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Restauration l Art, histoire et gastronomie

Quand les restaurants se joignent aux musées

Dans la plupart des capitales européennes et plus particulièrement en Angleterre, l'amateur d'art peut se restaurer sur les lieux de ses pérégrinations. En France, la restauration dans les musées est un mouvement encore embryonnaire et métissé. Mais si certains lieux manquent totalement de saveurs, d'autres ont le don de contenter notre soif d'art.

A l'instar de la boutique, du théâtre ou du cinéma, le musée voit de plus en plus fleurir en ses murs des espaces réservés pour satisfaire la fringale de ses visiteurs. Cette tendance n'est néanmoins pas systématique en France. Et, si ces endroits s'expriment à travers un cadre plutôt singulier et cosy à Londres ou à Amsterdam, à Paris, ils sont souvent sans âme et en marge de ces temples de l'art qui, eux, ont le don de combler le plus coriace de nos appétits. Certains lieux font heureusement exception et présagent déjà d'un bel avenir. Le concept du restaurant de musée est né en Angleterre. Le "Tea room", ainsi désigné par les Britanniques, est couramment présent dans les musées de la capitale londonienne. C'est également un passage obligé pour les visiteurs de ces maisons artistiques. En France, cette combinaison n'est pas systématique. Et quand on le croise, ce couple original n'est pas toujours très bien assorti. En outre, ces nouvelles associations ne sont pas faites à partir d'un mode universel. Elles ont, bien au contraire, chacune leur personnalité.

Une culture sans faim et une table sans art

Si certains arrêts-buffets sont là pour vous rappeler que l'heure du repas est proche, ils vous font en tout cas oublier que l'art l'était aussi quelques minutes auparavant. La cafétéria du musée d'Art moderne de la ville de Paris est triste. Son décor, que les quelques posters ne parviennent pas à animer, et son atmosphère bruyante et enfumée, n'incitent pas à s'attarder autour d'un plat pour échanger son point de vue sur l'exposition. La cuisine est minimaliste et sans surprise à l'image de son environnement. A l'instar du courant actuel, les grands complexes culturels et les musées de très grande envergure se sont dotés d'espaces de restauration polyvalents. Alors que l'on était en droit d'attendre la réunion de cuisines du monde entier, l'Universal Resto du Louvre n'est réduit qu'à une enfilade de fast-foods plus ou moins exotiques. Le lien avec le musée est quasi inexistant. Seules certaines tables bénéficient d'une vue sur la pyramide inversée. Le Croq'cité et l'Aquarium de la cité des Sciences et de l'Industrie proposent une nourriture futuriste et aseptisée à l'image du complexe, mais pas toujours de bon goût. Heureusement, la localisation du premier avec une vue sur la géode et le panorama arrière sur l'aquarium redore son blason.

De vrais restaurants de musées

A l'opposé de ces "faux-semblants", il existe des restaurants qui s'intègrent parfaitement aux musées qui les accueillent, que ce soit en matière d'architecture, de décor ou de gastronomie. Le restaurant est, dans ce cas, perçu comme un clin d'œil au musée, dont il constitue une suite logique de la visite. Le café Jacquemart André à Paris est un cas exemplaire. Installé dans la salle à manger d'un palais bâti entre 1869 et 1875 par l'architecte Henri Parent et qui réunit, en outre, une collection d'objets des arts décoratifs, des peintures de la Renaissance italienne et des grands maîtres flamands, il profite d'un cadre somptueux. "Les tapisseries consacrées à l'histoire d'Achille et la fresque du plafond peinte par Tiepolo sont les témoins d'un passé glorieux et un clin d'oeil au style du musée", précise Marie-Gabrielle Jara, responsable de l'établissement. Le Totem, restaurant situé dans l'aile droite du palais de Chaillot, celle du musée de l'Homme, a trouvé sa place. La cavalcade de tableaux et d'objets rappelant le monde indien de l'Amérique du Nord et surtout un totem immense et majestueux sont en harmonie avec ce musée, qui traite de l'anthropologie, de l'ethnologie et de la préhistoire.

Une étape gourmande

Le Café Mancel est situé dans l'extension architecturale moderne du musée des Beaux-Arts bâtie dans l'enceinte du château de Caen. La décoration de la salle de restaurant est simple, noble et rappelle l'histoire de l'art à travers principalement les reproductions d'estampes de Mancel (donateur à la ville de Caen d'une collection d'œuvres d'art). A l'arrière, on peut apercevoir les remparts du château. "Le Mancel est en quelque sorte une étape gourmande où sont proposés des produits du terroir normand mais aussi des produits des pays partenaires du musée (Italie, Pays-Bas, par exemple). La carte du Mancel joue un rôle d'ambassadeur de l'identité culturelle régionale et européenne", explique Monsieur Majorel, responsable de l'établissement. Certaines formules ont pris le nom d'expositions marquantes comme "désir de rivage" qui regroupait les plus belles toiles de peintres du littoral. De la même manière, au Jacquemart André, on peut déguster des salades du nom de peintres célèbres telle la "Botticelli" ou la "Fragonard".

Un restaurant au service du musée

Cette harmonie constatée n'est pas le fait du hasard. Elle a été réfléchie et construite dans un objectif bien précis. Certains restaurants ont été créés simultanément avec le musée qu'ils accompagnent. C'est le cas du restaurant du musée d'Orsay. D'autres sont des créations récentes dont le principal but est de drainer de nouveaux visiteurs pour le musée. Le restaurant du musée Jacquemart André, né en 1995 et le restaurant du musée des Beaux- Arts de Caen, né en 1994, en sont des exemples concrets. Le café Mancel, projet proposé par Alain Tapié, conservateur du musée des Beaux-Arts de Caen, avait pour objectif de démocratiser la culture en développant la fréquentation du musée. Le restaurant représentait un instrument idéal de captation du public et de gratification du concept musée qui n'a pas forcément la préférence de la population. Le restaurant devait créer un effet d'entraînement de la clientèle vers le musée grâce à la proximité des lieux, la décoration ou les animations. "Nous exposons régulièrement des photoramas dans le hall d'entrée du café", précise son responsable. "Sorte d'introduction au contenu du musée, il constitue une incitation à la découverte de ses œuvres." Mission accomplie. Aujourd'hui, le café fonctionne en harmonie avec le château.

L'un ne fonctionne pas sans l'autre ?

Si le café Mancel apporte des visiteurs au musée des Beaux-Arts de la ville de Caen, la réciproque est vraie. Sa clientèle est intimement liée à celle du musée. "Le mercredi, il n'y a pas de mystère, si le café marche très fort, c'est parce que l'entrée du musée est gratuite", confirme-t-on. Touristes originaires de la région parisienne et de pays anglo-saxons, actifs de la région de Caen, familles et personnes âgées constituent l'essentiel de la clientèle. "Nous accueillons énormément de visiteurs du musée, mais, de plus en plus de personnes viennent sur le site uniquement pour se restaurer", ajoute notre interlocuteur. "Nous avons d'ailleurs des heures d'ouverture différentes de celles du musée. Le soir, grâce à des animations thématiques et originales (soirée jazz, café littéraire, bar science, etc.), nous nous sommes constitués notre propre clientèle." A l'instar du Mancel, le succès de certains est étonnant et dépasse les espérances. Alors que l'on croyait que leur fréquentation serait exclusivement liée à celle du musée, certains lieux de sustentation ont acquis une notoriété qui leur permet presque de prétendre à l'indépendance. Le café Jacquemart André s'est forgé une clientèle de fidèles, dont certains viennent même tous les jours pour déjeuner ou prendre le thé. Ce sont des hommes d'affaires et les actifs du quartier, des personnes âgées et des femmes au foyer. Depuis son ouverture en 1995, le nombre de personnes employées a plus que doublé afin de suivre le développement de l'activité.

Le thé et les repas

Le cas du Totem est différent car né d'une volonté indépendante des intérêts du musée. Si les visiteurs du musée fréquentent le restaurant à l'heure du thé, la clientèle du Totem est en fait principalement constituée de cadres parisiens et d'une population issue du show-business, qui est là pour le restaurant, sa cuisine et son environnement.
Cette réussite n'est malheureusement pas universelle. D'autres établissements sont restés plus modestes dans leur activité : la cafétéria du musée Picasso, celle du musée Rodin ou les goûters du musée de la Vie Romantique, par exemple, ne fonctionnent que pendant les beaux jours pour des raisons probablement logistiques, d'où peut-être une fréquentation moindre en hiver. Mais ne soyons pas trop gourmands ! Nous avons la chance de profiter d'un patrimoine culturel exceptionnel. Qu'il ne fasse pas souvent bon ménage avec la restauration est un fait. Mais les responsables de musées sont de plus en plus conscients que l'attrait de leur établissement vient également par les périphériques : les boutiques, le salon de thé et le restaurant.

A. Vallée


Au Jacquemart André, on peut déguster des salades du nom de peintres célèbres telle la «Botticelli» ou la «Fragonard».


L'HÔTELLERIE n° 2591 Supplément Économie 10 Décembre 1998

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