L’enseigne donne le ton, Le Chat, bar-brasserie, doté d’un parking sous les arbres et d’une terrasse qui a son petit succès. À Villechaud, tout le monde ou presque connaît le Chat, ses frasques et ses succès. En 1856, c’était déjà un bar-épicerie-sabotier, jusqu’à cette gloire de 1981 où Jean-Louis, dit ‘Louison’, en avait fait une salle de concert appelée Chat Musique. Les groupes venaient jouer directement après le Printemps de Bourges. Par la suite, le Chat subit fermetures et aléas. C’est dire si les habitants de Villechaud se réjouissent de cette reprise lumineuse et inspirée. Un mois de travaux (peinture, électricité, cuisine à aménager), des murs ravivés de blanc, des poutres teintées de gris, un comptoir et quelques tabourets immuables (le bar est ouvert du matin au soir) et des tables en bois vernis (presque patinées et signées Ikea, une réussite). Sur l’ardoise à l’ouverture, début juillet, la première intention du chef était de faire “classique, bistrotier”. Histoire de ne pas trop heurter les sensibilités. Quelques semaines plus tard, le naturel a repris le dessus, la cuisine pleine de peps et de vivacité, les traits d’humour, on les retrouve au gré de plats gourmands et incisifs. La clientèle est aux anges, “on va vous faire de la pub !” dit-elle avant de quitter les lieux, à moins qu’elle ne soit déjà habituée et là, elle ne peut s’empêcher de féliciter le chef encore une fois.
Des plats inventifs
Laurent Chareau, heureux de venir saluer ses hôtes, hoche la tête discrètement. En mise en bouche, il a osé l’arête de sardine rissolée, la guimauve et la pointe d’anchois, “le chat n’a laissé que ça”, sourit-il. Sur un air de Brassens et de Brel, le Rouleau de printemps, ratatouille et chorizo fait alors son entrée. Frais et savoureux, il est garni de légumes confits (courgettes, aubergines), de dés de tomate à cru, d’herbes et de chorizo. Il y a aussi la Terrine de boudin noir aux pommes, extra-fraîche avec ses dés de granny-smith, son trait d’huile d’olive et sa pointe de ciboulette. Suivie d’un plat vif et acidulé, Samoussa de volaille, curry, fruits de la passion et salade de légumes verts. La viande est effilée, quasi confite, parfumée au tabasco, au curry, à la coriandre, elle a cuit longtemps dans le bouillon d’un pot-au-feu. Ramassée dans une feuille de brick, elle s’auréole de dés d’ananas, de granny-smith, d’une vinaigrette aux fruits de la passion (qui croque sous la dent) et se pose sur des pois gourmands et des haricots verts. À moins que l’on ne préfère le Paleron au vin rouge, kumquat et pommes de terre fondantes, une pièce braisée et grillée, relevée d’écorce de kumquat finement émincée (très rafraîchissant), de billes de carottes et de navets (à la cuillère parisienne) et d’un jus de cuisson réduit au vin rouge absolument délicieux.
Pour finir, un dessert aussi sobre dans l’intitulé Fraise, praline et mascarpone, que dans la réalisation. Un verre rempli de quartiers de fraises fraîches, une cuillerée de mascarpone onctueuse et des éclats de pralines roses, un dessert couleur bonbon, brut et terriblement gourmand.
Service traiteur
Avec le service traiteur, les plats à emporter et les 35 couverts par jour, Laurent Chareau a su recréer son Chat à lui, intrépide et gourmand dans les saveurs acidulées, les couleurs vives, les viandes braisées, saisies ou caramélisées, la fraîcheur des herbes et des agrumes. Après l’Elysée-Vernet, les Magnolias au Perreux-sur-Marne, le Café des épices (avec Gilles Choukroun), le Transversal à Vitry-sur-Seine et quelques saisons dans les vignes à cuisiner pour les vendangeurs, le nomade discret a bel et bien trouvé sa place. La carte de vins, comme celle du bar est ponctuée de touches d’humour, ‘chat bulle’, ‘chat rouge’ (avec Sancerre et les amis de Laurent Chareau mis à l’honneur), ‘chat chaud’, ‘chat froid’. Le Chat a presque tout dit.