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POUR SAUVER LE PATRIMOINE
FRANÇAIS
Christine Albanel veut instaurer une
taxe de 2 euros sur les nuitées des hôtels de luxe
La ministre de la Culture a évoqué l'idée de mettre
en place cette contribution afin de financer la restauration des monuments historiques
français. Ses déclarations ont entraîné aussitôt une
levée de boucliers de la part des professionnels.
En
septembre 2007, Nicolas Sarkozy avait demandé à la ministre de
la Culture et de la Communication, Christine Albanel, d'établir un rapport
sur l'état du parc monumental français afin de dresser rapidement un
état sanitaire des monuments classés et inscrits. La mission sera remplie
en décembre 2007, et donnera lieu à un document de plus de 59 pages
: un constat alarmant y est dressé. En 2002, 32 % des monuments historiques
classés sont considérés en mauvais état, voire en péril,
mais en 2007, ce chiffre est passé à 42 %. Le rapport estime le besoin
en travaux à 10,735 milliards d'euros pour l'année 2007, et de conclure
que l'effort nécessaire à la préservation de ce patrimoine ne peut
reposer sur le seul financement de l'État et doit être collectif.
Dans une interview accordée au Figaro
lundi 21 janvier, Christine Albanel explique qu'il existe un lien naturel entre
le tourisme et le patrimoine, et évalue sur la base de ce rapport à
environ 170 000 le nombre d'emplois indirects qui tirent profit de la mise en valeur
et de l'exploitation du patrimoine. Selon ces calculs, une contribution de 2 euros
par nuit dans les hôtels de catégorie au moins égale à 4
étoiles permettrait de rapporter 50 millions d'euros. Et la ministre de justifier son raisonnement : "Il y a une vraie
logique à ce financement. Près de 70 % de la clientèle de ces établissements
sont des étrangers, dont bien souvent la visite est en lien avec notre patrimoine.
Et puis 2 euros, c'est la moitié du coût d'un soda pris dans le minibar
de la chambre."
La réaction des professionnels à ces
propos ne s'est pas fait attendre. Pour André Daguin, président
de l'Umih, "la taxe de séjour est payée par l'hôtellerie, et
pas par les autres prestataires de services qui bénéficient aussi du tourisme.
Les monuments sont visités parce qu'on peut dormir pas trop loin. Toute l'économie
en profite. Les ministres de la Culture m'avaient habitué à des raisonnements
plus structurés. Celui-ci est d'une simplicité enfantine. Les principaux
intéressés n'ont même pas été consultés. Espérons
que ce soit une idée en l'air dont le propre est de retomber."
Le Synhorcat est contre
Pour le Synhorcat, il n'est
pas envisageable que ce soit aux hôtels de luxe de payer pour cela, sauf à
accentuer le poids des taxes auxquelles ils sont déjà assujettis (taxe
foncière, taxe professionnelle, taxe de séjour et autres taxes indirectes)
et à aggraver un peu plus la situation sociale de ces entreprises…
"Faire payer les touristes de nos hôtels
4 étoiles
et luxe, cela reviendrait en fait à faire payer les salariés de nos
entreprises, puisque la baisse des marges de ces entreprises se répercutera
forcément sur les investissements et les salaires. Il est donc impensable de
répercuter ce montant sur nos prix de vente. Par contre, pourquoi ne pas augmenter les taxes d'aéroport
ou le prix d'entrée dans les musées et autres sites historiques ?", déclarent
en coeur Jean-Luc Binet, vice-président du Synhorcat, et Didier Le
Calvez, président de la section des hôtels de prestige.
Pascale
Carbillet zzz36v
"Un projet
d'une platitude et d'une facilité affligeantes"
Par Michel Tschann,
président des hôteliers Nice-Côte d'Azur
La ministre devrait se souvenir que l'un
des grands principes des finances publiques est l'universalité budgétaire.
Les seuls 'bénéficiaires' taxés seraient les 4
étoiles luxe. Est-ce à dire que les clients des autres catégories
hôtelières, des résidences et de l'hôtellerie de plein air
sont des béotiens ne regardant pas le patrimoine ? Pourquoi ne pas taxer les
appareils photos qui prennent des images du patrimoine ? Pourquoi ne pas taxer les
rêveurs qui auraient l'audace de regarder plus de 5 min un patrimoine ? Pourquoi
ne pas taxer les autocars emmenant les touristes voir un patrimoine, voire la SNCF
ou les compagnies aériennes ? Pourquoi pas les éditeurs de cartes postales
? Beaucoup d'hôtels sont eux-mêmes des monuments qui enrichissent le
patrimoine national, et leurs propriétaires font de gros efforts pour les rénover
régulièrement.
Déjà une taxe de séjour
La référence au soda dans un
minibar est surprenante ! Doit-on taxer aussi les ministères pour leurs frais
de réception ? Il est vrai que les touristes ne votent pas, et cela compte,
surtout en période électorale, mais ils votent avec leurs pieds et iront
chez nos voisins, italiens, par exemple, qui ont aussi un beau patrimoine.
Les touristes paient déjà une taxe de séjour
destinée justement à financer des équipements qui leur profitent,
mais aussi à tous les citoyens. Les touristes paient également une TVA
à 19,6 % en restauration, pour laquelle le candidat, actuellement Président,
s'était engagé à faire baisser. Arrêtons d'étouffer
les entreprises ! Augmenter les nombreuses taxes déjà existantes et
en créer de nouvelles n'est pas conforme à la rupture tant souhaitée
par les forces vives du pays. L'État et les collectivités locales ont
pris la mauvaise habitude depuis quelques années de dire à leurs administrés
: payez des impôts, et après, si vous voulez un service, vous paierez
une redevance en plus." |
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L'Hôtellerie Restauration n° 3065 Hebdo 24 janvier 2008 Copyright © - REPRODUCTION
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