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Hôtellerie de luxe parisienne

Le George V prend une année sabbatique

Le palace parisien va subir, dès l'automne prochain, une grande cure de jouvence. Le prince Al-Walid, nouveau propriétaire des lieux, a en effet accepté d'injecter entre 300 et 350 millions de francs pour rajeunir l'établissement. Fermer au public durant près de douze mois, cette lourde «intervention» entraîne le licenciement économique de quelque 290 personnes.

«Fermé pour cause de travaux». Voilà, à quelque chose près, ce que l'on pourra lire sur la façade Art-Déco du palace parisien le 1er novembre prochain. Le George V, conçu par Lefranc et Wybo en 1928, va dès l'automne 1997 prendre en effet une année de congé sabbatique ce pour des raisons de santé. Sujette aujourd'hui à de multiples douleurs liées à son grand âge, la bâtisse mythique, située à deux pas des Champs-Elysées, avait bel et bien effectivement besoin d'une cure de rajeunissement. «Il était impératif que nous réalisions d'importants travaux notamment en ce qui concerne les tripes de l'établissement. C'est-à-dire, dans le domaine du chauffage, de l'air conditionné mais aussi celui de la sécurité incendie...», explique Peter Birchall, vice-président et directeur général du George V. Et d'ajouter, «il y a vingt ans, le George V était considéré comme le meilleur hôtel de Paris. Reste qu'au cours des quinze dernières années aucune rénovation n'a été entreprise. Résultat : nous ne figurons plus actuellement qu'à la cinquième place dans le hit- parade des palaces parisiens».

Or, le nouveau propriétaire des lieux, son altesse royale Al Walid Ben Talal Ben Abdulaziz, neveu du roi Fahd d'Arabie Saoudite, n'entend évidemment pas conserver bien longtemps cette position. Pas plus qu'il ne souhaite d'ailleurs enregistrer à long terme des pertes (depuis cinq années consécutives) sur cet établissement. D'autant qu'il a tout de même déboursé en décembre 1996, la «modique» somme de 920 millions de francs pour acquérir cette prestigieuse adresse française auprès du groupe britannique Granada.

70% d'occupation et 3.000 francs de PM après rénovation

L'objectif du prince est clair. «Il veut faire du George V l'un des meilleurs hôtels de luxe en Europe sinon dans le monde», précise Peter Birchall. Et l'homme ne lésine nullement pour parvenir à ses fins. La preuve ! L'investissement du programme de rénovation, dont le palace va faire l'objet, se chiffre entre 300 et 350 millions de francs.

Pour ce prix, l'hôtel, qui conservera son style, va être revu et corrigé du sol au plafond par l'architecte Richard Martinet et le décorateur Pierre-Yves Rochon. Au menu : mise en valeur des très belles antiquités décorant actuellement la maison, agrandissement de certaines chambres (l'hôtel va passer de 285 à 250 chambres après rénovation), travaux techniques, installation d'équipements informatiques et audiovisuels ultramodernes... Sans oublier la création d'un centre d'affaires, d'un club de remise en forme et de nouvelles boutiques. Flambant neuf dès novembre 1998, la direction table d'ores et déjà sur une montée en puissance rapide du George V de l'an 2000.

«Ayant affiché des taux d'occupation de 54% en 1996 accompagnés d'un prix moyen chambre de 1.700 francs, de 62% en 1997 et un prix moyen de 1.900 francs, nous espérons franchir le seuil des 70% et de 3.000 francs la chambre après la rénovation», commente le directeur de l'hôtel.

Priorité d'embauche
à la réouverture

Une ombre, et pas des moindres, néanmoins à ce tableau : le licenciement pour motif économique des 290 salariés du George V. «Fermer un établissement de cette envergure n'est pas une décision facile à prendre. Les trois études que nous avons demandées à des sociétés indépendantes ont toutes cependant abouti à la nécessité de fermer pendant la durée des travaux pour la sécurité des clients et du personnel», confie Peter Birchall.

Pour l'heure, un accord cadre pour le plan social a été signé, le 13 juin dernier, par les trois principaux syndicats représentés dans l'établissement à savoir Force Ouvrière, la CFDT et la CGC. Seule la CGT s'est indignée des conséquences sociales d'un tel programme. Se félicitant que le prince Al-Walid «investisse dans la rénovation», l'organisation s'insurge du fait que soit «invoquée la raison économique qui consiste à faire financer par le contribuable le licenciement de près de 300 personnes.» Elle ne manque pas en outre d'affirmer que «cette fermeture temporaire est un moyen comme un autre d'engager de nouveaux salariés avec des salaires à la baisse.»

En attendant que le plan social soit ratifié en comité d'entreprise, un fait est d'ores et déjà acquis : les employés «bénéficieront d'une priorité de réembauchage à l'ouverture». De plus, la direction souligne qu'elle va tout mettre en oeuvre pour répondre aux besoins de son équipe. Elle a d'ailleurs signé à cet effet un contrat avec la société Francis Vidal (outplacement et recrutement) afin de trouver pour chaque salarié des solutions d'embauche durant les travaux. Il semble également que le propriétaire du George V soit prêt à aider financièrement ceux qui souhaitent voler de leurs propres ailes. Des conventions de formation et une vingtaine de départs en préretraites sont également envisagés.

Claire Cosson

c.cosson@lhotellerie-restauration.fr



L'HÔTELLERIE n° 2517 Hebdo 3 juillet 1997


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