Tribune libre de Laurent Caraux, président d’El Rancho : “Bienvenue aux ‘fonds de pension’ !”
lundi 8 mars 2010 16:13
 | | Laurent Caraux, ancien président du SNRTC et président d’El Rancho. | | |
“Aux armes citoyens !, la restauration française est en danger, des ‘fonds de pension’ logés aux Iles Caïmans, sont en train de se payer la restauration française avec les économies des veuves de l’État du Michigan…
Oui, depuis quelques mois, de beaux esprits se répandent dans les gazettes pour nous faire croire que notre métier est en danger depuis l’apparition de la nouvelle fracture en date : ‘indépendants’ contre ‘fonds de pension’ !
Quel archaïsme !
Outre que ces dires font preuve d’un simplisme déconcertant, ne grandissant pas ceux qui le professent, ils font surtout ressortir une méconnaissance profonde des mécanismes qui régissent l’économie d’aujourd’hui.
Derrière ce terme emblématique de fonds de pension, manié comme un épouvantail, se cachent des réalités bien différentes : qu’y a-t-il de commun entre la Caisse des Dépôts, bras séculier de l’État français, Avenir tourisme, dans l’orbite d’Oséo, Unigrains qui rassemble des céréaliers, et bien d’autres intervenants, sinon des investisseurs avisés qui scrutent
l’économie française pour s’investir dans des projets qu’ils considèrent comme porteur de croissance ?
Nous devons aujourd’hui nous réjouir que ces investisseurs s’intéressent à la restauration. L’intérêt qu’ils portent à nos métiers montre que cette profession est enfin entrée dans la modernité et qu’à l’instar de beaucoup d’autres secteurs d’activité, leur intervention nous permet d’envisager le financement de notre croissance à long terme avec sérénité.
Il n’y a pas lieu d’en avoir peur. Que seraient devenus des Jean-Paul Bucher, des Christian Picard et beaucoup d’autres entrepreneurs talentueux, s’ils n’avaient pu se faire accompagner par des investisseurs qui leur ont permis de faire grandir leur entreprise bien au-delà de ce que l’on pouvait imaginer à l’époque. Comme eux, et comme beaucoup de restaurateurs, nous sommes avant tout des entrepreneurs qui investissons, construisons des restaurants, développons des offres innovantes, et faisons même émerger des marques nouvelles. Nous prenons des risques avec nos entreprises dans lesquelles nous investissons notre argent, nos convictions, notre temps et notre énergie.
Notre activité à tous, acteurs indépendants ou groupes organisés, consiste à restaurer des convives, à leur apporter par la qualité de l’accueil, de l’environnement et des mets qui leur sont proposés, tout le plaisir qu’ils sont en droit d’attendre de tout restaurateur qui se respecte.
Nous sommes fiers de notre métier, et nos années d’expérience de la restauration nous permettent de revendiquer la qualité de vrais professionnels ; nous sommes rémunérés pour notre travail, sanctionnés par nos résultats, sachant que notre avenir reste intimement lié à celui de nos entreprises.
Dans le cadre du Contrat d’Avenir pour lequel nous nous sommes beaucoup investis, nous nous sentons comptables de nos engagements. Nous pensons profondément qu’il en va de l’image de toute une profession.
Enfin, et celle-ci n’est pas la moindre des responsabilités que nous assumons, nous sommes très attentifs au statut de nos salariés, à leur rémunération, à leur formation, à leur évolution professionnelle. Avec la baisse de la TVA, nous n’avons pas attendu l’élaboration d’un laborieux accord de branche pour augmenter nos salariés dès le 1er juillet.
Pour en finir avec les idées reçues, et les affirmations simplistes qui ne font que marquer la faiblesse de l’argumentation de certains, nous sommes contraints de constater que la seule et vraie fracture qui existe encore aujourd’hui dans la restauration est celle entre les anciens et les modernes. Chez les anciens, il peut y avoir des acteurs indépendants et peut-être des groupes organisés, au même titre que chez les modernes se retrouvent des groupes organisés mais aussi beaucoup d’indépendants ambitieux et avisés, n’en déplaise à certains. Les temps changent rapidement et ceux qui ne veulent pas accompagner les mutations inéluctables, ne pourront pas continuer longtemps à injurier l’avenir avec les mots du passé.
Messieurs les esprits chagrin, cessez vos discours d’un autre âge, laissez la restauration s’inscrire dans la modernité, et merci aux ‘fonds de pension’ de nous avoir donné l’occasion de rétablir quelques vérités !”
Laurent Caraux Président d’El Rancho lcaraux@elrancho.fr
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