Maxime, voisine de Saint-Tropez, où les établissements en bord de plage, au coeur même de la localité, démontent leur installation à la fin de l'été.

Enjeux économiques
Dans les Alpes-Maritimes, de nombreux exploitants d'établissements sont inquiets, comme ceux installés sur le littoral entre Antibes et Juan-les-Pins. "Les nouveaux baux d'une durée de 6 ans, signés en juin avec la mairie, nous obligent à mettre en place des structures légères démontables. Or, nos bâtiments, édifiés pour certains dès 1920, sont en dur, affirme le propriétaire d'un restaurant entre Antibes et Juan-les-Pins. Nous sommes à 10 m de la mer. Mais derrière nous, il y a la route, la voie ferrée et des immeubles. Soit on reste, soit il faudra nous obliger à partir." Victor Bensimon, président des plagistes d'Antibes-Juan-les-Pins, est plus optimiste. Il écarte que le décret stipule la fermeture systématique des établissements à la fin de l'été. "Les villes balnéaires auront la possibilité de solliciter des dérogations auprès du ministère de l'Environnement, et ensuite, de les attribuer aux établissements", précise-t-il. La ville de Cannes a déjà obtenu ces dérogations. "On voit mal le Festival du Cinéma se dérouler sans aucune plage ouverte au public", ajoute Victor Bensimon, insistant sur les enjeux économiques des activités du bord de mer pour une région comme la Côte d'Azur. On estime que les établissements de bord de mer emploient 3 000 personnes en haute saison dans les Alpes-Maritimes et le Var. L'obligation qui serait faite de soumettre à appel d'offres les concessions chaque année, ou dans un délai de temps plus bref qu'aujourd'hui, laisse perplexe de nombreux professionnels. "Exploiter de tels établissements exige de lourds investissements. Personne ne s'y risquera s'il n'a pas la garantie d'en rester le gestionnaire pendant plusieurs années", dit Jean-Pierre Manificat, patron depuis 36 ans de la plage de l'Orangeraie à Pampelone. Il estime qu'autoriser la vente des concessions serait "une bonne chose. À l'âge de la retraite, ce serait bien que le plagiste qui a investi pendant des dizaines d'années dans son outil de travail puisse en retirer un bénéfice".

"On fonctionne encore à l'ancienne"
Mais le nouveau décret que les professionnels attendent pour février devra aussi harmoniser des situations différentes d'un département à l'autre, et même à l'intérieur d'un même département comme, par exemple, le Var. Ainsi, sur la plage de Pampelone, déclarée 'plage naturelle et remarquable', il ne devrait y avoir aucun établissement. Or, on en compte 27. "On bénéficie de l'amendement Gaïa qui a reconnu que nos établissements, implantés sur la plage dans les années 1978-1980, l'avaient été avant l'entrée en vigueur de la loi littoral promulguée en janvier 1986", dit Jean-Pierre Manificat. La municipalité de Ramatuelle avait établi un projet de réaménagement de Pampelone incluant l'État, les associations de défense de l'environnement et les professionnels. Mais tout est bloqué depuis 4 ans par une succession de procès avec un établissement. "On renouvelle les concessions année après année. Avant la loi littoral, elles étaient établies pour 15 ans. C'étaient le début des années 1950", souligne Bruno Quivy, chargé de communication à la mairie de Ramatuelle. "Il y a 35 ans, à Pampelone, les autorités laissaient faire. Du cabanon en bois, on est passé au cabanon en dur. On a installé l'électricité, le tout-à-l'égout. On s'est arrangé", dit Michel Hébréard. "C'est vrai qu'au vu des lois actuelles, on peut dire que sur certains aspects, on fonctionne encore à l'ancienne", rappelle Bruno Quivy. Dans les Alpes-Maritimes, le problème qui perdure depuis plusieurs années est d'un autre ordre. Les gestionnaires de la plupart des établissements de bord de mer sont propriétaires des murs. Les obliger à partir ou à démonter leurs structures pose la question épineuse du dédommagement. "À l'époque, on pouvait acheter nos établissements, maintenant on nous dit qu'ils ne nous appartiennent plus", dit, sous couvert de l'anonymat, le propriétaire d'un restaurant en délicatesse avec la préfecture. 

"Au vu du désastre général"
Au final, dans les Alpes-Maritimes comme dans le Var, la loi littoral est rarement remise en cause même si un rapport parlementaire de 2004 propose divers assouplissements, dont celui de "redonner aux élus le pouvoir d'élaborer une politique d'aménagement des territoires littoraux". Dans les Alpes-Maritimes, le président UMP du conseil général, Christian Estrosi, s'oppose à une quelconque modification. "S'il fallait la changer, ce serait pour la durcir", a-t-il dit lors du 20e anniversaire de la loi. Le fait qu'il soit aussi ministre délégué à l'Aménagement du territoire rassure donc les tenants du maintien de la loi.
"Au vu du désastre général généré depuis 40 ans sur la Côte d'Azur et de l'absolue nécessité de préserver ce qui peut l'être encore, je suis heureux de disposer d'une telle loi et de magistrats pour l'appliquer sans la moindre complaisance", a précisé Christian Estrosi. Promulguée plus tôt, la loi littoral aurait empêché dans ce département la réalisation de Marina Baie des Anges à Villeneuve-Loubet. Son application est à l'origine du refus de l'extension du Grand Hôtel à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

Bernard Degioanni zzz22v

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L'Hôtellerie Restauration n° 2959 Hebdo 12 janvier 2006 Copyright © - REPRODUCTION INTERDITE

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