S’engager dans la transition environnementale n’est pas forcément une question de moyens. Bien au contraire, il est possible d’y parvenir même en hôtellerie économique. Lorsque, en 2023, elle est nommée directrice du développement durable de B&B Hotels, Sophie Donabedian prend rapidement conscience des atouts du groupe : “J’ai l’habitude de dire que, du fait de son positionnement sur le segment économique, B&B Hotels est sobre par design”, explique-t-elle. L’enseigne fondée en 1990 – qui compte aujourd’hui près de 950 établissements dans 17 pays, dont 400 en France – propose en effet à ses clients une offre calculée au plus juste, tout en garantissant l’essentiel d’une nuit d’hôtel : optimisation des espaces, lits confortables, petit déjeuner buffet… “De nombreux réflexes étaient déjà ancrés au quotidien, mais il fallait structurer cette approche pour la faire décoller”, explique la directrice, qui a rejoint B&B Hotels après un parcours d’une quinzaine d’années dans l’industrie.
Autre particularité, en phase avec les enjeux de responsabilité sociétale et environnementale des entreprises (RSE), la forte identité entrepreneuriale développée par le groupe à travers son développement sur le modèle de la gérance-mandat : “Il permet à des collaborateurs de prendre la direction d’un hôtel sans apport financier. C’est un véritable accélérateur de carrières.”
Sophie Donabedian a donc pu exploiter “ce terreau fertile” pour élaborer la stratégie de B&B Hotels, en collaboration avec les équipes. “La co-construction est la partie la plus importante d’une démarche RSE qui ne peut réussir que si l’on embarque tout le monde avec nous”, insiste-t-elle. Une gouvernance se met en place, les différentes directions du groupe sont sensibilisées et un travail de cartographie précis du parc hôtelier est mené afin de prioriser les investissements à mener.
Intégrer tous les collaborateurs dans la démarche
Le groupe définit alors trois axes pour sa stratégie RSE, à commencer par le volet humain, adossé à son ADN entrepreneurial. Il s’agit de ‘donner à tous les moyens d’agir’, c’est-à-dire d’embarquer tous les collaborateurs dans la démarche. Ateliers de sensibilisation des équipes sur les enjeux environnementaux, vidéos pédagogiques sur le climat, semaines thématiques dans chaque pays, formations par métier… la démarche durable doit se vivre au quotidien, de façon “joyeuse et porteuse de sens”, plutôt qu’être une contrainte réglementaire.
Sophie Donabedian met également l’accent sur la montée en compétences, grâce aux formations réalisées avec la B&B Academy, mais aussi sur l’engagement des équipes pour la transmission et l’inclusion. “Une dizaine de réfugiés ont été accueillis en formation l’année dernière grâce à nos collaborateurs, qui sont toujours partants sur ces sujets parce que ceux-ci sont vecteurs de sens et donnent une autre coloration à leur engagement avec B&B Hotels.”
Le deuxième pilier – ‘S’adapter à notre environnement’ – a pour objectif de réduire l’impact des établissements, notamment en matière d’économies d’eau et d’énergie, et d’optimisation de la blanchisserie. Et dans un segment où chaque euro compte, la durabilité se révèle aussi un levier de performance : “Sur ces postes, les retours sur investissement n’excèdent pas deux à trois ans”, indique Sophie Donabedian. Le groupe s’est ainsi fixé des objectifs précis, notamment la réduction de moitié des émissions de CO₂ liées à ses consommations d’énergie entre 2024 et 2030.
Ouvrir "le champ des possibles"
Enfin, avec l’axe ‘Innover ensemble’, l’accent est mis sur la transformation du modèle et les nouvelles opportunités à saisir, là encore grâce à la collaboration de chacun. C’est d’ailleurs ainsi qu’est née la marque moyen et long séjour B&B Home, explique Sophie Donabedian : “J’ai été sollicitée par Vincent Quandalle [directeur général de l’enseigne, NDLR] alors que j’étais dans le groupe depuis à peine six mois, parce qu’il voulait vraiment créer un concept autour de la seconde vie et de l’écosystème local.”
Plus récemment, la directrice durabilité a souhaité engager le groupe sur le sujet de la biodiversité, grâce à une cartographie des zones sensibles pour lesquelles une démarche serait pertinente. Un projet pilote a été mis en place à proximité de Disneyland Paris, associant éco-pâturages, abris et nichoirs pour les espèces animales environnantes ou encore réduction de la pollution lumineuse… “Grâce à ce travail, nous avons élaboré un catalogue d’actions pour préserver la biodiversité, et les hôteliers peuvent y choisir des mesures adaptées à leur établissement et leur environnement. Il s’agit d’ouvrir le champ des possibles, de donner envie, pas d’être moralisateur.”
Et demain ? “Les hôtels devront devenir extrêmes sobres en énergie, en eau, améliorer la durée de vie des matériaux, favoriser la biodiversité, s’ancrer davantage dans leur territoire. Il reste beaucoup de choses à faire mais il faut rester pragmatique et transparent.”
Publié par Roselyne DOUILLET
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