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S'il ne fallait retenir qu'un mot pour exprimer les tendances de ce début de IIIe millénaire, ce pourrait être : confort. Tout y invite. Lignes fluides, mobilier confortable, matières douces et moelleuses. Visite guidée dans les courants émergents.

 

Exit les années 80, bourgeoises et conventionnelles, où prédominait l'art du paraître. Fini le temps où objets et meubles affirmaient par des lignes très design, très marquées, voire ostentatoires, leur identité et celle de leur propriétaire. La relation s'inverse. Désormais, c'est aux objets et aux mobiliers de s'adapter aux situations et à l'environnement. L'objet a perdu son statut social pour devenir l'ami utile, agréable à voir et à toucher. Chacun y puise la ou les fonctions qu'il entend lui donner. Ainsi, fonctionnalité et confort sont-ils, depuis quelques années, devenus deux maîtres mots d'une nouvelle ère marquée de l'émancipation par rapport au code du bon goût. "La structure s'efface, le confort s'étend, note Vincent Grégoire, chasseur de tendances à l'agence Nelly Rodi. Les canapés prennent leurs aises dans leurs dimensions et invitent à s'allonger. Les coussins se multiplient, les tapis confirment leur rôle d'incitateur au farniente, les matières se mélangent subtilement dans des créations moins rigides, les tissus invitent à la douceur et à la transparence."
Chez soi, le temps est à la paresse, au repos sur fond de gaieté et d'optimisme. La consommation d'objets éphémères destinés à servir des instants particuliers et conviviaux ne cesse de progresser. D'ailleurs, chacun essaie de transformer chaque instant de sa vie en un instant privilégié. La bougie et le parfum deviennent l'indispensable de nos moments d'intimité. "On parfume sa maison comme on parfume son corps." Car vivre l'instant et le vivre bien où que ce soit dans l'habitat est important. Dans un temps qui s'accélère dans ses performances et où le stress prédomine, le besoin de se régénérer, de se retrouver, est devenu vital.

Les points-clés

Pour ce faire, les murs se revêtent de peintures mates, à l'aspect plus doux, plus velouté que le brillant ou le satiné. La couleur des tissus se décline en harmonie dans tous les tons, du rouge au vert, du blanc au beige. Le bleu turquoise pour son évocation de la sérénité est très en vogue, ainsi que des teintes très enveloppantes et envoûtantes comme le rose et le parme. Couleur bonne mine et antistress, le rose est doux, gai et rayonnant. Employé à forte dose ou avec parcimonie, il rend un intérieur chaleureux et convivial où il fait bon vivre. En fait, avec le rose, il suffit d'oser. En misant sans retenue sur cette teinte éclatante, on obtient des résultats étonnants de bonheur.
L'halogène est mis au rebut, la lumière devient plus floue, plus douce. L'ampoule quant à elle devient objet de décoration à part entière. Accrocher la lumière, jouer avec elle comme avec l'espace, est dans l'air du temps. Ampoules anti-insectes, économie d'énergie, lumière du jour, arc-en-ciel pour la méditation..., la palette allie fantaisies et performances techniques pour satisfaire tous les désirs.

Le bonheur, ligne directrice de la déco

Pour le voyageur, arriver dans un hôtel provoque toujours une émotion, un changement, une rupture de ses habitudes. Lieu pensé pour y habiter, y vivre le temps d'une nuit ou de quelques jours, l'hôtel doit donc inclure les notions de bonheur et de bien-être, seule véritable ligne directrice pour envisager l'aménagement de ses espaces. La décoration en tant que statut social n'intéresse plus. La volonté de bien-être doit être partout, de la chambre à la salle de bains, du salon au restaurant. Chaque lieu doit pouvoir se vivre avec plénitude dans l'exaltation des cinq sens. Désormais, la tonalité de nos désirs s'exerce dans le ludique et s'inscrit résolument dans le décalage, la fantaisie, l'humour onirique et festif, sans oublier le besoin vital de sécurité.
L'art de vivre n'est plus un terme générique, ni un fourre-tout facile, vendu avec son mode d'emploi sur catalogue. Il est devenu un slogan que chacun tend à interpréter à sa manière avec, en toile de fond, la recherche du plaisir, de la santé, et de la sécurité.

 

"Conjuguer sens, surprises et émotions"

Les trois grands courants

Elémentaire

Contrairement au mouvement minimaliste qui a fini par devenir un style, le concept de l'élémentaire ne fait pas l'apologie de la réduction, pas plus qu'il ne tend vers un maniérisme formel. Il s'inscrit comme une alternative raisonnée face à la complexité, à l'accumulation, voire l'amoncellement toujours croissant des objets quotidiens. C'est un démenti à la cause qui voudrait que la qualité ou la séduction s'expriment par le surajout, par l'ornementation ou l'excès de préciosité dans les formes et les matières. La qualité recherchée dans ce qui est élémentaire n'est pas produite par une richesse visible. En dire le plus avec le moins, mettre en avant cette idée de clarté, de légèreté, de luminosité des choses, l'allégement, la respiration... La simplicité s'impose, mais elle revêt une forme poétique, en quête d'harmonie, de santé, voire de spiritualité. C'est le retour des formes géométriques mais adoucies, des couleurs primaires, dans une volonté de produire des choses et des lieux d'une compréhension immédiate par tous. Cependant, l'élémentaire n'exclut pas les décors qui étonnent, surprennent, interloquent.

Luxueux

Souvent considéré comme une valeur de distinction, le luxe d'aujourd'hui ne se réfère plus aux modèles traditionnels fréquemment liés à l'offre de grandes marques de joaillerie, mode ou automobile. Le clinquant et l'ostentatoire ne sont plus sa référence. Cependant, renouant avec ses fondements premiers comme l'exclusivité, l'inaccessibilité ou l'excellence, il rejoint d'autres territoires qui ne sont plus seulement liés au paraître, mais à des notions moins tangibles comme l'espace, le temps, la connaissance, ou les technologies douces. Vivre luxueux, ce n'est pas seulement s'entourer de richesses consommables, ce n'est plus un simple jeu de références ou de signes connotés. Le luxe se dématérialise et part en quête de plaisirs sensuels liés au confort (matières) et au progrès (techniques). Dans l'univers du design et de l'habitat, le luxe n'est plus toujours visible ou palpable. Il se traduit dans la domotique, le numérique, le digital, le synthétique... Il utilise l'ensemble des possibles pour atteindre les limites réelles qui nous séparent de l'imaginaire, jusqu'à parfois rejoindre les frontières de l'extraordinaire.

Plein air

L'efficacité, le rendement, la vitesse, la densité ne sont plus les valeurs exclusives de la modernité. A l'heure du travail partagé et par conséquent d'un temps libre accru, l'idée de qualité de vie et de plaisir personnel s'affirme en complément vital de l'urbanité. La ville, fondamentalement artificielle, cherche désormais des espaces d'humanité, au regard d'un besoin croissant de nature. Elle ne s'oppose plus à la campagne, comme l'artificiel ne s'oppose plus au naturel, mais leur fusion potentielle conditionne de nouvelles attitudes dans les modes de vie. Naissent ainsi de multiples envies de décontraction, de douceur de vivre, d'aventures, voire de dépaysement. Au-delà des modes écolo et bio, les désirs d'espace, de lumière, de parfum, de verdure, de farniente, de promenade ou de sport prennent une dimension essentielle et quotidiennement suggestive. Les architectes s'interrogent sur le paysage, tandis que les immeubles s'habillent de végétation. On redécouvre avec frénésie l'art du jardin et la culture des plantes. Autant d'invitations à de nouveaux temps de pause et de régénération.
Ces courants n'excluent pas les connotations d'identité régionale, les clins d'œil, la fantaisie et l'humour qui sont aujourd'hui des valeurs ajoutées de la déco. Par ailleurs, ils ne sont pas antinomiques, et chacun peut les mixer à volonté pour créer son cadre personnalisé et unique.

 

En route pour le IIIe millénaire

Quelques faits de société

Le XXe siècle est sans doute celui qui a absorbé le plus d'innovations dans tous les domaines. Nous sommes même à la limite de l'indigestion alors que, simultanément, nous nous demandons toujours comment aller encore plus loin. La technologie change le mode de vie, mais parfois angoisse aussi. Tout va vite, très vite, trop vite pour certains. Face à ce monde en mouvement, chacun cherche à inventer son espace 'pause' dans lequel il va pouvoir se ressourcer, assimiler tous ces changements, puiser de nouvelles forces avant de retourner dans ce mouvement perpétuel.
L'homme d'aujourd'hui est donc à la recherche d'espaces à vivre différents de l'habitat traditionnel, à mi-chemin entre maison et bureau, empruntant des objets au monde du travail, des espaces accueillant tout ce que la technologie moderne peut offrir, sans pour autant renoncer aux objets que le passé nous a transmis. Avec le développement du travail à domicile, les frontières entre travail et temps libre tendent à s'effacer. Mais la vraie recherche se trouve dans un réel besoin de bonheur et de bien-être.
Pendant des siècles, on a voulu laisser à ses enfants un patrimoine : un toit, de l'argent, des biens au soleil. Aujourd'hui, on essaie de leur apprendre à se débrouiller dans la vie, à s'y sentir bien. On préfère leur léguer une aptitude à être heureux.
Par ailleurs, les jeunes n'ont pas envie de reproduire les modèles précédents et la majorité refuse de sacrifier leur vie personnelle à leur vie professionnelle. Ces refus, partagés comme les musiques par les jeunes de tous les pays, font que la jeunesse est plus unie qu'elle ne l'a jamais été. Les clivages en termes de nationalité, de politique, de réussite, tendent à se gommer.
Encore un mot sur la famille. Son modèle mythique disparaît. Le père est moins autoritaire, la mère plus autonome, les enfants s'expriment. La famille est plus ouverte aux amis, à l'extérieur, et n'est plus forcément fondée sur le mariage. Monoparentale, reconstituée, elle a besoin d'inventer de nouveaux systèmes de fonctionnement, avec un habitat adaptable à toutes les situations.


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L'HÔTELLERIE n° 2696 Supplément Déco 14 Décembre 2000


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