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Dossier
Fumage des viandes et des poissons
Des plus-values à la carte
Viandes et poissons fumés sont très appréciés de la
clientèle en restauration. Assurer un 'fumage maison' est très valorisant pour l'image
de marque d'un restaurant, et très intéressant en termes de coût matière. Satisfaire
ses clients en améliorant son ratio coût matière : une solution particulièrement
séduisante.
Dossier réalisé par Bernadette Gutel
Le restaurant Marty, avenue des Gobelins
à Paris, prépare lui-même son saumon fumé depuis près d'une vingtaine d'années. Ce
produit "fumé par nos soins" est tranché en salle sur une planche
réfrigérée. Il est servi accompagné de toasts de pain au levain. Il est proposé dans
le cadre du menu à 33 e, et à la carte au prix de 13 e. "Les propriétaires de
l'établissement ont choisi de fumer sur place leur saumon, explique Thierry Colas,
chef de cuisine du restaurant Marty depuis 2 ans, pour des raisons économiques, mais
aussi parce qu'ils voulaient proposer à leurs clients un produit à leur convenance.
Résultat, nous vendons beaucoup de saumon fumé. Je fume 6 filets tous les 2 à 3 jours.
Nous fumons une matière première de qualité : du saumon d'Ecosse Label Rouge."
Thierry Colas a appris à fumer le saumon au restaurant le Louis XIII à Paris. Au Marty,
il applique la même recette. Il sale le saumon avec un mélange de 4 kg de sel, 2 kg de
sucre, 100 g de poivre mignonnette et 3 fleurs de badiane (pour 6 filets) pendant 12
heures. Après séchage, il le fume dans un fumoir Gudin
pendant 12 heures environ. Cette opération est effectuée dans un office hors de la
cuisine, et la fumée est directement évacuée dans la cheminée.

Thierry Colas, chef de cuisine au restaurant Marty à Paris, fume 6 filets de
saumon tous les 2 à 3 jours.
Saumon et magret de canard
Au Restaurant le Sud-Ouest à Paris, Gérard Constiaux fume du saumon mais aussi du magret
de canard. "J'ai acheté un fumoir, il y a une bonne dizaine d'années,
explique-t-il, car fumer soi-même est très économique. Il faut dire que pour arriver
à proposer à Paris une formule à 33 e comprenant apéritif, entrée, plat,
dessert, café et boisson, il faut trouver des solutions judicieuses, surtout si l'on veut
offrir une prestation de bonne qualité organoleptique. Alors, je fume moi-même mon
saumon et mes magrets et j'achète des canards entiers. Je passe 400 kg de canard cru par
semaine. Ainsi, je peux composer des entrées à la fois copieuses, savoureuses et d'un
faible coût matières premières." Gérard Constiaux a acheté un fumoir Gudin
qui permet de fumer 6 à 8 filets de saumon à la fois. Les saumons salés au sel de
Guérande sont mis à fumer le jour pendant 1 h 30-2 heures dans la journée. Les magrets
sont fumés la nuit pendant 4 à 5 heures. Il suffit de mettre la quantité de sciure
juste nécessaire. Dans les deux cas, le fumage s'effectue dans la cuisine. Le fumoir à
roulettes est déplacé à proximité de la hotte afin de canaliser la fumée.
En Vendée, Charles Pelletier, de la Cuisinerie Gourmande des Provinces Françaises, Chez
Charles, fume également saumon d'Ecosse Label Rouge et magrets de canard. "J'ai
fabriqué moi-même mon fumoir, en béton, à proximité de mon établissement, confie-t-il.
Pour obtenir de bons résultats, j'ai veillé à ce que la fumée soit bien brassée à
l'intérieur avec un système de ventilation programmé." Pour le salage, Charles
Pelletier utilise du sel de Guérande. "Ce sel, explique-t-il, riche en
iode et autres oligoéléments, laisse un goût de terroir typé différent de celui que
transmet le sel de Noirmoutier ou le sel de la Méditerranée. Chaque sel marin présente
en effet un goût bien particulier." Charles Pelletier fume également de la
truite saumonée, des maquereaux et du lieu jaune. "Le lieu jaune fumé est
excellent, dit-il, mais il ne tient pas bien à la coupe et il doit être utilisé
dans les 24 heures. Je le propose en salade."
| Pourquoi fumer soi-même
? |
n Pour servir à ses clients :
w un produit de bonne qualité et personnalisé
w un produit authentique
w un produit original n
Pour optimiser ses coûts matières premières (lire tableau Le prix de revient de
votre saumon fumé en p. 117)
w Pour renforcer son image de marque et développer sa
notoriété
n Pour former et motiver son personnel |
Foie gras, jambons et saucisses
Si François Blanc, du restaurant Les Flots Bleus à Ivoire à côté de Thonon-les-Bains,
fume foie gras, jambons, poitrine et saucisses, c'est pour des raisons économiques et
organoleptiques comme ses confrères, mais aussi dans un but pédagogique. "J'accueille
chaque année au moins 4 stagiaires, explique-t-il. Je veux les intéresser à
notre métier et leur faire découvrir les traditions. J'aime mon métier et ça me fait
plaisir de transmettre et partager mon savoir-faire. Par ailleurs, comme mes stagiaires
ont appris la technique du fumage, ils sont en mesure de raconter à mes clients ce que
nous faisons. C'est un plus pour notre image de marque et la notoriété de notre
établissement." François Blanc s'est équipé d'un fumoir roulant Alto-Shaam pour fumer son foie gras et son saumon.
Et pour fumer jambons, poitrine et saucisses, il a construit lui-même un fumoir à
l'ancienne. "Si l'on décide de fumer comme je le fais, explique-t-il, il
faut s'équiper de fumoirs performants et travailler des matières premières de grande
qualité. Le saumon que je fume est du saumon d'Ecosse Label Rouge, les jambons
proviennent de porc Label Rouge. J'achète du foie gras sous vide Festin de France."
François Blanc fume chaque année 130 jambons qu'il fait ensuite sécher pendant 6 mois
à l'air de la montagne. Il propose l'Assiette de jambon cru légèrement fumé par nos
soins et séché à la montagne au prix de 11 e et la Trilogie de foie gras (nature, fumé
et poêlé) au prix de 19 e.

François Blanc, chef et propriétaire du restaurant Les Flots Bleus à Ivoire,
fume jambons, saucisses et saumon.
Ribs à l'américaine
A La Folie Douce et à La Fruitière, les deux restaurants d'altitude de Val-d'Isère,
Jean-Luc Reversade tenait à inscrire à sa carte des ribs 'authentiques', préparés
selon la véritable recette américaine. N'ayant pas trouvé en France de ribs à sa
convenance, il a décidé de les cuire et de les fumer lui-même. "Les ribs étant
une spécialité américaine, explique-t-il, j'ai choisi de m'équiper d'un
matériel américain conçu pour ce type de préparation. J'ai donc acheté un fumoir
Alto-Shaam qui permet de réaliser cuisson à basse température et fumage. Comme aux
Etats-Unis, j'utilise pour le fumage du bois d'hickory fourni par Alto- Shaam. J'obtiens
ainsi des ribs moelleux et tendres dont la chair se détache facilement quand on les
déguste et au goût de 'fumé' caractéristique. De plus, c'est très rentable. Un ribs
cru de 600/650 g coûte environ 2,50 e HT et je le propose à ma carte à 16 e.
Il faut juste rajouter au prix de revient le coût d'une poignée de sciure d'hickory et
les frais d'électricité qui ne sont pas élevés, la cuisson et le fumage se faisant la
nuit." Chaque soir, le chef programme la cuisson basse température/fumage pour
une trentaine de ribs. Le lendemain matin, ils sont prêts à être servis. Sur cet
appareil, la programmation se fait au degré et à la minute près. Mettre au point le
process de cuisson (temps/température) et de fumage a demandé à Jean-Luc Reversade des
recherches approfondies. "Mais la principale difficulté, confie-t-il, est
de trouver sur le marché des ribs bien calibrés. Sinon, la cuisson n'est pas homogène."
Dans son fumoir Alto-Shaam, Jean-Luc Reversade fait également fumer à froid du saumon.
Saint-Jacques et foie gras à la danoise
Les restaurants de la Maison du Danemark à Paris, le Flora Danica et le Copenhague,
mettent en avant la cuisine danoise. Le fumage comme la marinade font partie des
traditions culinaires de ce pays. "Les Danois, explique Georges Landriot, chef
des cuisines, aiment déguster du gigot fumé, du renne fumé et divers poissons
fumés. Au Flora Danica et au Copenhague, nous cherchons à exploiter leurs habitudes
gastronomiques et à les adapter au goût des Français. Ainsi en un clin d'il, nous
proposons actuellement des coquilles Saint-Jacques fumées et du foie gras fumé."
Les Saint-Jacques, une fois égouttées, sont fumées 10 mn de chaque côté et
présentées crues en carpaccio. Le foie gras, une fois fumé légèrement pendant 10 mn,
est ensuite cuit sous vide. Ces opérations sont réalisées dans un petit fumoir de table
électrique de 60 x 40 cm, placé sous la hotte. Toujours en clin d'il à la
tradition danoise de fumage, Georges Landriot accompagne le filet de buf de
quenelles de crème fraîche fumées. Pour fumer la crème, il n'utilise pas son fumoir.
Il ajoute simplement un peu de sel fumé avant de fouetter la crème. Ce sel d'origine
danoise est commercialisé, entre autres, par la société Thiercelin. n

Georges Landriot et Bruno Brangea, chefs des restaurants de la Maison du Danemark,
s'appuient sur la tradition culinaire danoise en fumant produits de la mer et foie gras.
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Selon la tradition danoise, Georges Landriot fume des coquilles Saint-Jacques.
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| Le prix de revient de votre saumon fumé Pour
calculer ce prix de revient (hors main-d'uvre et hors amortissement de l'achat du
fumoir), il faut d'abord calculer le rendement pondéral en fonction des différentes
étapes de la fabrication et tenir compte du prix du sel et de la sciure.
| Etapes |
Pertes |
Calcul sur un saumon entier |
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éviscéré de 5 kg |
| Etêtage, filetage, parage |
25 % environ |
Reste 3,75 kg de filets |
| Salage sel sec, séchage, fumage |
15 % environ |
Reste 3,16 kg de filets fumés |
* Coût d'un saumon de Norvège entier éviscéré de 5 kg 5 kg x
6,25 e = 31,25 e HT
* Coût du sel de Guérande (10 % du poids des filets) 0,320 kg x 1,70 e = 0,55 e
HT
* Coût de la sciure 0,250 kg x 1,00 e = 0,25 e HT
* Total 32,05 e HT
* 3,16 kg de saumon fumé par vos soins reviennent à : 32,05 e HT
* 1 kg de saumon fumé par vos soins revient donc à : 10,13 e HT
* Prix d'achat d'un saumon de Norvège fumé tranché : 20,00 e HT le kg*
* Prix indicatifs communiqués par un distributeur multiproduit en
août 2002. |
Aquatlantique
L'atelier de fumage du restaurant La
Marée à Paris
Eric
Trompier, propriétaire du restaurant La Marée à Paris, voulait faire déguster à sa
clientèle, en dehors du classique saumon fumé, toute une gamme d'autres poissons et
produits de la mer fumés.
Ne trouvant pas sur le marché les produits qui lui convenaient, il envisagea de les
fabriquer lui-même. Lors de ses recherches pour choisir le bon matériel et définir les
bons process, il a rencontré Robert Fouasson, chargé du développement et de la
commercialisation des produits de l'aquaculture à l'Ifremer.
"A cette époque, explique Robert Fouasson, je souhaitais monter une
affaire. Ma rencontre avec Eric Trompier m'a fait sauter le pas. En 2000, nous avons
créé Aquatlantique, une entreprise de fumage de produits de la mer dans laquelle nous
sommes associés à 50/50. Je suis chargé de la production, et Eric Trompier en est le
responsable culinaire." Aquatlantique, dans son atelier de 150 m2 et avec son
équipe de 5 personnes, fabrique tous les poissons et autres produits de la mer fumés
proposés à la carte de La Marée. Ces produits sont commercialisés en région
parisienne par La Pêcherie des Lilas à Rungis. A la gamme d'Aquatlantique : du saumon
norvégien fumé aux algues, du saumon norvégien mi-cuit, des sardines de
Saint-Gilles-Croix-de-Vie fumées, des anguilles du marais breton fumées, du thon blanc
de Thaïti fumé et des crevettes de Madagascar fumées. Ces produits sont fumés avec un
mélange de bois de hêtre et de chêne avec ajout, selon les recettes, d'algues et de
plantes aromatiques. zzz44t zzz44h
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Techniques et bonnes
pratiques, le fumage du saumon
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L'Hôtellerie n° 2789 Magazine 3 Octobre 2002 Copyright © - REPRODUCTION
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