Actualités

décorationconcept

La tradition bretonne réinterprétée

Si la musique et la langue bretonnes tiennent le haut du pavé, les arts graphiques et la décoration intérieure semblent avoir été oubliés. D'où l'idée de réintroduire dans la vie quotidienne cette culture effacée pour des raisons historiques et sociologiques. Lieux porteurs d'images, les hôtels ont été pressentis pour faire revivre et redécouvrir un patrimoine perdu. Visite du premier concept Celtia.

m Cécile Junod

C'est à la suite d'un rapport sur les problèmes et chances du tourisme en Bretagne que Danièle Floc'hlay, une Finistérienne bretonnante, actuellement en charge des relations de presse du député-maire de Rennes, eut l'idée d'imaginer la mise en œuvre d'un environnement breton dans les hôtels et restaurants de la région. Convaincue de l'existence d'une culture bretonne riche en possibilités encore non exploitées, elle remua ciel et terre pour faire aboutir son projet : sortir de l'oubli ce patrimoine régional et le réécrire dans un langage contemporain et vivant. "Il faut ouvrir les yeux du monde sur cette richesse, explique Danièle Floc'hlay. Il existe dans ce patrimoine des choses extraordinaires, oubliées de tous. Pour sauvegarder l'identité de cette belle région, il est vital de ré-exprimer l'art breton afin de le faire découvrir à tous nos visiteurs. Et les hôtels représentent de parfaites vitrines pour exposer les particularités de notre art culturel."
Il faut bien avouer que depuis le mouvement des Seiz Breur qui, dans les années 20, avait souhaité exprimer, au-delà des clichés et du folklore, une Bretagne culturelle vivant en harmonie avec son époque, peu de démarches artistiques avaient exprimé cette préoccupation. "L'ambition de Celtia, reprend Danièle Floc'hlay, c'est de stimuler la créativité des artisans bretons pour recréer un style d'intérieur très identifié à la région et favoriser une nouvelle expression contemporaine régionale."
Mais avant de se lancer plus en avant, le projet Celtia fut testé auprès de 500 touristes et professionnels de l'accueil. Le résultat fut probant. L'étude de faisabilité faisait état de 113 000 personnes potentiellement intéressées pour des séjours de six jours minimum. De quoi remplir 80 hôtels de 40 chambres.

Première unité Celtia, l'Hôtel de la Presqu'île
"Ce concept, je l'avais dans la tête et le cœur depuis des années, poursuit notre interlocutrice, mais il m'aurait été impossible de le mener à son terme sans l'aide déterminante de Nelly Rodi-Le Louët, une styliste qui repère les courants porteurs. Elle les décrypte savamment et les adapte au développement des entreprises."
Séduite par le projet, Nelly Rodi-Le Louët réalisa une mise en scène virtuelle du concept sous forme de planches décoratives. Celles-ci permettraient aux hôteliers de découvrir ce que pourrait être un hôtel Celtia.
Les premiers à se laisser tenter furent Jocelyne et Joël Euzen, propriétaires du restaurant Le Mutin Gourmand à Crozon. Habités par une volonté d'innovation, ils souhaitaient construire un hôtel différent, personnalisé, ancré dans la culture d'une région qu'ils aiment. Déjà, dans leur restaurant, ils mettaient en pratique ce goût de la qualité des produits du terroir et de l'innovation. Le concept Celtia correspondait donc à leur recherche, à leur souhait. Grâce à leur esprit novateur, la première unité Celtia vit le jour et fut baptisée l'Hôtel de la Presqu'île.
La décoration y est déclinée selon trois thèmes : la mer, les costumes et les faïences. L'architecte d'intérieur, Pierre Dentale, choisi par Nelly Rodi-Le Louët, a fondé ses choix esthétiques en accord avec le couple d'hôteliers sur trois références : le costume breton et ses broderies symbolisés par les jaunes, orangés et noirs, le graphisme des années 30 - bien connu sur les faïences Henriot - symbolisé par l'association des bleus et jaunes, et la coque de bateau symbolisée par le bois blanchi, le vert et le bleu.
Au rez-de-chaussée une véranda pour le petit-déjeuner et une boutique bretonne pour la promotion des produits du terroir. Les treize chambres portent toutes le nom de sites de la presqu'île de Crozon. Partout du mobilier contemporain réalisé par des artisans du Cap Sizun, et bien sûr, une signalétique bilingue français-breton à tous les étages. A l'extérieur, façades et abords colorés et fleuris en fonction des différents pays bretons. Enfin, un environnement culturel : des ouvrages et vidéos permettant aux touristes de découvrir les richesses et beautés de la région, au-delà d'une vision stéréotypée et immobile de la Bretagne. *


Ouvert par Jocelyne et Joël Euzen, l'Hôtel de la Presqu'île à Crozon est la première unité du concept Celtia.


Symbole des constructions bretonnes, le granit est omniprésent dans le concept Celtia.


Cette chambre prend ses références décoratives sur le thème du costume breton et de ses broderies, le tout symbolisé par les jaunes, orangés et noirs.


Le thème esthétique de cette salle de bains se base sur le graphisme des années 30 réactualisé.

Budget de l'opération

L'investissement financier

m Achat des murs 500 000 F
m Frais de notaires, etc. 100 000 F
m Gros œuvre 2 500 000 F
m Second œuvre 800 000 F
m Architectes, BET 200 000 F
TOTAL 4 100 000 F

Le surcoût
lié à la mise en œuvre du projet Celtia est de l'ordre de 16 à 17 % du coût des travaux.

Le montant des subventions
m Conseil régional de Bretagne 375 000 F
m Union européenne 250 000 F

Objectifs et enjeux

Le concept Celtia répond à plusieurs ambitions :
m Lutter contre l'uniformisation hôtelière qui ne séduit pas et répondre à la demande culturelle des touristes.
m Réinsérer dans la vie quotidienne un environnement décoratif breton contemporain.
m Favoriser l'émergence d'un design contemporain breton mobilisant, dans une nouvelle dynamique, créateurs et artisans.
m Permettre la création d'emplois faisant appel aux savoir-faire régionaux.

Adresses


Vos commentaires : cliquez sur le Forum des Blogs des Experts

L'HÔTELLERIE n° 2651 Magazine 3 Février 2000


L'Application du journal L'Hôtellerie Restauration
Le journal L'Hôtellerie Restauration

Le magazine L'Hôtellerie Restauration