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L'ARRIERE-PAYS NIÇOIS, DES POSSIBILITÉS À DÉVELOPPER

Une heure de voiture suffit à oublier les célébrissimes plages de la Côte d'Azur : avec des sommets à plus de 2 000 m d'altitude, les Alpes du Sud attirent les touristes tout autant que les professionnels à la recherche d'une autre qualité de vie. Leur constat : plusieurs années d'efforts sont nécessaires avant d'y parvenir. 

ArrierePaysNicois.JPG (7776 octets)"C'est évident : quand on vient s'installer à la montagne, cela signifie qu'on ne privilégie pas la question commerciale", résume Jean Alcoy qui tient depuis près de 25 ans, avec Simone Martini, le restaurant Les Molières, au pied des pistes de la station de la Colmiane. Après avoir exploité en gérance un restaurant sur le littoral, à Beaulieu-sur-Mer, ils ont décidé en 1978 d'investir dans des murs qui venaient de se construire (200 logements et une galerie commerciale) "par amour de la montagne". Même motivation pour Brigitte et Jean-Claude Thomas, qui tenaient un établissement près de Manosque, avant de s'installer à l'Hôtel-Restaurant du Boréon, à Saint-Martin-Vésubie en 1998 : "On voulait avoir plus de temps pour nous, pour nos enfants... Ici, nous avons pour clients des randonneurs ou des gens qui viennent se reposer : la clientèle est moins pressée et on travaille dans de meilleures conditions." Mais pour profiter du cadre exceptionnel, il a fallu à tous quelques années d'efforts et de sacrifices financiers.

Des difficultés imprévues
Si la proximité de l'agglomération niçoise (entre 1 heure et 1 h 30 de voiture) résout un certain nombre de problèmes (approvisionnement, embauche...), les nouveaux arrivants sont souvent confrontés à l'état de l'établissement qu'ils reprennent : "Nous ne pensions pas nous lancer dans de gros travaux, explique Brigitte Thomas. Mais quand la commission de sécurité est venue et qu'elle a listé ce qu'il fallait réaliser, nous avons eu un choc... Même si nous avons obtenu des délais, cela représentait 76 224 euros (500 000 F) à investir, sans savoir exactement quelle clientèle nous allions attirer. Nous disposions bien des bilans du propriétaire précédent, mais c'était une dame devenue veuve qui, visiblement, avait conservé le minimum d'activités." Même surprise pour Ingrid Berg, venue de Suède, pour reprendre la gérance de l'Hôtel-Restaurant de France à Sospel il y a trois ans : "Il n'y avait pas de gros travaux, c'est sûr. Mais refaire la plomberie, changer les lits et les textiles, les machines à laver... Au bout du compte, c'était encore pas mal d'argent à trouver."
Et ce d'autant que l'activité dans le haut-pays est plus saisonnière que sur le littoral : "On fait notre chiffre en juillet-août et on travaille un bon mois en février s'il y a de la neige, observe Jean Alcoy. Mais en un quart de siècle, on a perdu presque 1 mois sur l'été, les séjours sont de plus en plus courts, et les vacanciers ont tellement de sollicitations de loisirs qu'ils dépensent beaucoup moins dans les restaurants." Et aussi plus aléatoire : les conditions climatiques ont un retentissement important sur l'activité touristique. "Depuis que nous sommes arrivés, la route a été coupée chaque année, après les intempéries d'automne. On s'habitue, mais la première année, nous avons eu 3 semaines de chiffre en moins en septembre et 3 semaines en octobre. Pas facile à gérer quand on s'installe", souligne Jean-Claude Thomas.  

Trois ans avant d'être rassuré
Si les prix dans l'arrière-pays sont plus accessibles que sur le littoral, les nouveaux acheteurs ont bien du mal à évaluer l'état de l'établissement qu'ils reprennent, tout comme la clientèle potentielle. Pour Ingrid Berg, "le propriétaire cherchait un gérant parce que l'affaire avait besoin d'un nouveau souffle. Elle était au creux de la vague, a posteriori, les chiffres ne se sont pas révélés très fiables". Des propos que Patricia Floridi, chargée pour le conseil général des Alpes-Maritimes de traiter les dossiers de subventions d'hôtellerie en zone de montagne, connaît bien : "Le dispositif d'aide à l'hôtellerie existe depuis 1993, mais il a été modifié plusieurs fois sur les montants, le type de travaux qui permet d'en bénéficier et les catégories d'hôtels concernés. En 1998 et 2001, nous avons adressé une lettre à tous les hôteliers de l'arrière-pays pour les informer de ce que nous pouvions subventionner (1). Ce qui nous a permis d'avoir un inventaire de l'hôtellerie de l'arrière-pays. Lorsque les gens viennent s'installer, ils visitent souvent en été, ils trouvent que c'est formidable, mais après, il faut y vivre toute l'année. Nous leur demandons toujours quelles activités complémentaires ils comptent proposer, pour bien leur rappeler que les touristes cherchent aujourd'hui bien plus qu'un lit et un repas."
Des initiatives que les nouveaux arrivants ont bien du mal à mettre en place dès leur installation : "D'abord, on pare au plus pressé : ouvrir l'établissement et refaire une clientèle. Il nous a fallu trois ans pour pouvoir souffler un peu et commencer à penser à de nouveaux projets, remarque Jean-Claude Thomas. Maintenant, on envisage une véritable démarche commerciale ainsi que la création d'un site Internet pour diversifier la clientèle." Un délai moyen attesté par les autres hôteliers : "Au bout de 3 ans, on sait enfin si on a fait le bon choix ou non", conclut Ingrid Berg. zzz70


(1) Les travaux de modernisation, d'extension, de création ou de mise aux normes sont subventionnables jusqu'à 40 % du montant HT (dans la limite de 100 000 e/655 957 F sur 3 ans) pour tous les hôtels de tourisme de 0 à 3 étoiles, sauf pour les hôtels de chaîne.

Des aides, oui, mais comment les trouver ?

Individualistes, les hôteliers-restaurateurs ? "J'ai tout voulu faire par moi-même", confirme Jean-Claude Thomas, "cela correspond mieux à ma philosophie." Néanmoins, lorsque la commission de sécurité est passée dans son hôtel et qu'il a entrevu l'ampleur des travaux à réaliser, il a écouté le conseil du maire de la commune, également conseiller général : il a demandé des subventions aux conseils général et régional, par l'intermédiaire du service tourisme du conseil général : "Il faut faire l'avance des frais, puisque la subvention est versée sur présentation de la facture et on ne sait pas quand on va recevoir la somme. Pour nous, elle est arrivée juste à temps."
"Le problème principal est de trouver l'information", explique Richard Colson, directeur de l'Association pour le développement touristique de la Roya-Bévéra (ADTRB). "Bien souvent, celui qui s'installe ne sait pas ce à quoi il a droit, ni comment l'obtenir ; il y a peu d'interlocuteurs ayant à la fois une vue générale des subventions possibles et suffisamment de temps à consacrer à un professionnel. Notre rôle est précisément d'aider sur le terrain ceux qui sont susceptibles d'obtenir des aides en montant les dossiers, mais également en leur faisant prendre conscience du phasage : il faut s'occuper des demandes de subvention avant de réaliser les travaux, sinon, il est trop tard."


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L'Hôtellerie n° 2754 Hebdo 31 Janvier 2002 Copyright ©

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