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L'histoire de Frédéric Morel et
de Muriel Meurice n'est pas banale. Après avoir vécu et travaillé
en Californie, ils se sont retrouvés piégés par la Convention
de La Haye sur les aspects civils de l'enlèvement international d'enfants.
Pour prévenir plutôt que guérir, ils ont accepté de nous
la raconter.
Nelly Rioux
La Californie,
ce n'était pas l'Amérique
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Muriel Meurice et Frédéric Morel,
gérants de la filiale parisienne de Pointex, ont retrouvé aujourd'hui
la sérénité, entourés de leurs 5 enfants.
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Vous
êtes jeune et vous rêvez de faire carrière en Amérique, et
peut-être plus particulièrement en Californie… Une belle idée
qui peut pourtant se transformer en cauchemar si, une fois sur place, vous pensez
avoir rencontré l'âme soeur que vous épousez et avec laquelle vous
avez des enfants… Lorsque l'on décide de partir vivre quelque temps aux
États-Unis, il est préférable de ne pas le faire n'importe comment.
Mais lorsque l'on suit un compagnon qui est assuré d'avoir un travail bien
rémunéré, on ne se pose pas tellement de questions. Et lorsque 10
ans plus tard, on rentre en conflit avec ce même homme, que l'on a épousé
entre-temps sous le régime américain de la Communauté, les choses
se compliquent sérieusement, surtout si l'on a eu, de surcroît, un enfant…
C'est ce qui est arrivé à
Muriel Meurice qui, parce qu'elle a dû fuir avec ses enfants un pays où
elle n'avait pas de "légitimité", s'est retrouvée "condamnée
à retour immédiat d'enfants" en juin 2005. En vivant à l'étranger,
on est soumis, pour un grand nombre de situations, aux règles de droit international
privé édictées principalement par les Conventions de La Haye. Par
exemple, celles-ci formalisent tout ce qui touche aux procédures civiles :
reconnaissance des divorces, protection des mineurs, adoption internationale et
enlèvement international d'enfants… Rentrée en conflit avec son
mari, Muriel Meurice pensait bien faire en
quittant les États-Unis où elle travaillait depuis 10 ans alors qu'elle
n'avait aucune légitimité pour le faire, et peu de moyens financiers pour
faire face à des procédures juridiques extrêmement onéreuses.
À peine rentrée en France, où elle n'a alors plus aucune identité
(plus de numéro de Sécurité sociale, sans emploi…), son mari
l'assigne pour enlèvement d'enfants. Car - et c'est ce que dit la loi - l'avenir
d'un enfant dépend des lois du pays où il a vécu les 6 derniers mois
de sa vie… Accusé de ""domestic
violence"
Pour Frédéric
Morel, le cauchemar est d'un autre ordre. Il vit en Californie depuis plus de 7
mois lorsqu'il rencontre une Française qui - mais il ne le sait pas encore - est interdite de séjour. Il a un enfant avec elle et l'épouse. Les relations
du couple se détériorent, et sa femme l'accuse auprès des autorités
locales de "domestic violence". En Californie, un simple appel téléphonique à la police
pour ce type de plainte permet de jeter quelqu'un en prison. Après, pour se
sortir des arcanes judiciaires, il faut être bien conseillé et avoir
d'importants moyens, ce qui n'est pas toujours évident dans un pays étranger.
Alors qu'il se débat dans un imbroglio juridique, son chemin croise celui de
Muriel, et c'est ensemble qu'ils vont entreprendre la reconstruction d'une nouvelle
vie. Tous leurs biens ont été perdus, et après avoir décidé
de rentrer en France, ils repartent, l'un comme l'autre, de zéro. Aujourd'hui,
ils ont retrouvé la sérénité, entourés de leurs 5 enfants.
Ils gèrent ensemble la filiale parisienne de Pointex, l'un des leaders des
systèmes informatiques pour la restauration. La bataille juridique aura duré
3 ans et n'est pas encore terminée puisque Muriel est toujours en attente du
jugement en cassation qui devrait être rendu d'ici à quelques mois,
et Frédéric espère que le jugement pour la garde réclamée
de sa petite Manon lui sera favorable.
n
zzz99
CONFIDENCES
MURIEL MEURICE EN
TÊTE-À-TÊTE
L'Hôtellerie Restauration
: En quittant l'école hôtelière à 19 ans, vous avez immédiatement
travaillé pour Jean Maillan, une figure de la gastronomie bruxelloise. Qu'est-ce
qui vous a le plus marqué dans cette expérience ?
Muriel Meurice :
Jean Maillan était pour moi le précurseur de la restauration 'tendance'.
Il était toujours en avance sur tout le monde. Il savait s'entourer de personnes
compétentes et recherchait les chefs les plus en vogue pour médiatiser
ses établissements. Tous ceux qui ont travaillé avec lui ont énormément
appris.
L'H.R. : Vous étiez la copropriétaire et gérante du Miravile.
Quel souvenir en gardez-vous ?
M.R. :
Le Miravile fonctionnait de façon très harmonieuse.
C'était un restaurant très facile à tenir, et j'ai eu de grandes
satisfactions. Je pouvais mettre en Ïuvre mes idées, c'était très
agréable. Vous quittez la France en 1994 pour partir vivre en Californie.
Qu'avez-vous préféré dans ce pays, qu'avez-vous détesté
? Les États-Unis - et plus particulièrement la Californie
-, c'est un pays où tout est rapidement possible. Vite fait, bien fait, sans
être compliqué. Quand tout se passe bien, c'est super, mais c'est valable
également quand tout va mal. C'est pour ça qu'il y a aussi beaucoup
de gens paranoïaques, c'est compréhensible. Les
Américains
sont élevés dans la culture du procès, ils ont peur de tout. Résultat
: on est loin du rêve américain car ce n'est pas le pays de la liberté.
L'H.R.
:
En 2004, vous rentrez en France pour fuir l'homme que vous
avez épousé et avec qui vous avez eu une petite fille. Alors que vous
posez le pied dans l'Hexagone, il vous assigne en justice pour enlèvement d'enfants.
Comment cela est-il possible ? Quels conseils pourriez-vous donner aux personnes
qui souhaiteraient partir aux États-Unis pour y poursuivre leur carrière
professionnelle ?
M.R. :
Aux États-Unis, il y a kidnapping à partir du moment
où l'un des parents quitte le lieu de résidence avec l'enfant sans l'autorisation
de l'autre parent. Le père de ma fille m'a accusé d'avoir déplacé
notre enfant de son lieu de résidence (le lieu où l'enfant a résidé
les 2 dernières années qui précèdent l'événement),
et donc, de l'avoir enlevée. Il faut savoir que dans ce pays, il est toujours
possible d'établir des contrats entre les personnes en cas de conflits. C'est
certainement la meilleure solution. Lorsqu'il s'agit d'une garde d'enfants, on peut
la régler par ce type de contrat, via un juge, en décidant au préalable
des modalités, de la pension, etc. Nous, Européens, n'avons pas cette
mentalité ; les Américains, oui. À ce moment-là, je n'avais
pas cette information, et je ne l'imaginais même
pas.
Je crois qu'il faut dire à ceux qui veulent s'installer là-bas qu'il
est impératif de s'adapter au système américain si l'on veut vivre
aux États-Unis. Il faut toujours imaginer le pire, ne pas être romantique
et avoir des rêves…
L'H.R.
:
Et aujourd'hui, en avez-vous encore ?
M.R. :
Oui, pleins ! D'abord parce que c'est dans ma nature de me battre.
Ensuite parce que grâce à mon expérience en restauration, j'ai
aujourd'hui à nouveau un travail qui marche très bien et qui me permet
de proposer des produits totalement personnalisés et performants à mes
clients restaurateurs. Qui mieux que moi peut comprendre leurs contraintes ? La
restauration a toujours fait partie de ma vie, alors dans un restaurant ou dans
une société d'informatique pour la restauration, je suis dans mon élément
! Et je suis tellement heureuse de m'en être sortie que j'apprécie chaque
jour tout ce que j'ai aujourd'hui, tout ce que j'ai pu reconstruire. Mon fils Maxime,
qui a 17 ans, suit notre chemin puisqu'il vient de démarrer un contrat d'apprentissage
en alternance en cuisine au Plaza Athénée, et Johan, le fils de Frédéric,
est au lycée Guillaume Tirel (anciennement École hôtelière
Jean Quarré) pour un BEP en salle. J'ai encore envie d'avoir un restaurant
à moi. J'espère bien y arriver. Et puis je prépare avec Frédéric
un livre sur cette histoire qui, je pense, aurait pu très mal finir. Comme
quoi il faut toujours garder un espoir et avoir des projets. C'est ça
le plus important. zzz22v |
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L'Hôtellerie Restauration n° 3006 Magazine 7 décembre 2006 Copyright © - REPRODUCTION
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