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du 15 mai 2008
L'ÉVÉNEMENT

JEAN-LOUIS BORLOO VEUT RENDRE LES ÉTHYLOTESTS OBLIGATOIRES DANS LES DÉBITS DE BOISSONS

Éthylotest pour tous : appelez-moi "oui mais"

Une fois de plus, la profession subit le fait du prince : rendre obligatoire l'installation dans un débit de boissons d'un éthylotest. Le principe a été lancé par Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie et de l'Aménagement du territoire, au lendemain du pont du 8 mai.

Sur le principe, tout le monde est d'accord : un conducteur ne doit prendre le volant de son véhicule qu'en pleine possession de ses moyens. Et tout individu normalement constitué ne peut qu'adhérer au précepte. Oui mais… Car il y a "oui mais", parce que la vie, et tout ce qui la compose du début à la fin n'est pas le long fleuve tranquille, rempli de parapluies, auquel notre société aspire. Ainsi, vouloir mettre un éthylotest dans tous les débits de boissons est une profession de foi gorgée de bonnes intentions, voire une excellente chose, qui mène toutefois au "oui mais". Jean-François Girault, avant d'être le président national de la Confédération des professionnels de l'hôtellerie et de la restauration (CPIH), a été président de la Sarthe. Il connaît parfaitement tous les bonheurs et toutes les dérives liés au monde de la mécanique, entre les 24 heures du Mans auto et moto, sorties de boîtes, vies rurale et urbaine toutes générations confondues…

Colère et étonnement
Après l'annonce effectuée par le ministre de l'Écologie et de l'Aménagement du territoire, Jean-Louis Borloo, le président de la CPIH avoue éprouver un mélange de colère et d'étonnement : "D'un côté, c'est une nouvelle bombe, un coup supplémentaire pour nos professionnels déjà pénalisés dans leur activité par l'augmentation du prix des produits de consommation courante et la nouvelle législation antitabac, qui va amputer la trésorerie des entreprises d'environ 2 000 euros, et de l'autre, qui va aboutir au bon vouloir du client sans aucune obligation de résultat. Même si le consommateur fait le test et qu'il ne peut pas conduire, personne dans l'établissement n'est en droit de l'empêcher de reprendre son véhicule. Car ça aussi c'est la réalité. On ne peut pas demander les clés. On ne peut pas se substituer à la police ! Je vous rappelle que nous n'avons pas ce pouvoir." À chacun son rôle, effectivement. Jean-François Girault insiste. Le principe du contrôle, s'il devait avoir lieu, "devrait être effectué avant d'entrer dans l'établissement", lâche-t-il mi-amer, mi-révolté. "On nous reproche le dernier verre, sauf que ce dernier verre n'est pas forcément bu chez nous. Donc, si l'on veut vraiment aller au bout de l'idée, c'est en entrant qu'il faut souffler dans l'éthylotest. Sauf que la loi ne nous en donne pas les moyens, dans ce cas, d'interdire l'entrée de nos établissements." Effectivement. Le principe posé par Jean-Louis Borloo, qui devait être rendu obligatoire lors du premier jet dès cet été, et qui a été repoussé par clairvoyance demande quelques précisions.

Pour une concertation
La position du Synhorcat rejoint l'analyse. Didier Chenet se dit favorable, mais a demandé qu'une concertation puisse avoir lieu. "Le Gouvernement se trompe de cible, en s'en prenant une nouvelle fois aux seuls professionnels des cafés, bars, qui ne représentent pourtant qu'environ 15 % des ventes d'alcool en France, le reste étant vendu par la grande distribution - dont de nombreux relais se trouvent dans les stations-service. Or, cette nouvelle obligation vient s'ajouter aux nombreuses autres contraintes que connaissent depuis quelque temps ces établissements, rendant leur exploitation de plus en plus difficile. Le Gouvernement a confondu vitesse et précipitation en annonçant une mesure incomplète qui ne prend pas en compte tous les aspects de la situation." Questions subsidiaires : "Quid du rôle et de la responsabilité des patrons d'établissements par rapport à l'utilisation de cet appareil et aux résultats qui en découleront ? Quid du financement, de la gestion et de leur maintenance ?" On est, c'est vrai, sur des montants à quatre chiffres sans retour sur investissements, même humain. Souffler dans l'éthylotest est une chose, ne pas reprendre son véhicule ensuite en est une autre…

"Nous ne sommes pas des boucs émissaires"
Autre réaction dans ce sens, celle bien sûr de la Fagiht et de son président, Jacques Jond : "Hier, l'interdiction de fumer dans les bars ; aujourd'hui l'éthylotest obligatoire. Les causes sont de bonnes causes (cancer, alcoolémie, accidents de la route)." Oui mais… "À quoi serviraient donc les syndicats s'ils ne rappelaient pas que la démagogie est source des pires errements et injustices ? La réduction du nombre des victimes sur les routes est depuis des années un grand succès. Il faut tenter de le prolonger et d'ailleurs il se prolonge." Et de préciser qu'il faut cesser de faire des cafetiers, des discothécaires et autre débitants de boissons des "boucs émissaires permanents, montrés du doigts, et demain chargés à grands frais d'assurer l'ordre public". Car c'est la réalité. Ce n'est pas à la profession d'assumer ce rôle. Le permis de licence va dans ce sens. L'Umih, qui a réellement bataillé pour la mise en place de cette "étape professionnelle", a donc apporté un élément juridique de taille face à tous les "oui mais". Sur le terrain, les interrogations continuent pourtant d'affluer : "quelle catégorie d'éthylotest allons-nous devoir utiliser ?" Il en existe en effet plusieurs. "Dans quelles conditions d'accès devront-ils être proposés ?", "Sera-t-il gratuit ou non pour l'utilisateur ?", "Un restaurateur gastronomique devra-t-il se plier à cette mesure ? Réponse normalement en janvier 2009, date fixée - après réflexion - par le Gouvernement pour l'entrée en mesure de la mesure.  

"Seulement 15 % des ventes d'acool"
Pour l'instant, le président de la rue d'Anjou, André Daguin, préfère s'en tenir aux éléments palpables du dossier : "Nous voulons démystifier la lutte contre l'alcoolisme. Je vous rappelle que notre secteur représente seulement 15 % des ventes d'alcool. L'éthylotest est en soit un rempart contre l'alcoolisme, mais si on le rend obligatoire, il doit être accompagné d'aides. Nous sommes pour la responsabilisation individuelle. Vous savez, un établissement équipé, c'est un argument de vente. Il y a trois ans qu'on y travaille par la persuasion, et c'est vrai que le caractère obligatoire compromet." Bien vrai, puisque quelque 300 établissements de l'ouest de la France ont effectivement joué le jeu et en sont satisfaits.
Sylvie Soubes zzz74v

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L'Hôtellerie Restauration n° 3081 Hebdo 15 mai 2008 Copyright © - REPRODUCTION INTERDITE

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