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Projet d'allégement des charges salariales

Réactions immédiates

On savait le dossier ouvert, tant au ministère du Tourisme qu'au ministère des Affaires sociales, mais les ministres concernés se refusaient à faire état de l'avancement des travaux menés sur un allégement des charges salariales dans le secteur des CHR. Campagne électorale oblige, le 30 avril à l'assemblée générale des hôteliers de Cannes, Bernard Pons annonçait des négociations européennes sur la baisse des charges pour les CHR et lundi, Jacques Barrot confirmait : «Nous voulons donner la priorité à l'allégement des charges sur les bas salaires. Nous négocions avec Bruxelles l'élargissement de la ristourne majorée à d'autres secteurs qu'au textile dont le secteur des cafés-hôtels-restaurants qui emploie un grand nombre de salariés peu qualifiés.» Une déclaration qui n'a pas laissé insensible tous les responsables syndicaux, deux d'entre eux, Georges Antoun (FNIH) et Jacques Jond (FAGIHT), nous ont immédiatement contactés pour prendre position. Deux analyses différentes qui montrent que le problème est délicat et complexe. Un débat intéressant.

Jacques Jond affiche sa satisfaction. «Depuis des années, nous enfonçons le clou sur ce sujet et j'ai, à titre personnel, au nom de la FAGIHT, encore fait parvenir un ensemble de notes chiffrées, avec certaines simulations, aux services gouvernementaux concernés.» L'objectif de ce rapport est d'obtenir un abattement des charges sociales sur tous les emplois dont le salaire mensuel est inférieur à 10.000 F brut. «2/3 des emplois de la profession sont concernés par une telle mesure», explique le président de la FAGIHT. Un abattement qui pourrait amener, selon les notes de Jacques Jond, à une économie d'un tiers des charges sociales si un tiers du salaire à la base était neutralisé en matière de détermination de l'assiette. «Il est temps qu'un gouvernement prenne enfin en compte les PME en matière d'emplois. Jusqu'à présent, tous les gouvernements ont choisi de ne traiter les problèmes de l'emploi qu'avec le seul CNPF qui ne représente que 3% des employeurs et un peu moins de 40% des salariés. En France, 97% des entreprises ont moins de 50 salariés. Arrêtons de ne raisonner que par rapport aux seuls emplois à créer, sachons déjà conserver les emplois existants. Or, les grandes entreprises sont de plus en plus robotisées et ce sont justement elles qui suppriment des emplois, ce n'est pas le cas des PME.

Satisfaction aussi pour Georges Antoun pour qui «le fait que le gouvernement se penche enfin sur le problème des charges dans ce secteur d'activité est la preuve qu'il a pris en compte nos revendications et reconnaît que, dans les entreprises des CHR, ces charges sont devenues insupportables». S'il se dit satisfait de la volonté d'alléger les charges salariales, le système proposé ne lui paraît absolument pas convenir au secteur et il s'inquiète sur des effets pervers qui pourraient rapidement apparaître avec la mise en place d'un système qui, pour toutes les entreprises du secteur, permettrait un abattement. «A la différence du textile, l'hôtellerie-restauration ne peut pas se délocaliser pour aller produire dans des régions où la main-d'oeuvre est moins chère et revendre le service à bas prix en France. Dans notre secteur, ce sont les clients qui se délocalisent et vont en vacances dans les pays où la main-d'oeuvre est moins chère. Alors nous devons, bien sûr, nous battre pour abaisser nos charges et avoir les moyens d'abaisser nos prix pour conserver et attirer la clientèle. Mais au-delà de cette concurrence internationale, notre secteur doit se battre en France, contre des formules tant en restauration qu'en hôtellerie, qui sont de plus en plus automatisées. Dans la mesure où elles n'apportent pas de service, contrairement à l'ensemble du secteur, elles recrutent très peu et ont un ratio frais de personnel nettement inférieur à celui des autres entreprises. Elles ont tout simplement su parfaitement adapter leur produit et leur organisation à la réglementation française en matière de charges sociales. Un allégement systématique, pour toutes les entreprises, favorisera encore plus ces exploitations dont le ratio de personnel sera encore réduit, c'est leur donner encore plus les moyens d'être compétitives sur le marché et d'accélérer leur développement. Un développement très peu porteur en matière d'emploi puisque chez eux, les recrutements sont faibles et souvent leur présence crée une concurrence telle que les établissements alentours connaissent une chute d'activité qui les oblige à licencier.» Aussi, Georges Antoun s'inquiète et souhaite que des mesures soient prises pour alléger les charges des entreprises réellement génératrices d'emplois et lui aussi d'insister sur le fait que la réflexion doit déjà être menée pour maintenir les emplois existants. «Je pense qu'il serait plus intéressant que soient déterminés des ratios frais de personnel, en accord avec l'administration, pour hôtels, cafés et restaurants, en fonction de comptes de résultats types. A partir de là, les charges sociales seraient déterminées par rapport à ce ratio de chiffre d'affaires. Ceux qui auraient un ratio supérieur à la norme seraient ceux qui recrutent le plus, ceux qui fournissent un service plus important, donc ceux qui sont les plus moteurs en matière d'emploi dans cette profession, ils seraient exonérés de charges sociales au-dessus de ce seuil. Quant à ceux qui automatisent pour ne pas recruter et donc pour ne pas avoir de frais de personnel importants, ils se verraient dans tous les cas taxés sur le ratio type, qu'ils aient ou non recruté du personnel. Ce mécanisme permettrait de compenser l'exonération de ceux qui ont des frais de personnel élevés et mieux, l'absence d'économie de ce côté-là pourrait amener l'automatisation à être délaissée par rapport au service et l'on peut imaginer, qu'à terme, les restaurants et hôtels automatisés aujourd'hui, se mettent à recruter demain, dans la limite du ratio.»

On le voit, le débat est ouvert et il semble bien que ce secteur souhaite qu'une réflexion sur la constitution de ses charges, sur les implications sur les résultats par type d'établissements soit menée avant que quelque décision soit prise. «Notre secteur a besoin que des décisions soient prises par rapport à sa place dans l'économie française et pas seulement pour des raisons politiques», précise Georges Antoun.

P.A.F.



L'HÔTELLERIE n° 2510 Hebdo 15 mai 1997


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