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Conjoncture
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Marseille tête de ligne
La croisière donne du large
Marseille est en passe de devenir le grand port de croisière qu'elle aurait
dû toujours être. Encore loin derrière Barcelone et Gênes, la ville est
aujourd'hui portée par des vents favorables. Du côté des cafés, hôtels et
restaurants, ce n'est pas encore le jackpot. Reste que, prochainement, cela
pourrait
le devenir.
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© Collection PAM - B. Babec
Le port de Marseille va dépenser 60 MF pour construire d'ici fin 2003-début
2004, un nouveau poste à quai
Dans un pays où les
querelles de clocher font rire toute la France, un sujet fait consensus : celui des
croisières. Y compris chez Patrick Menucci, président du Comité régional du tourisme
et opposant socialiste au sénateur maire de Marseille, Jean Claude Gaudin. "Les
croisières, j'y crois... A condition que l'on débloque le dossier de la gare maritime.
Tant qu'on ne pourra pas présenter un terminal digne de ce nom, il sera difficile de
faire sérieux." Il enfonce le clou là où ça fait mal. Pour le moment, les
gros paquebots font escale au môle Léon-Gourret, dans un no man's land étrange, à
quelques kilomètres du centre. Séduisant pour ceux qui aiment les lieux décalés, pas
forcément adapté aux attentes du croisiériste. Après avoir remis 4 fois sa copie sur
le métier pour la faire coller aux souhaits des compagnies maritimes, le Port attaque les
travaux à l'automne pour une ouverture fin 2002. Coût de l'investissement, 71,5 MF pour
une gare maritime de 6 231 m2, sur 2 niveaux, conçue comme une... aérogare et capable de
traiter 3 000 passagers 'in' et 3 000 passagers 'out' en simultané. Avec quelque 50
comptoirs d'enregistrement, tapis à bagages, services de location de voitures, bars,
trottoir roulant sous galerie couverte entre le môle et la gare, etc. Ce n'est pas tout,
le Port va dépenser 60 MF pour construire, d'ici fin 2003-début 2004, un nouveau poste
à quai. Du coup, le môle Léon-Gourret pourra accueillir 2 paquebots sans limites de
taille ou 3 de moyenne dimension. Cet équipement s'ajoute aux deux autres gares : celle
du J4, à deux pas du Vieux Port, pour les unités de moins de 150 m, celle du Cap Janet,
pour les moyennes unités de 150 à 250 m. Soit, bientôt, un potentiel de 10 bateaux en
simultané. Pas mal pour un port dont l'activité croisière était quasiment nulle en
1992. A cette date, elle représentait 8 500 personnes. Elle est aujourd'hui de près de
220 000 personnes, plus de 200 escales dont 140 possibilités d'embarquement. Jacques
Truau, président du Port, table même sur 500 000 passagers en 2005. Les raisons qu'il
invoque - développement du marché, investissements, impact du TGV Méditerranée,
consensus politique et économique - semblent partagées par les compagnies maritimes
Costa, Festival, Nouvelles Frontières, Croisifrance, MSC... qui renforcent Marseille
comme tête de ligne.
Croisière inaugurale pour l'European Vision de Festival
Le symbole de cet essor est le choix, par Festival, de faire partir de Marseille la
croisière inaugurale de son dernier-né, l'European Vision. Ce navire de 251 m, 1 500
passagers et 711 membres d'équipage, a été fêté par 7 000 personnes le 29 juin
dernier... quelques jours seulement après le lancement du TGV Méditerranée. La
coïncidence n'est pas fortuite. Il fera escale à Marseille tous les samedis jusqu'en
novembre. Son 'sister ship', l'European Stars, livré en mars, fera de Marseille sa tête
de ligne tous les samedis. Au total, avec 3 navires, Festival totalise cette année 100
000 passagers et 70 escales, la moitié de l'activité du Port. Il table sur 30 % de mieux
en 2002, en partie grâce au TGV qui, selon Nicolas Devigne-Lafaye, directeur du
marketing, "permet de résoudre le problème de l'accessibilité du marché
français à la croisière". Autre bonne nouvelle, Festival pourrait dès l'an
prochain organiser des formules mixtes combinant 1 semaine en mer et 1 semaine à terre.
'Seule' difficulté signalée par Nicolas Devigne-Lafaye, "une capacité
hôtelière insuffisante en hôtels 4 étoiles". Le problème n'est pas nouveau,
mais en période de boom touristique, il devient d'autant plus évident que les projets
Hôtel Dieu et Park Plaza semblent enterrés.
Marseille, Cannes et Nice
Chez Costa (50 000 passagers en transit, 4 000 à 5 000 Français à l'embarquement),
premier grand opérateur à avoir proposé des embarquements hebdomadaires à Marseille,
en 1996, les prévisions sont à la hausse : + 35 % en 2003, selon Mario Martini,
directeur général. Le croisiériste mettra en service un deuxième navire au départ de
Marseille et augmentera encore son offre en 2004... parallèlement à celle qui est
proposée au départ de Cannes (22 000 passagers en transit, 3 000 embarquements en 2001).
Bien que les grosses unités mouillent au large, Cannes est, pour Costa, un candidat
sérieux. Depuis 2 ans, un navire escale tous les mardis. C'est le signe qu'il y a de la
place pour plusieurs ports français. Nice, par exemple, qui va construire des
équipements inscrits au contrat de Plan pour accueillir les grosses unités à quai. Son
trafic pourrait alors exploser et passer de 50 000 croisiéristes à plus de 400 000
d'ici... 2012. L'hypothèse n'est pas impensable quand on sait que le marché de la
croisière s'emballe en Europe : ces dernières années, il s'est accru de 15 à 16 % et
l'association MedCruise prévoit un doublement du marché tous les 5 ans lors de la
prochaine décennie. A ce tarif-là, tout le monde y gagnera. Marseille, peut-être plus
qu'ailleurs, tant le consensus entre la Ville, la chambre de commerce et le Port semble
étroit.
Le consensus gagnant
En 1996, ils sont passés ensemble à l'offensive en s'associant au sein du Club de la
Croisière. Objectif : promouvoir l'escale, améliorer l'accueil des passagers à quai et
dans la ville, et enfin, adapter les installations et les services portuaires à l'accueil
des navires. Coordonnant les actions, il propose (organisateur office de tourisme) un
marché provençal et une hôtesse d'accueil à chaque escale, édite le Guide du
shopping, participe au Sea Trade de Miami ou de Gênes... Pour Maxime Tissot,
directeur de l'office de tourisme, "la réactivité des responsables politiques et
économiques a permis à Marseille de se positionner par rapport à Toulon et Nice".
La réalité est un peu plus éloignée. Si Mario Martini remercie avec sincérité les
autorités marseillaises de leur aide, c'est l'argument commercial qui a fait mouche.
"Nous avons décidé de faire embarquer nos passagers à Marseille, car nous
pensions que la publicité que nous faisons sur le marché français allait porter ses
fruits. Il était logique de choisir un port français comme tête de ligne. Ce n'est pas
Marseille qui nous intéressait, c'est la France. Ce n'est que plus tard que nous avons
remarqué l'attrait touristique de la Provence pour les passagers italiens et, surtout,
espagnols."
Et les professionnels ?
Boostée par l'arrivée du TGV Méditerranée et l'envol de ce type de tourisme, la
croisière, avec Marseille en tête de ligne, pourrait bénéficier à l'hôtellerie
marseillaise par l'intermédiaire des pré et postacheminements. Pour le moment, on en est
aux balbutiements. Marc Thépot, président des hôtels de chaîne au CHR 13, commente :
"Le marché pourrait éclater en 2003, quand Festival aura renforcé ses positions
sur Marseille et que le travail de prospection sur le marché américain aura porté ses
fruits." Maxime Tissot parle même du "choc Festival". Reste
cependant à construire un produit hôtel + séjour + bateau. Cela ne devrait pas tarder.
Pour preuve, le groupe Accor est membre du Club de la Croisière et fait sa pub sur la
nouvelle plaquette 'Croisières via Marseille'. Autre retombée, les dépenses des
passagers en excursion pour une journée. Une étude est en cours. Elle devrait conforter
l'approche de Maxime Tissot selon laquelle 60 % des passagers restent à Marseille - les
autres partant en excursion à Aix, Arles ou Avignon - et dépensent essentiellement en
shopping. Il n'en reste pas moins vrai que ce qui est bon pour la croisière est bon pour
l'image de Marseille et de la Provence, donc pour le tourisme de loisirs et d'affaires.
D. Fonsèque-Nathan z
| 4 questions à Jacques
Truau, président du Port autonome de Marseille 
© Collection PAM
L'Hôtellerie : Quelles sont les raisons de l'embellie
marseillaise ?
Jacques Truau : Le marché de la Croisière en
Méditerranée se développe. Il devrait doubler d'ici 5 ou 6 ans. Dans le cadre du Club
de la croisière, nous avons engagé une politique très agressive qui met en avant nos
atouts. Le Port investit en outre plus de 130 MF dans une gare de 6 000 m2 aux normes US,
ainsi que dans un terminal croisière, le môle Léon-Gourret, capable d'accueillir, d'ici
2003-2004, et de traiter 2 gros navires en tête de ligne. Autre atout, l'adossement à
des moyens d'acheminement comme l'aéroport ou le TGV, à 3 h 20 de Roissy-CDG, qui
pourrait, d'ici 2004-2005, arriver à quai. Cinquième facteur, le consensus qui règne
ici. Enfin, la saturation de Gênes et Barcelone.
L'Hôtellerie : Quels sont vos prévisions ?
Jacques Truau : Partis d'un trafic quasiment nul en 1992,
nous avons réalisé 170 000 passagers l'an passé, dont 15 % en tête de ligne. Cette
année, nous tablons sur 220 000 passagers, dont près d'un tiers en tête de ligne. L'an
prochain, l'European Stars (1 550 passagers) de Festival fera escale tous les samedis. Au
total, cet armateur devrait faire près de 150 000 passagers dont 60 % en tête de ligne.
L'Hôtellerie : L'objectif de 500 000 passagers est-il
réaliste ?
Jacques Truau : D'ici 2005, nous devrions y parvenir. Nous
serons alors quasiment au niveau de Barcelone.
L'Hôtellerie : Quel est votre positionnement par
rapport à Nice ?
Jacques Truau : Nice n'est pas un concurrent pour nous. Il
a des atouts pour l'escale ou le transit, pas pour la tête de ligne. |
Christian Rochette, directeur de la communication chez Nouvelles Frontières
Le tour-opérateur se lance dans la croisière en Méditerrannée, après
avoir démarré cette activité dans les Caraïbes voici 4 ans. En 2001, son Van Gogh (580
places) fait embarquer ses passagers à Marseille, histoire de tater le marché et, "parce
qu'avec le TGV, l'accès est facile". Pour le TO, "notre but est
d'amener une nouvelle clientèle qui ne pensait pas à ce mode de vacances en lui montrant
que ce n'est pas plus cher qu'un hôtel, voire moins onéreux". Pour lui, c'est
évident, "Marseille a tous les atouts pour concurrencer Barcelone du point de
vue touristique. Il suffit qu'elle en ait vraiment la volonté, qu'elle aille voir
ailleurs ce que les autres font, privilégie le piéton à la voiture et cesse de prendre
les touristes pour des pigeons en augmentant les prix en période estivale". |
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L'Hôtellerie n° 2730 Hebdo 9 Août 2001

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