Les auberges de jeunesse font une cure de jouvence

Design, confortables, abordables et conviviales, les 'boutiques hostels' nouvelle génération débarquent dans l'Hexagone. Décryptage d'un phénomène international.

Publié le 02 septembre 2015 à 17:37

Dortoirs aux couvertures rêches, sanitaires et réfectoires minimalistes, couvre-feu éventuel... Le concept des auberges de jeunesse a fait le tour du monde. Mais depuis quelques années, les 'boutique hostels'
- également surnommés design hostels ou poshtels, une contraction de posh (chic) et hostel - viennent bousculer les codes du genre.

Les ingrédients de cette formule à succès ? Ces nouveaux établissements allient confort (literie de qualité, propreté, dortoirs de tailles variées, chambres doubles dotées de salles de bains privées...) et design recherché, n´hésitant pas à solliciter designers ou artistes. Meubles vintage et design, oeuvres d'art in situ… Tout est permis, afin que l'enseigne ne soit pas aseptisée.

La convivialité et la quête d'une expérience authentique figurent aussi au centre du concept. Des espaces collectifs (bar, lounge...) et des divertissements favorisent les échanges entre voyageurs. À Lyon, le Slo Living Hostel organise ainsi des visites guidées, des vernissages, des apéritifs..."Les moments passés à l'hôtel ne sont plus des temps morts, mais des temps de vie où on rencontre des gens", estime Julien Routil, cofondateur de l'enseigne.

 

 

Un concept abordable

Enfin, les prix accessibles jouent en faveur de ces établissements, surtout en temps de crise. "Les boutique hostels offrent un sentiment de luxe ; ils seront donc légèrement plus chers que les autres auberges de jeunesse, en moyenne à 18,45 € la nuit", précise Paul Halpenny, directeur global de la chaîne d'approvisionnement pour Hostelworld, un site de réservation d'hébergements low-cost dans le monde. Generator, qui a inauguré sa première adresse française à Paris en février dernier, propose par exemple des prix en dortoir à partir de 25 €, et des chambres doubles dès 79 €.

Les options payantes (laverie, bar-restaurant, spa, conciergerie...) font partie intégrante du modèle économique des poshtels, tandis que les prestations gratuites (wifi, cuisine, piscine et sauna dans certains cas...) séduisent une clientèle de plus en plus exigeante.

 

La France en retard

Ces auberges, qui ont notamment essaimé au Portugal, au Royaume-Uni, en Allemagne ou encore aux Pays-Bas, ont tardé à s'implanter en France. Quelques indépendants (Vertigo à Marseille, Slo Living Hostel à Lyon...) ont suivi la tendance, alors que les poids lourds du secteur ont préféré s'attaquer pour l'instant à la capitale. La chaîne St Christopher's Inns (groupe Beds & Bars), qui affiche un taux d'occupation global de 95 %, dispose de deux adresses parisiennes (950 lits au total). Le groupe Generator y a inauguré son plus gros établissement (920 lits et 198 chambres), et Meininger compte ouvrir une enseigne de 1 000 lits, porte de Vincennes, dès 2016. 

Néanmoins, Paris n'a pas encore comblé son retard, comme le souligne Josh Wyatt, responsable de la stratégie de Generator : "Le nombre de lits disponibles pour l'hébergement des jeunes à Paris - soit 6 877 en 2013 - est modeste, comparé à d'autres villes européennes comme Berlin et Londres, qui ont toutes deux environ 16 000 lits."

 

Intergénérationnel

Les jeunes ne sont plus les seuls à fréquenter ces établissements. Cette nouvelle génération d'auberges de jeunesse est en effet parvenue à faire évoluer sa clientèle (traditionnellement composée d'une majorité d'étudiants), et à accueillir désormais des familles, des groupes, des voyageurs d'affaires ou même des seniors. "Chaque auberge de jeunesse est différente, et le profil des voyageurs en dépend : il y a effectivement des boutique hostels, mais aussi des party hostels par exemple. Cependant, la plupart du temps, il s'agit de jeunes de moins de 30 ans, dont environ 40 % d'étudiants et 40 % d'actifs, employés ou entrepreneurs", note Paul Halpenny. 
Dès lors, le marché hôtelier doit-il y détecter une menace ? De façon marginale, estiment ces nouveaux acteurs. "Certains de nos clients allaient avant dans des petits hôtels économiques du centre, mais on ne joue pas vraiment sur le même tableau. Et puis tout le monde n'est pas prêt à partager une chambre...", juge Julien Routil.


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Publié par Violaine BRISSART



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