L'Hôtellerie Restauration No 3850

L e chef deux fois étoilé Charles Coulombeau (à Nancy pour La Maison dans le Parc et à Metz avec Yozora) a imaginé une initiative simple et puissante : transformer les parures de légumes en soupes distribuées gratuitement. “En arrivant à Nancy, j’ai été frappé par la pauvreté et la mendicité. Je me suis demandé comment je pouvais aider tout en réduisant le gaspillage.” Le dispositif est clair : chaque poste de cuisine conserve ses légumes crus dans un seau, puis ils sont mixés, mis en bouteille et distribués, principalement aux étudiants. “Nous avons produit 10 tonnes de soupe en quatre ans, soit 6000 repas par an environ.” Le tout avec seulement deux heures de travail par semaine. L’initiative, menée en partenariat avec Les Restos du Cœur, a été dupliquée avec le Secours Populaire à Metz avec le restaurant Yozora. “Nous n’avons pas déposé l’idée. J’appelle quiconque à faire pareil, partout en France !” Au-delà de l’impact social, la soupe solidaire incarne une vision humaniste de la restauration, où nourrir et partager restent au cœur du métier. E n Corrèze, à Ussel, le top chef Esteban Salazar a fait le pari d’un projet unique en Europe : une serre aquaponique alliant pisciculture et culture maraîchère. “L’idée était de créer une symbiose entre poissons et légumes, un écosystème autosuffisant qui donne du sens à notre travail”, explique-t-il. Les poissons nourrissent les plantes, qui filtrent l’eau en retour, créant un cycle vertueux. “Cela nous permet d’avoir une protéine ultra fraîche àmoins de 400mètres du restaurant, et des légumes cultivés sans produits chimiques.” Le projet, coûteux (bassins, pompes, filtres et pour environ 10000€ de poissons), est risqué mais porteur. “Nous travaillons avec du vivant, c’est exigeant, mais cela nous démarque et suscite l’émulation dans la région.” Le chef rêve même d’y intégrer des travailleurs en situation de handicap pour renforcer la dimension sociale. “Ce n’est pas seulement de la technique, c’est aussi un engagement territorial.” Une audace qui inscrit le Château du Theil dans une démarche visionnaire et durable. La soupe solidaire contre le gaspillage D’autres initiatives, plus modestes mais tout aussi inspirantes, démontrent que l’innovation ne tient pas toujours à des budgets colossaux. À Saint-Etienne, avec leur restaurant Jeannette, Peggy Thévenin et Cyril Pelletier ont par exemple créé un troisième service autour du goûter et des crêpes, pour capter les familles et rajeunir leur clientèle. “Nous avons rebondi sur une difficulté en développant un moment de convivialité supplémentaire. Aujourd’hui, ce sont 400 personnes qui passent chaque jour”, explique le couple. À travers ces exemples, une certitude s’impose : améliorer son restaurant n’exige pas nécessairement de grands moyens, mais une vision claire et une audace créative. Chaque projet, qu’il soit né d’une contrainte saisonnière, d’un engagement personnel ou d’une intuition, montre qu’il est possible d’allier rentabilité, responsabilité et attractivité : trois piliers d’une activité pérenne. Pour aller plus loin... L’aquaponie comme modèle du futur

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