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Les banquiers restent frileux

Le cycle de redressement de l'activité de l'hôtellerie devrait s'accompagner d'une relance des investissements dans le secteur. En dépit de cette situation bénéfique, les banquiers semblent toujours peu pressés d'ouvrir le robinet des prêts, contrairement à ce qui se passe sur les autres marchés.

Alors que l'on assiste à une bonne reprise de l'activité de l'hôtellerie depuis le début de l'année 1997, l'appel aux crédits bancaires ne semble pas, paradoxalement, avoir repris comme avant la crise. Parallèlement, dans la plupart des autres secteurs d'activité, les entreprises françaises recommencent à s'endetter depuis le début de l'année, selon la Banque de France. "Pendant les trois à quatre années de récession économique, les entreprises avaient tourné le dos aux crédits bancaires afin d'assainir leurs comptes. Aujourd'hui pour financer la reprise, on fait à nouveau appel aux banques". Le contexte économique est particulièrement propice à la reprise de l'endettement, avec des perspectives favorables de la demande et avec une décrue des taux d'intérêt. Pour autant, l'Insee prévoit que l'endettement des entreprises ne va pas s'envoler, du fait notamment d'un taux d'autofinancement toujours élevé et d'une amélioration continue de leur trésorerie.

Investissements des entreprises

Pour l'hôtellerie, il n'en va pas de même. La reprise d'activité a bien accompagné celle de la majorité des autres secteurs, mais cela ne semble pas avoir augmenté les flux de prêts bancaires nouveaux qui restent très serrés. Que cela concerne les crédits à l'entreprise ou les crédits à l'investissement, c'est encore le calme plat. Il est trop tôt pour dire si les professionnels tardent à engager de nouvelles dépenses lourdes ou si ce sont les banquiers qui font toujours la sourde oreille. Mais la tendance paraît pencher vers cette dernière hypothèse. "Les banquiers semblent être restés frileux vis-à-vis de l'hôtellerie, encore refroidis par les importantes pertes qu'ils ont dû couvrir dans le secteur. Quant à la restauration, les financiers échaudés ne veulent toujours pas en entendre parler. Les banques nous présentent actuellement peu de nouveaux dossiers de financement à l'investissement alors que la reprise est là", observe Alain Guyot de la Banque du Développement des PME. Au premier semestre 1998, -13% de dossiers auraient été présentés par rapport à la même période en 1997. Même son de cloche confirmé, parfois du bout des lèvres, par la plupart des grandes banques. En revanche, s'il y a moins de prêts en cours, leur montant moyen aurait augmenté de 44% (du 1er semestre 1997 au 1er semestre 1998), selon la BDPME. "Il s'agit d'investissements lourds, dont parfois des extensions d'hôtels, qui proviennent de grandes entreprises du secteur. Le petit hôtelier n'a pas encore repris le chemin des crédits", analyse Alain Guyot.

Investir en France est attractif

D'un côté, tous les experts sont d'accord pour dire que la plupart des banquiers connaissent toujours aussi mal le secteur de l'hôtellerie ainsi que ses conditions de fonctionnement que de rentabilisation. Par ailleurs, la banque développe, selon eux, un raisonnement en forme d'amalgames. "Une rumeur insistante continue à courir dans le milieu bancaire et financier, et l'incite à continuer à se méfier des CHR", commente un chargé d'études dans une grande banque. Quant aux crédits à l'exploitation, les agences bancaires locales apparaissent pour accepter de soutenir les professionnels mais avec des prêts relativement bas et de toute façon plafonnés. Les agences continuent à imposer des exigences de garanties parfois exagérées, selon des hôteliers interrogés qui se sentent "surveillés de près" et sanctionnés au moindre écart sur le compte courant. Cette hésitation des banquiers par rapport au secteur hôtelier favorise furieusement l'investissement et les reprises d'hôtels par des fonds étrangers. Ce sont les plus affaiblis, manquant de trésorerie et donc d'autonomie, qui en font les frais. Les investisseurs privés et les fonds de pension nord américains sont très actifs sur le sol français et cherchent actuellement à acheter de nombreux hôtels. "La France, bien qu'ayant une fiscalisation lourde, est attractive pour les investisseurs étrangers car c'est un pays développé, son économie est forte et son tourisme est une valeur sûre", explique Bruno Scherrer, de Capstar Holdings Limited, qui investit massivement dans l'hôtellerie avec des fonds anglo-saxons. Précisément, là ou les institutionnels (et la France en compte beaucoup) mettent du temps pour financer et jouent plutôt les suiveurs, ces investisseurs étrangers, très réactifs, viennent emporter de bonnes affaires sous leur nez. "Les investisseurs privés ont des règles de rentabilité inconnues des grandes banques qui préfèrent attendre mollement et voir", ironise un expert financier.

Un manque de soutien à la modernisation

Pour l'instant, les investisseurs étrangers reprennent des hôtels prioritairement dans le moyen et le haut de gamme, sur Paris et la Côte d'Azur. Mais on peut penser qu'ils vont s'intéresser de près à d'autres catégories d'hôtellerie et à d'autres régions de France. Leur terrain de prédilection : les secteurs qui manquent de liquidités comme c'est le cas pour l'hôtellerie.
Bien que les prix d'acquisition aient déjà augmenté depuis ces deux dernières années, de nombreux observateurs remarquent qu'il y a une sensible reprise des transactions. La technique de ces golden boys est d'évaluer un hôtel selon leurs critères propres et de proposer un paiement cash. Un hôtelier en mal de trouver un acquéreur depuis des mois, voire des années, ou qui ne trouve plus de soutien financier, ne peut qu'être séduit par cette approche, même s'il encaisse 15 à 25% de moins que souhaité. En attendant, les banquiers semblent continuer à briller par leur absence, alors que l'hôtellerie compte sur eux pour l'aider à poursuivre sa modernisation, entamée puis ralentie depuis ces dernières années. Les professionnels, sans se montrer alarmistes, commencent à penser que les concurrents hôteliers de la France, mieux armés et mieux soutenus économiquement, sont peut-être en train de prendre une avance devant le lent vieillissement du parc hôtelier français.

M. W.


Les prêts sont accordés pour des investissements lourds, surtout pour les extensions d'hôtels des grands groupes


L'HÔTELLERIE n° 2580 Supplément Economie 24 Septembre 1998

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