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Le ras-le-bol de Régis Bulot

Bonjour... les dégâts !

En un week-end, celui de la Pentecôte, la France éternelle dont le monde entier envierait l'art de vivre, c'est-à-dire celui d'aimer, de boire et de manger, mais aussi celui de voir, d'écouter et de comprendre, la France donc, a montré sa différence, son art inné de râler et de s'empêcher de tourner rond. Ces jours-là, la France ne fait pas envie : elle fait pitié.

Entre deux grèves de la SNCF et des routiers, devant la porte des musées fermés, dans des aéroports et des gares encombrés de détritus, face à l'annulation des vols de la compagnie aérienne nationale, les touristes ont surtout pu admirer notre capacité à nous montrer inhospitaliers. C'est une tradition. Nous avons du talent. Ils s'en souviendront.

Qu'ils aient été pris en otages en guise de répétition de ce qui pourrait arriver pendant la Coupe du Monde de Football n'enlève rien au caractère odieux de ces mouvements sociaux qu'ont subis ceux qui nous ont choisis pour passer quelques jours de vacances. Le pire peut encore se produire.

Ils étaient venus de loin pour visiter Paris et nos régions, contribuant à remplir des hôtels, des restaurants et des magasins qui, sans eux, pourraient fermer leurs portes. Le tourisme est une activité essentielle pour notre économie. Par les entrées de devises qu'il représente, par les emplois qu'il procure et qu'il crée (en formant rapidement à l'exercice d'un métier une main-d'oeuvre peu qualifiée au contact direct de professionnels chevronnés) et par les innombrables retombées locales qu'il a sur la vie de milliers d'entreprises indépendantes. C'est le tissu de la vie économique, commerciale et culturelle que le tourisme irrigue et nourrit de son activité.

Ils étaient venus en France, première destination touristique mondiale, où l'on serine aux professionnels de l'accueil et, plus largement, à tous les Français, qu'ils ne savent pas accueillir. Et l'on mène une campagne officielle ("Bonjour 1998") qui devrait transformer les comportements et les opinions. Mais qu'a-t-on fait, sous les gouvernements de droite comme de gauche, pour favoriser le développement du tourisme et être plus accueillant là où ça fait le plus mal, à la police de l'air et des frontières, à la douane et dans les transports publics par exemple ? Si la France a la réputation d'être arrogante, c'est que les Français qui sont en première ligne de l'accueil et du traitement que nous réservons aux visiteurs étrangers sont, comme le week-end passé, indifférents à l'effet produit par leur comportement.

Bienvenue donc dans une nation en panne, où les intérêts d'une poignée de salariés, dont certains sont mieux payés que des P.-dg, prennent le pas sur celui de la collectivité. Merci à ceux qui, ne s'exposant qu'à la vindicte des usagers, font prendre des risques au pays et à chacun d'entre nous. La promotion de l'accueil en France est devenue l'opération "Bonjour... les dégâts !" Nous paierons. Nous en avons l'habitude.

Dieu merci, les professionnels qui vivent du tourisme, les hôteliers et les restaurateurs notamment, n'ont rien à apprendre de cette campagne de sensibilisation. La France leur doit notamment son pouvoir de séduction et d'attraction. Nous n'acceptons pas que certains lui portent aussi gravement atteinte.

Nous voudrions pouvoir exercer notre métier librement, sans que nos clients soient pris en otages et servent à défendre des intérêts particuliers. Nous voudrions être en mesure de travailler sans en être empêchés afin de respecter les nouvelles contraintes que nous fixe la loi : adapter la convention collective aux deux jours consécutifs de repos hebdomadaire et mettre en place la semaine de trente-cinq heures ? Nous voudrions embaucher en conséquence, continuer à pouvoir supporter la discrimination du taux de TVA le plus élevé d'Europe et... continuer à sourire en accueillant les visiteurs dans nos maisons.

La grève des pilotes d'Air France est un scandale par les conséquences économiques et les répercussions sur l'image de la France qu'elle engendre. Elle est également la perversion d'un droit fondamental détourné au profit d'une caste qui l'utilise pour exiger le maintien d'avantages et de privilèges exorbitants.

En tant que citoyen, je partage l'écoeurement de tous ceux qu'indigne cette grève qui ruine et qui détruit notre outil et notre activité de tourisme. En tant que contribuable, je suis révolté par ce chantage qui punit les Français d'avoir trop donné à Air France, et en particulier aux pilotes qui ont le plus abusé de leur position de force. Est-il indispensable qu'ils nous le fassent encore payer ? En tant que voyageur, cette grève m'indiffère. Il y a longtemps que contraint et forcé à l'origine par des grèves similaires, j'ai choisi de voler le plus souvent possible à bord d'autres compagnies aériennes, américaines en particulier. J'y rencontre un accueil et un service souvent meilleurs. Alors ce ne sont pas les passagers qui se plaindront de la disparition d'Air France dès lors que d'autres transporteurs sont prêts à prendre la relève et à tenir leur promesse de nous relier à leurs destinations avec la régularité et la ponctualité qui sont les leurs. Au contraire : ils ont tout à y gagner. Air France nous dessert. Ses pilotes ont brisé le coeur du monde...

Déjà en France, on est mieux traité sur les vols intérieurs des compagnies AOM et Air Liberté que sur Air France, qui n'a pas amélioré, en les reprenant, les prestations d'Air Inter déjà réduites au minimum. Il fallait des concurrents doués d'un minimum de sens commercial et du service pour offrir des repas à bord à l'heure du déjeuner et du dîner : c'est fait. L'équipement des avions, la qualité de la gastronomie et des services à bord de United Airlines ou de Continental, par exemple, devraient aujourd'hui servir de modèles aux longs courriers d'Air France qui n'en finit pas de faire des économies indignes d'une grande compagnie. Quand vous buvez du Don Pérignon, vous êtes en première classe sur United. Vous l'avez mérité. Quand vous êtes en première sur Air France (pour le même prix), on vous sert le champagne d'une cave coopérative qui ne vaut pas le quart d'une grande marque. A partir de là, imaginez la différence en classe affaires et en éco puis choisissez. Les chocolatiers français eux non plus ne sont plus présents à bord de la compagnie nationale. Par contre, ils ont la chance d'être servis à bord de nombreuses compagnies étrangères qui utilisent des produits français pour marquer leur attachement à un certain art de vivre et de servir.

La Compagnie Générale Transatlantique a disparu mais les paquebots naviguent toujours, parfois sous d'autres noms, toujours pour des propriétaires étrangers. Le marché de la croisière ne s'est jamais aussi bien porté depuis qu'il n'y a plus d'opérateurs français. C'est regrettable mais c'est la réalité. Le transport aérien est en plein développement et les avions d'Air France ne resteront pas inutilisés. Sauf peut-être qu'un jour, ils appartiendront à des compagnies qui auront su s'adapter pour se développer, en étant, tout simplement, au service du client.

Les ex-pilotes d'Air France qui seront à leur tour cloués au sol pourront aller le dimanche à Orly, comme naguère Gilbert Bécaud, pour voir s'envoler les grands oiseaux blancs qu'ils nous avaient confisqués.

Régis Bulot
président des Relais & Châteaux


L'HÔTELLERIE n° 2564 Hebdo 4 Juin 1998

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