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Le Costa Concordia fait tanguer l'industrie de la croisière
mardi 17 janvier 2012 17:31

ITALIE Des sénateurs italiens ne veulent plus de bateaux de croisières à Venise, l'action de Carnival, propriétaire de Costa, s'effondre en Bourse, une catastrophe écologique menace les côtes de Toscane, un documentaire sur le 'Fantasia' est ajourné sur France 3… Le naufrage du Concordia pourrait provoquer un tsunami sur un secteur qui affiche une insolente santé en dépit de toutes les crises, sauf peut-être celle provoquée, un vendredi 13, par l'incroyable légèreté d'un commandant de paquebot.

4 229 voyageurs étaient à bord du Costa Concordia.

Sur un bateau de croisières, le seul maître à bord est le commandant. Pourtant, cinq heures avant l'évacuation des derniers passagers, une éternité, Francesco Schettino n'était plus aux commandes de son navire. Le Costa Concordia faisait naufrage en venant lécher de trop près les côtes de l'île du Giglio, une manoeuvre initiée par le commandant pour faire plaisir au responsable des serveurs originaire de cette localité insulaire de Toscane. Outre l'image infamante d'un officier de marine qui, pour sauver sa peau, abandonne à leur sort navire et passagers, et risque pour cela douze ans de prison, les images de la catastrophe, reprises en boucle par les médias, devraient avoir des conséquences économiques importantes sur un secteur jusque là en plein boom.

Le choc aurait eu lieu vers 21 h 30 lorsque la double coque à tribord a été éperonnée par une barre de rocher provoquant une déchirure d'une centaine de mètres. Le commandant mettra une heure à donner l'ordre d'évacuation, le bateau gîte à 80 % empêchant de mettre les chaloupes à la mer, des passagers se jettent à l'eau, certains gilets de sauvetage ne sont pas aux normes et ne disposent pas de lumière de position, des scènes de panique provoquent des bousculades, l'équipage se comporte en héros mais ne parvient pas à communiquer clairement avec les voyageurs en raison des multiplicité des langues, les serrures électroniques de certaines cabines ne fonctionnent plus à cause des pannes électriques et retiennent prisonniers des passagers. Les naufragés évoquent en choeur des scènes dignes du film Titanic. Ajoutons la crainte d'une malédiction avec la date fatidique du vendredi 13 et le mauvais présage d'une bouteille de champagne qui refuse de se casser sur la coque le jour de l'inauguration du bateau en 2005 : de quoi effrayer de nombreux candidats à l'expatriation maritime.

 

Après le drame, les questions

Il faudra du temps aux compagnies de croisières pour regagner la confiance des voyageurs qui plébiscitaient chaque année un peu plus cette formule touristique, et ce pour plusieurs raisons. D'abord la modernisation d'une flotte qui propose désormais des paquebots ultra équipés, des séjours all inclusive à partir parfois de 480 € euros la semaine (comme c'était le cas pour certains Français présents à bord du Costa Concordia), un rajeunissement de la clientèle qui a chassé l'image vieillotte des migrations maritimes mais aussi - et paradoxalement face aux événements actuels - un sentiment de sécurité à bord. On constate en effet que les crises internationales, écologiques comme le tsunami en Thaïlande ou politiques comme les révoltes du Maghreb, renforcent la fréquentation des navires de croisières dont la capacité de repositionnement au large de pays réputés calmes, rassure les voyageurs.

Le bilan actuel de 11 morts et 29 disparus, le chaos d'un navire récent de 114 500 tonneaux échoué sur des récifs, la pleutrerie d'un officier et de son second… devraient provoquer une mise à plat des règles de fonctionnement d'un secteur porté depuis quelques années par une course sans limite au gigantisme. Ainsi, comment les procédures de ces compagnies peuvent-elles mettre en péril le sort de 4 229 voyageurs en confiant leurs vies à un seul homme, le commandant ? Comment un officier peut-il quitter sa route pour venir fanfaronner à quelques mètres des récifs ?  Comment ont été conçues les évacuations de navires qui peuvent atteindre une capacité d'accueil de 8 000 occupants (équipages et passagers) comme sur l'Oasis of the Seas de la compagnie Royal Caribbean International ? Voilà bien des questions que les compagnies ont sans doute envisagées. Il s'agira désormais d'y répondre afin de limiter les effets collatéraux de la parade funeste de Francesco Schettino au large de la petite île de Giglio.
Francois Pont

5,5 millions de croisiéristes en Europe en 2010

Le 12 décembre dernier à Bruxelles, l'European Cruise Council qui représente les principales compagnies de croisières actives sur le marché européen communiquait son dernier bilan. Les retombées économiques du secteur de la croisière en Europe sont évaluées à 35,2 milliards d'euros en 2010. Les réservations ont augmenté en 2010 de 9,3 % pour atteindre 5,54 millions de passagers soit 540 000 de plus qu'en 2009. L'Europe représente désormais 30 % du marché mondial et jouit d'importantes retombées sur le marché du travail avec 300 000 emplois liés au secteur (équipage, service à terre, ports, construction navale…). Les chantiers navals européens doivent livrer 18 paquebots d'ici à fin 2015. Enfin, l'impact économique dans les villes portuaires est aussi conséquent puisque le rapport de l'ECC évalue la dépense moyenne de chaque passager en escale à environ 100 €.


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