L'institut Paul Bocuse conjugue esprit d'entreprise et ouverture sur le monde
lundi 21 mai 2012 15:13
75 - Paris Depuis sa création en 1990, l'établissement s'est imposé comme l'école de référence pour tout ce qui touche au management de la restauration et de l'hôtellerie. Avec une spécificité de plus en plus marquée : la création d'entreprise.
 Trop de jeunes ont peur d'être jugés. Il faut donc les encourager à rester force de propositions, à oser affirmer leurs atouts', conseille Hervé Fleury qui dirige l'institut Paul Bocuse. | |  L'Institut Paul Bocuse : un cadre prestigieux pour développer la créativité des professionnels de l'encadrement de demain. |  Basée à Shanghai, Anne Stalmach est chargée de la sélection des candidats au Bocuse d'or. | |  Steve Wood est le créateur de BreakBox, un nouveau concept d'hôtellerie aéroportuaire |
Pendant longtemps, les diplômes de niveau universitaire dans l'hôtellerie restauration n'étaient pas nombreux en France. "Contrairement aux pays anglo-saxons, ce n'était pas dans notre tradition. Pourtant, nos chefs de cuisine sont très souvent de véritables entrepreneurs qui ont besoin de connaître les techniques de management ou de gestion pour piloter leur activité au quotidien", explique Hervé Fleury, directeur de l'Institut Paul Bocuse. Pour pallier cette faiblesse académique, Paul Bocuse décide donc, en 1990, de créer une école qui, aujourd'hui, prépare ses étudiants à des masters et des licences. De taille humaine, l'établissement accueille chaque année moins de 200 jeunes aux profils diversifiés et parfois atypiques : 34 nationalités différentes, 20 % de baccalauréat scientifique ou encore des diplômés de droit ou de gestion désireux de revenir à leurs premiers rêves professionnels.
Rejoint en 1998 par Gérard Pélisson, qui en assure la présidence, l'établissement a pour ambition de former de futurs cadres, managers du secteur de l'hôtellerie restauration et des chefs de cuisine entrepreneurs. Les cursus se décomposent en trois apprentissages destinés à former une génération ouverte aux techniques de la cuisine, du mangement mais aussi à la créativité et à l'entreprenariat.
Incubateur d'entreprises
L'Institut a notamment imaginé un exercice, le Projet entrepreneur innovant, pour ses étudiants de 3e année. "Ils doivent présenter, en équipe, une idée originale et monter un business plan", explique Hervé Fleury. Par ailleurs, dès la deuxième année, les étudiants sont appelés à cultiver leur créativité tout en devenant des gestionnaires capables de faire vivre leur projet. "Ils doivent gérer des opérations concrètes comme un décor de restaurant, avec un budget précis et trouver des solutions pour les mettre en oeuvre", précise Hervé Fleury. L'école a même créé son incubateur d'entreprise en 2009. Avec des résultats tangibles : 30 % des diplômés se lancent dans la création d'entreprise cinq après la fin de leur formation. L'innovation et la promotion de nouveaux concepts de restaurant ou de cuisine ont motivé la création, en janvier dernier, d'un nouveau master en management culinaire et innovation. "Nous pensons qu'il y a, sur le marché, de véritables opportunités pour cette cuisine innovante. Nous visons une vingtaine d'étudiants à terme", précise Hervé Fleury.
Des postes dans l'encadrement
Côté débouchés, les jeunes diplômés ont tous un poste avant même de quitter l'école. Beaucoup d'entre eux rejoignent les départements restauration des grands groupes hôteliers internationaux et de plus en plus occupent des fonctions dans l'hébergement comme assistants dans les services de ressources humaines, de Revenue Management ou encore marketing. Leur progression est en général rapide et il n'est pas rare de trouver des anciens de l'institut Paul Bocuse à des postes de direction après cinq ans d'expérience. Leur salaire moyen annuel à l'embauche oscille entre 23 000 et 33 000 €. Il va sans dire que la grande gastronomie et les restaurants haut de gamme, très exigeants sur les profils des candidats, accueillent ces jeunes et les font rapidement évoluer dans leur structure. "Nous observons de nouveaux acteurs comme les groupes de restauration à thème ou collective qui ont une approche dynamique de la gestion des carrières. La palette des possibles s'élargit", assure Hervé Fleury.
Les trois conseils d'Hervé Fleury, directeur de l'Institut Paul Bocuse
• Porter la valeur respect La valeur de respect est une des pierres angulaires de notre métier. Pour réussir et convaincre dans notre secteur, il est donc essentiel de la cultiver et de la porter au quotidien. Cela passe bien sûr par la ponctualité, une tenue irréprochable mais aussi par le fait de prendre soin et d'optimiser ses outils de travail et son matériel ou encore d'avoir l'esprit d'équipe. Nous avons l'habitude de dire qu'il convient d'"être au service et non pas de faire le service". C'est une manière d'être que nous mettons particulièrement en valeur à l'école, chaque jour, en insistant par exemple sur les marques de politesse et de salutations, en regardant l'autre dans les yeux.
• Oser être soi-même Il y a, parmi nos étudiants, des talents formidables. Or, trop souvent, ils sont trop vite happés par les contraintes de la vie professionnelle. Le monde du travail, avec ses exigences fortes, peut parfois contrarier les initiatives et user la créativité. Trop de jeunes ont peur d'être jugés. Il faut donc les encourager à rester force de propositions, à oser affirmer leurs atouts ou leurs idées sans jamais tomber dans l'arrogance, bien sûr.
• Avoir une vision à long terme Il faut se méfier du sprint professionnel. Accepter trop vite un poste à responsabilités en brûlant les étapes ou une évolution de carrière trop dispersée peut, par exemple, fragiliser un jeune dans sa progression. Le meilleur moyen de construire un développement professionnel durable est encore de définir son projet professionnel sur le long terme et d'inscrire, dans son parcours, les compétences et les expériences que sa réussite exige.
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Anne Stalmach, 22 ans, responsable des projets Bocuse d'Or Chine, Asie et du Sirha Schangai au sein de l'agence GL Events : l'appel du soleil levant
À peine son baccalauréat économique et social en poche, Anne Stalmach décide de réaliser son rêve : "J'ai toujours voulu travailler dans les métiers de l'hôtellerie restauration", confie-t-elle. Et, plus précisément, de "devenir directrice du George V". Pour se donner les moyens de ses ambitions, la jeune fille choisit une école prestigieuse. "L'institut Paul Bocuse est reconnue par les professionnels et sa formation combine à parts égales pratique et théorie." Au cours de ses années dans le cursus Management International, Anne se forme au management, à la stratégie, à la gestion ou encore au marketing, se familiarise avec l'art culinaire mais surtout nourrit son développement personnel. "À travers des projets que nous devons imaginer et réaliser de A à Z, nous apprenons à être créatifs et réactifs." L'étudiante ne perd pas pour autant de vue son projet professionnel initial et effectue un stage à l'hôtel de Sers, un établissement 5 étoiles… voisin du George V. Pourtant, tout bascule en 2e année. "En mai 2010, j'ai passé cinq mois à Shanghai pour l'ouverture du restaurant-école Paul Bocuse." Une révélation pour l'étudiante à qui l'on confie diverses missions et qui prend des initiatives : plan de formation et d'accueil pour les étudiants chinois, système d'évaluation, bilan personnalisé en fin de stage… Cette ouverture sur l'international et à la culture de l'empire du Milieu marquera Anne. Elle accepte, à l'issue de ses études, l'offre de la directrice de l'agence GL Events d'organiser les Bocuse d'or en Asie et y décroche ainsi son premier job. Aujourd'hui, en pleine sélection des finalistes asiatiques qui se retrouveront à Lyon lors du Sirha 2013, Anne raconte : "Je vais apprendre le chinois de manière intensive et me lancer plus tard dans un Master en ressources humaines internationales."
Steve Wood, 24 ans, président de B&W (Blezat&Wood) : l'aventure entreprenariale Steve Wood avait l'étoffe d'un entrepreneur. Mais, avant de suivre ses études à l'Institut Paul Bocuse, il ne le savait pas encore. Fils d'un père français et d'une mère espagnole, Steve a beaucoup voyagé dans sa jeunesse, testant ainsi de très nombreux hôtels mais il ne découvrira sa vocation qu'au lycée en terminale générale. "Mon père m'avait imprimé une liste de métiers. Je sélectionnais tous ceux qui étaient liés à l'international, au relationnel, au management ou au luxe." Un des enseignants du lycée connaissait l'institut Paul Bocuse et en parle alors au futur bachelier. Le jeune homme y passe un entretien et décide d'intégrer cette école. Comme beaucoup d'étudiants, Steve Wood est attiré par l'hôtellerie de luxe et pense y faire carrière. Il fait un stage au Ritz, au légendaire bar Hemingway. La magie opère : "C'est un autre monde et une expérience intéressante." Pourtant, le jeune homme allait vite être rattrapé par ses racines familiales : "Mon père est un entrepreneur aguerri et ma mère une artiste", avoue-t-il. En troisième année, les étudiants de l'institut Paul Bocuse doivent présenter un projet innovant. Steve Wood imagine alors un concept original d'hôtellerie aéroportuaire baptisé BreakBox et y travaille avec son équipe. Un succès. Mais il faudra une autre expérience pour qu'il s'y engage totalement. "Je suis parti en Chine avec l'école et, en plus de mon stage, je travaillais dans un restaurant français de Shanghai." Le propriétaire lui laisse petit à petit les clés de son établissement et Steve Wood relève le défi et commence à croire à sa destinée d'entrepreneur. Au retour de Chine, son projet BreakBox devient le projet pilote du nouvel incubateur créé par l'institut Paul Bocuse. Dans quelques semaines, fin mai, Steve Wood présentera son prototype. |
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